Le Marine Corps retire ses F/A-18C/D d’ici 2030 pour basculer vers une flotte F-35 plus furtive, connectée et adaptée au combat moderne.
En résumé
Le US Marine Corps accélère la sortie de ses derniers F/A-18C/D Hornet, avec une désactivation complète des unités encore équipées visée à l’horizon 2030. Cette décision n’est pas seulement administrative. Elle marque la fin d’un avion de combat central dans l’aviation tactique des Marines depuis les années 1980. Le Hornet a rendu de longs services, mais il appartient à une génération conçue avant la furtivité systématique, la fusion de données et les combats hautement connectés. Le remplacement repose sur le F-35B et le F-35C, deux versions du Lightning II déjà intégrées dans la stratégie aérienne du Marine Corps. L’enjeu est clair : disposer d’une flotte plus réduite en types d’appareils, mais plus performante dans les environnements contestés. Ce basculement coûte cher, mais il répond à une contrainte militaire brutale : face à la Chine, aux missiles sol-air modernes et à la guerre électronique, le vieux Hornet n’offre plus la même marge de survie.
Le retrait du F/A-18C/D marque la fin d’un cycle opérationnel
Le F/A-18 Hornet a longtemps été l’un des piliers de l’aviation tactique du Marine Corps. Entré en service dans les années 1980, il a rempli des missions de chasse, d’attaque au sol, d’interdiction, d’appui aérien rapproché, de reconnaissance et de contrôle aérien avancé. Sa force venait de sa polyvalence. Le même appareil pouvait emporter des missiles air-air, des bombes guidées, des missiles antiradar ou des charges d’attaque maritime.
Cette polyvalence explique sa longévité. Le F/A-18C, monoplace, et le F/A-18D, biplace, ont accompagné les Marines pendant plusieurs décennies, de la fin de la guerre froide aux opérations au Moyen-Orient. L’appareil a démontré sa robustesse pendant la guerre du Golfe. Il pouvait décoller, frapper, combattre et revenir endommagé. Il représentait alors une réponse moderne à la double exigence du combat aérien et de l’attaque.
Mais la cellule vieillit. La production des versions C/D s’est arrêtée en 2000. Le dernier F/A-18D destiné au Marine Corps a été livré cette même année. En 2026, les appareils encore en service appartiennent donc à une flotte dont l’architecture industrielle remonte à plus de vingt-cinq ans. Cela ne signifie pas qu’ils sont inutiles. Cela signifie qu’ils deviennent plus coûteux, plus exigeants à maintenir et moins adaptés aux menaces modernes.
Le Marine Corps ne retire pas le Hornet parce qu’il a été un mauvais avion. Il le retire parce que le cadre stratégique a changé. Le combat aérien contemporain ne se limite plus à voler vite, tirer loin et emporter des bombes. Il exige de survivre dans des bulles de défense aérienne, de détecter avant d’être détecté, de partager des données avec d’autres plateformes et de frapper depuis des distances plus sûres.
Le F/A-18C/D reste un chasseur de quatrième génération. Le F-35 Lightning II appartient à une autre logique.
Le calendrier de désactivation traduit une transition déjà engagée
Le retrait du Hornet ne se fera pas en une seule décision. Il suit un calendrier progressif, lié aux bases, aux unités, aux mécaniciens, aux pilotes et aux stocks de pièces. Le Marine Corps a publié en mai 2026 une directive sur la transition des spécialités de maintenance liées au F/A-18. Ce document confirme que la désactivation progressive des opérations F/A-18C/D est un élément central du plan de transformation de l’aviation tactique.
Le calendrier est précis. Les opérations F/A-18 à MCAS Beaufort, en Caroline du Sud, doivent cesser au plus tard le 1er août 2028. Après cette date, aucun poste de maintenance F/A-18 ne doit rester sur cette base. La région ouest, autour de MCAS Miramar, en Californie, doit suivre au plus tard le 1er août 2029. La composante réserve, notamment autour de NAS JRB Fort Worth, doit elle aussi être intégrée à cette logique de fermeture progressive avant la désactivation finale de la flotte.
L’objectif final est clair : ne plus conserver de capacité opérationnelle Hornet au-delà de l’exercice fiscal 2030. Ce calendrier concerne aussi les spécialités de maintenance. Les mécaniciens cellule, motoristes, techniciens radar, électriciens et spécialistes des équipements de sécurité liés au F/A-18 doivent être réorientés vers d’autres spécialités, en priorité vers la communauté F-35 lorsque les compétences sont transférables.
Cette dimension humaine est souvent sous-estimée. Retirer un avion ne consiste pas seulement à arrêter des vols. Il faut fermer des chaînes logistiques, déplacer des stocks, reclasser des personnels, adapter les formations, convertir les escadrons et préserver assez de disponibilité jusqu’au dernier jour. La phase finale d’une flotte ancienne est souvent la plus difficile. Moins il y a d’avions, plus chaque pièce détachée devient critique. Moins il y a d’escadrons, plus la compétence technique se concentre.
Le retrait du F/A-18C/D est donc un acte de planification industrielle autant qu’une décision opérationnelle.
Le choix du F-35 répond à une logique de survie en environnement contesté
Le remplacement du Hornet par le F-35 ne se résume pas à une montée en gamme. C’est un changement de modèle. Le F/A-18C/D a été conçu comme un avion polyvalent, robuste et relativement simple à intégrer dans des opérations aériennes classiques. Le F-35 est conçu comme une plateforme furtive, connectée et centrée sur la donnée.
Le Marine Corps prévoit une flotte de 420 F-35, répartie entre 280 F-35B et 140 F-35C. Le F-35B est la version à décollage court et atterrissage vertical. Il permet d’opérer depuis des navires amphibies, des pistes sommaires ou des bases avancées. Le F-35C est la version embarquée sur porte-avions, avec une voilure plus grande, un train renforcé et une capacité adaptée aux opérations aéronavales.
Cette dualité correspond à la mission des Marines. Le Corps doit pouvoir soutenir des forces expéditionnaires, opérer depuis la mer, se disperser dans l’Indo-Pacifique et frapper depuis des bases avancées. Dans ce contexte, le F-35B est particulièrement important. Il permet de réduire la dépendance aux grandes bases aériennes, plus faciles à cibler par des missiles balistiques ou de croisière.
La différence avec le Hornet est profonde. Le F-35 n’est pas seulement un avion de chasse. C’est un capteur volant. Son radar AESA, ses systèmes infrarouges, ses capteurs passifs et sa fusion de données permettent au pilote de recevoir une image tactique plus complète. L’appareil peut détecter, classer, partager et exploiter des informations en temps réel.
Cette capacité change la valeur de l’avion. Un F-35 peut contribuer à une mission même sans tirer. Il peut repérer une menace, désigner une cible, transmettre une situation aérienne ou guider d’autres effecteurs. Dans une guerre moderne, cette fonction de nœud de réseau compte autant que la charge militaire.
Le Marine Corps cherche donc à remplacer un avion de combat par une plateforme de combat connectée.
Les performances du F-35 dépassent la simple comparaison de vitesse
Comparer le F/A-18C/D et le F-35 uniquement par la vitesse serait trompeur. Le Hornet peut dépasser Mach 1,7. Le F-35 atteint environ Mach 1,6. Sur le papier, le vieux Hornet n’est donc pas ridicule. Mais la performance militaire ne se mesure plus seulement à la vitesse maximale.
Le F/A-18C/D mesure environ 16,8 mètres de long, avec une envergure de 13,5 mètres. Sa masse maximale au décollage atteint environ 23 537 kg. Il est propulsé par deux turboréacteurs General Electric F404-GE-402, chacun développant environ 7 711 kgp de poussée statique. Il peut emporter un canon M61 Vulcan de 20 mm, des missiles AIM-9 Sidewinder, AIM-7 Sparrow, AIM-120 AMRAAM, Harpoon, HARM, Maverick, ainsi que des bombes guidées JDAM ou JSOW.
Le F-35 introduit d’autres priorités. Sa furtivité réduit la probabilité de détection radar. Ses soutes internes permettent d’emporter des armes tout en préservant une signature radar basse. Son moteur F135 offre une forte poussée, tandis que ses capteurs intégrés transforment la charge de travail du pilote. La logique n’est plus seulement de manœuvrer plus vite. Elle consiste à voir avant l’adversaire, à engager avant d’être engagé et à survivre dans des environnements saturés de radars.
Le F-35B apporte en plus une capacité STOVL, essentielle pour les opérations expéditionnaires. Cette capacité a un coût. Le système de sustentation verticale prend de la place et réduit certaines marges par rapport aux versions A et C. Mais pour les Marines, l’avantage opérationnel est considérable. Un appareil capable d’opérer depuis un navire amphibie ou une piste courte offre une souplesse que le F/A-18C/D ne peut pas fournir.
Le F-35C, lui, apporte une endurance supérieure et une meilleure adaptation aux ponts de porte-avions. Son aile plus grande améliore les qualités d’approche et l’emport de carburant. Pour le Marine Corps, cette version permet de rester intégré aux groupes aéronavals de l’US Navy.
La vraie différence se situe donc dans la furtivité, la fusion de données et la connectivité tactique. Sur ces trois points, le Hornet ne peut pas rivaliser.
Le refus du Super Hornet révèle une stratégie propre aux Marines
Une question revient souvent : pourquoi le Marine Corps n’a-t-il pas adopté le F/A-18E/F Super Hornet, alors que l’US Navy continue de l’utiliser ? La réponse tient à la doctrine, au budget et à la volonté d’éviter une flotte intermédiaire.
Le Super Hornet n’est pas une simple version modernisée du Hornet. C’est un appareil plus grand, plus récent et plus capable, avec une meilleure autonomie, une capacité d’emport accrue et une électronique modernisée. Pour l’US Navy, il reste un pilier des groupes aéronavals, notamment dans les missions où la furtivité du F-35C n’est pas indispensable ou lorsque la masse d’emport prime.
Pour les Marines, l’équation est différente. Introduire le Super Hornet aurait créé une nouvelle flotte à financer, former, soutenir et moderniser. Cela aurait retardé la bascule vers le F-35. Le Marine Corps a donc préféré concentrer ses moyens sur une transition directe vers la cinquième génération.
Ce choix est brutal, mais cohérent. Une flotte mixte Hornet, Super Hornet, Harrier, F-35B et F-35C aurait alourdi la maintenance, la formation et la logistique. Or le Marine Corps cherche l’inverse : réduire les types d’appareils et renforcer l’interopérabilité.
L’US Navy peut se permettre de prolonger le Super Hornet, car elle dispose d’une structure aéronavale massive, de porte-avions nucléaires et de missions spécifiques. Les Marines, eux, doivent adapter leur aviation à la dispersion, aux bases avancées et à la guerre dans le Pacifique. Dans ce cadre, le Super Hornet aurait été une solution efficace, mais transitoire. Le F-35 est plus coûteux, mais il correspond mieux à la doctrine future.

Les budgets montrent une modernisation coûteuse mais assumée
La transition vers le F-35 ne se fait pas à coût neutre. Le programme F-35 reste l’un des plus chers de l’histoire militaire américaine. Les coûts varient selon les lots, les moteurs, les équipements, les infrastructures et les contrats de soutien. Les estimations publiques récentes situent le coût unitaire hors moteur autour de 109 millions de dollars pour le F-35B et autour de 102 millions de dollars pour le F-35C, avec un moteur F135 coûtant environ 20 millions de dollars selon les lots.
Le coût d’acquisition n’est qu’une partie du sujet. Le maintien en condition opérationnelle pèse lourd. Le F-35 a connu des critiques récurrentes sur la disponibilité, les pièces détachées, les délais de réparation et les coûts de soutien. Le Government Accountability Office a régulièrement souligné que les trois versions du F-35 n’atteignaient pas toujours les objectifs de disponibilité fixés par le Pentagone.
Il faut être franc : le F-35 n’est pas une solution bon marché. C’est une solution de supériorité technologique. Le Marine Corps accepte ce coût parce qu’il estime que le maintien d’avions anciens serait, à terme, moins rationnel. Un F/A-18C/D coûte moins cher à l’achat, puisqu’il est déjà amorti, mais il devient plus coûteux à maintenir. Les chaînes de pièces vieillissent. Les réparations structurelles augmentent. Les modernisations deviennent moins rentables.
L’arbitrage budgétaire se fait donc entre deux dépenses : prolonger une flotte de quatrième génération ou financer une flotte plus moderne, mais plus chère. Le Marine Corps choisit la seconde option.
Le débat budgétaire reste ouvert à Washington. Pour l’exercice fiscal 2026, le Pentagone a demandé un volume réduit de F-35 par rapport aux années précédentes, tandis que le Congrès a envisagé d’augmenter les achats. Cette tension montre que le F-35 est à la fois indispensable et contesté. Indispensable parce qu’il structure la puissance aérienne américaine. Contesté parce qu’il absorbe des budgets énormes dans un environnement où les missiles, drones, munitions rôdeuses et systèmes autonomes réclament eux aussi des financements.
Le retrait du Hornet accompagne la transformation du Marine Corps
La sortie du F/A-18C/D s’inscrit dans une transformation plus large du Marine Corps. Depuis plusieurs années, le Corps réorganise ses forces autour de la compétition avec la Chine, de l’Indo-Pacifique, de la guerre distribuée et des opérations expéditionnaires avancées.
Cette transformation ne concerne pas seulement les avions. Elle touche les blindés, l’artillerie, les drones, les missiles antinavires, les communications et la logistique. Les Marines veulent pouvoir déployer de petites unités mobiles, difficiles à cibler, capables de détecter, frapper et se déplacer rapidement.
Dans cette stratégie, l’aviation doit être plus qu’un appui aérien classique. Elle doit devenir un réseau de capteurs et d’effecteurs. Le F-35 peut observer, relier les forces, transmettre des données et frapper des objectifs terrestres ou maritimes. Cette polyvalence est plus adaptée à la guerre future que le modèle plus traditionnel du Hornet.
L’intégration de nouvelles armes renforce cette logique. Le Marine Corps travaille à l’intégration d’armes longue portée, notamment pour la frappe maritime. L’objectif est clair : permettre au F-35B et au F-35C de contribuer à la lutte antinavire dans le Pacifique, où les distances sont immenses et les grandes plateformes exposées.
Le retrait du Hornet est donc moins une réduction qu’un changement de grammaire militaire. Le Marine Corps ne veut plus seulement disposer d’avions capables de bombarder. Il veut des plateformes capables d’entrer dans un système de combat distribué.
Le vieux Hornet reste une réussite, mais plus une réponse suffisante
Il serait injuste de présenter le F/A-18C/D comme un appareil dépassé sans valeur. Le Hornet a été l’un des avions de combat les plus utiles de sa génération. Sa conception bimoteur, sa robustesse, sa polyvalence et sa capacité à opérer dans des contextes variés en ont fait un outil précieux pour les Marines.
Mais un avion doit être jugé face aux menaces qu’il doit affronter, pas seulement à son bilan historique. Face à des systèmes sol-air modernes, à des radars plus sensibles, à des missiles longue portée, à la guerre électronique et à la surveillance spatiale, le Hornet devient vulnérable. Il peut encore servir dans des environnements permissifs. Il peut encore former, dissuader, appuyer. Mais il n’offre plus la même capacité de pénétration dans une zone défendue.
C’est le point dur du dossier. Le retrait du F/A-18C/D n’est pas sentimental. Il répond à une réalité opérationnelle. Dans un conflit de haute intensité, le coût d’un avion non furtif peut se mesurer en pertes humaines, en missions annulées et en objectifs non atteints.
Le F-35 n’est pas parfait. Il coûte cher, dépend d’une logistique complexe et reste engagé dans une modernisation longue, notamment avec le Technical Refresh 3, le Block 4, le radar APG-85 et l’intégration de nouvelles armes. Mais il donne aux Marines une chance beaucoup plus crédible d’opérer dans les environnements que le Pentagone juge les plus dangereux.
Le basculement vers le F-35 redéfinit l’aviation des Marines
La disparition programmée du F/A-18C/D Hornet ferme une séquence majeure de l’aviation américaine. Elle confirme aussi une orientation nette : le Marine Corps ne veut plus entretenir une flotte héritée pour préserver une continuité historique. Il veut construire une aviation tactique entièrement fondée sur la cinquième génération.
Ce choix comporte des risques. Une flotte centrée sur le F-35 concentre les dépendances. Si le programme connaît des problèmes de disponibilité, de coûts ou de logiciels, l’impact touche toute l’aviation tactique des Marines. La diversité des plateformes offrait autrefois une forme de résilience. La standardisation offre de la puissance, mais elle crée aussi une vulnérabilité systémique.
Le pari du Marine Corps est que les avantages l’emportent. Une flotte F-35B/C promet une meilleure interopérabilité, une logistique plus cohérente, des pilotes formés sur un système commun et une capacité accrue dans les conflits de haute intensité. Elle permet aussi de mieux connecter les Marines aux réseaux de l’US Navy, de l’US Air Force et des alliés.
Le Hornet aura été l’avion d’une époque où la polyvalence mécanique dominait. Le F-35 est l’avion d’une époque où l’information, la furtivité et le réseau décident de la survie. Le passage de l’un à l’autre raconte une transformation plus large : l’aviation de combat ne se définit plus seulement par ce qu’un appareil peut emporter, mais par ce qu’il peut voir, comprendre et partager avant l’adversaire.
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