Pourquoi le radar RBE2 du Rafale reste un atout décisif

Rafale radar

PESA puis AESA, le radar RBE2 du Rafale est au cœur de sa supériorité tactique. Fonctionnement, traitement du signal, modes et efficacité réelle en combat.

En résumé

Le RBE2 est l’un des capteurs qui ont fait du Dassault Rafale un vrai avion omnirôle, et pas simplement un chasseur polyvalent de plus. Sa version initiale, à antenne PESA, a apporté le balayage électronique et la gestion multi-modes. Sa version RBE2 AESA, entrée en service opérationnel à partir de 2012, a ajouté plus d’agilité de faisceau, une meilleure résistance au brouillage, une fiabilité supérieure et une capacité de croissance bien plus large. Ce radar ne se résume pas à une “portée”. Son intérêt réel est ailleurs : il détecte, suit, classe, cartographie et peut enchaîner rapidement des fonctions air-air, air-sol et air-surface dans une même mission. Les documents publics confirment sa capacité à suivre plusieurs cibles aériennes, à générer des cartes 2D et 3D en temps réel, à appuyer le vol automatique de suivi de terrain et à rester exploitable dans des environnements de brouillage sévères. En revanche, les détails exacts de ses formes d’onde, de ses algorithmes et de ses performances maximales restent, logiquement, classifiés.

Le radar du Rafale n’est pas un simple détecteur, c’est un chef d’orchestre tactique

Il faut partir d’un point simple. Un radar moderne de chasseur ne sert plus seulement à “voir loin”. Il sert à construire une situation tactique exploitable en quelques secondes. C’est exactement le rôle du RBE2 Rafale. Dassault explique que sa version AESA améliore la détection et le suivi dans un environnement multi-cibles grâce à l’agilité de son faisceau et à la rapidité de ses calculs. Ce vocabulaire n’est pas marketing pour rien : cela veut dire que le radar passe très vite d’une zone à l’autre, consacre du temps d’antenne là où la menace l’exige, puis met à jour les pistes sans attendre le cycle lent d’un radar mécanique.

C’est aussi ce qui donne au Rafale son caractère vraiment omnirôle. Un document technique Thales de l’époque AESA l’exprime sans détour : toutes les fonctions radar peuvent être exploitées au cours du même vol, avec des bascules rapides entre défense aérienne, pénétration à basse altitude, frappe et attaque antinavire. Ce point est capital. Le radar n’est pas pensé pour un rôle unique. Il est pensé pour soutenir un avion qui peut passer d’une patrouille air-air à une frappe de précision, puis à une détection maritime, sans changer de plateforme.

Le fonctionnement interne du RBE2 repose d’abord sur le balayage électronique

Le principe de base du RBE2 est connu publiquement : c’est un radar en bande X à balayage électronique. La différence entre PESA et AESA est essentielle. La version PESA utilise un émetteur central, puis distribue l’énergie à l’antenne en décalant la phase pour orienter le faisceau. La version AESA remplace cette logique par une antenne active composée de nombreux modules émetteurs-récepteurs. En clair, le PESA balaie déjà très vite. L’AESA le fait avec plus de souplesse, plus de robustesse et une meilleure gestion fine du faisceau.

Le document technique Thales sur l’AESA RBE2 décrit plusieurs briques révélatrices : modules émetteurs-récepteurs, génération cohérente en bande X, large bande passante, full monopulse, processeur de signal programmable, calcul de poursuite, génération de cartographie haute résolution et traitements ECCM. Même si les paramètres précis restent classifiés, cette architecture dit déjà beaucoup. On est face à un radar conçu pour détecter, discriminer, suivre et résister aux contre-mesures, pas seulement pour “peindre” une cible.

Le traitement du signal

Le traitement du signal du RBE2 n’est pas documenté ligne par ligne dans le domaine public, et il serait malhonnête de prétendre l’inverse. En revanche, les éléments publiés permettent de reconstituer le schéma général. Le radar émet une forme d’onde cohérente, reçoit les retours, puis les traite via son processeur pour séparer le bruit, les échos fixes, les retours utiles et les signaux perturbés. La mention explicite par Thales de traitements ECCM montre que le système est conçu pour travailler sous brouillage et pour conserver une piste exploitable malgré des tentatives de dégradation électronique.

La mention full monopulse indique aussi une capacité de mesure angulaire fine et rapide sur une même impulsion, ce qui améliore la précision de localisation et la stabilité des poursuites. Dit autrement, le radar ne se contente pas de détecter une présence. Il doit fournir une piste assez propre pour permettre l’identification tactique, le guidage, la priorisation et, si nécessaire, le tir. C’est là que le RBE2 se distingue d’un radar plus ancien de simple recherche.

La différence entre le PESA et l’AESA change la manière de combattre

Il faut être direct : le RBE2 PESA a été un vrai saut pour la France, mais le RBE2 AESA a changé la valeur tactique de l’ensemble. Dassault rappelle que le Rafale a été le premier avion de combat européen opérationnel équipé d’un radar AESA, avec une première livraison au ministère français de la Défense en octobre 2012. Ce passage à l’antenne active apporte des gains concrets : meilleure agilité de faisceau, suivi de plusieurs cibles plus robuste, meilleure tenue au brouillage, meilleure fiabilité et potentiel d’évolution supérieur.

Le PESA restait déjà très valable, notamment grâce à son balayage électronique rapide. Mais sa logique d’émetteur central imposait des contraintes que l’AESA réduit. Avec une antenne active, la perte partielle de modules n’immobilise pas brutalement la fonction radar. La fiabilité augmente. La souplesse de gestion des faisceaux augmente aussi. Et surtout, l’AESA ouvre plus facilement la voie à des formes d’onde variées, à une meilleure discrétion d’émission et à des modes avancés de cartographie et de suivi. Le document Thales de 2006 insiste d’ailleurs sur la très haute fiabilité des modules T/R et sur l’agilité qu’apporte le balayage actif.

Le gain le plus concret pour l’utilisateur, lui, n’est pas toujours visible sur une fiche commerciale. Ce gain, c’est la capacité à faire plus de choses, plus vite, dans le même volume de temps tactique. Un radar qui change de mode plus vite, qui maintient des pistes hors du volume immédiat de recherche et qui continue à fournir une image de situation cohérente donne au pilote un avantage réel. C’est ce que Dassault résume en parlant de cibles suivies dans ou hors du domaine de recherche. Cette phrase paraît anodine. En combat, elle ne l’est pas du tout.

La poursuite multi-cibles est l’une des vraies forces du RBE2

Les sources publiques ne donnent pas un nombre officiel unique de cibles suivies simultanément pour toutes les versions et tous les modes. Il faut donc éviter les chiffres péremptoires repris sans contexte. Ce qui est public, en revanche, est clair : Dassault et Thales parlent tous deux de détection et suivi de multiples cibles aériennes, en air-air comme en environnement de brouillage sévère. Thales mentionne aussi un tri et un classement automatiques des cibles suivies, ainsi que des pistes indépendantes du volume de recherche. Cela traduit une logique de track while scan avancée : le radar peut continuer à chercher tout en maintenant des pistes déjà établies.

C’est ce qui permet au Rafale de ne pas “s’aveugler” lorsqu’il passe d’une cible à une autre. Sur un avion de combat moderne, la question n’est pas seulement de verrouiller une cible. La question est de garder la cohérence d’ensemble : menaces proches, menaces éloignées, objectif principal, opportunité secondaire, axe de fuite, et parfois coordination avec d’autres appareils via liaison de données. Un radar qui sait trier et hiérarchiser plusieurs pistes réduit fortement la charge mentale de l’équipage et améliore la réactivité du système d’armes.

Le Sénat français a d’ailleurs publié un repère chiffré utile, même s’il reste partiel : dans son rapport de 2020, il indique que le RBE2 AESA à antenne active permet d’engager des cibles aériennes “autour d’une centaine de kilomètres” dans le cadre du standard F3R associé au missile Meteor. Ce n’est pas une portée absolue “universelle”. C’est un ordre de grandeur institutionnel, public, qui rappelle surtout une chose : le radar a été pensé pour rester cohérent avec un missile BVR moderne, pas pour limiter artificiellement l’allonge du Rafale.

Les séquences de modes air-air et air-sol sont au cœur du concept omnirôle

Le RBE2 n’est pas intéressant seulement parce qu’il suit des avions. Il est redoutable parce qu’il sait changer de logique. En air-air, Dassault met en avant la détection et le suivi de multiples cibles, en regard vers le haut comme vers le bas, y compris en météo dégradée et sous brouillage. Ce n’est pas un détail. Le “look-up/look-down” reste une exigence structurante pour un chasseur qui doit intercepter aussi bien une cible en altitude qu’un appareil évoluant sur fond de sol.

En air-sol, le même radar peut générer en temps réel des cartes 2D haute résolution pour la navigation, la détection, l’identification et la désignation d’objectifs au sol. Dassault mentionne aussi une génération en temps réel de cartes 3D pour le suivi de terrain au-dessus de zones non cartographiées et en conditions aveugles. C’est l’un des points les plus marquants des documents publics : le radar n’est pas seulement un capteur de combat aérien, il sert aussi à pénétrer bas, à naviguer et à préparer la frappe.

Le document Thales de 2006 résume cette logique de séquence opérationnelle avec une franchise rare : défense aérienne, pénétration à basse altitude, mise à jour de la situation de zone cible en route, imagerie haute résolution de type SAR pour la désignation, puis détection et multi-poursuite en attaque antinavire. Cela ne signifie pas que toutes les fonctions tournent à pleine intensité en permanence. Cela signifie que le radar peut enchaîner très vite et faire coexister plusieurs besoins tactiques sur la même sortie. C’est l’un des fondements du Rafale “omnirôle” tel qu’il a été vendu, puis employé.

Le mode air-surface et la mer

Le domaine maritime est souvent sous-estimé. Pourtant, Dassault cite explicitement la détection et le suivi de multiples cibles navales. Là encore, il ne s’agit pas seulement de “voir un bateau”. Il s’agit de construire une situation de surface, distinguer des contacts, préparer une attaque antinavire ou sécuriser une zone côtière. Dans un appareil qui peut emporter l’AM39 Exocet selon les standards concernés, ce n’est pas une fonction annexe. C’est une brique opérationnelle cohérente avec la mission.

Rafale radar

La performance réelle du RBE2 se mesure moins à une portée brute qu’à son efficacité en mission

Sur le RBE2, la tentation est grande de réduire tout le sujet à un chiffre de portée. Ce serait une erreur. La performance d’un radar dépend de la cible, de son altitude, de sa signature, de l’environnement, du brouillage, du mode utilisé et de la discrétion recherchée. Les industriels évitent donc logiquement de publier un chiffre unique, et ils ont raison. Ce qui est publiquement démontré, en revanche, est plus utile : compatibilité avec le Meteor, suivi multi-cibles, maintien de pistes hors volume de recherche, cartographie 2D/3D en temps réel, capacité de suivi de terrain et emploi dans des environnements fortement contestés.

C’est aussi pour cela que le débat “RBE2 meilleur ou moins bon que tel radar concurrent” est souvent mal posé. Un radar n’agit jamais seul. Sur Rafale, il travaille avec le FSO, la fusion de données, la suite SPECTRA, la liaison de données et l’architecture de mission. La valeur tactique vient de l’ensemble. Le radar apporte la détection active et la cartographie. Les autres capteurs peuvent compléter, confirmer, discrétiser ou rester passifs quand la discrétion devient prioritaire. Le résultat, c’est une image tactique plus robuste.

La preuve en combat existe, mais il faut la lire correctement

Il faut rester rigoureux. Il n’existe pas, dans le domaine public, de compte rendu détaillant “tel verrouillage RBE2, telle piste, tel tir” avec toutes les données radar. Les performances exactes en combat réel restent protégées. En revanche, les campagnes du Rafale donnent une indication solide sur la crédibilité du système d’armes. Dassault rappelle que les Rafale français ont mené de nombreuses missions de combat en Afghanistan entre 2006 et 2011, puis en Libye en 2011, avant le Mali, l’Irak et la Syrie. En Libye, l’avion a assuré l’ensemble du spectre pour lequel il a été conçu : supériorité aérienne, frappes de précision, reconnaissance tactique et coordination de frappe.

Cela ne “prouve” pas à lui seul un chiffre de portée radar. En revanche, cela valide autre chose, qui compte davantage : la cohérence du capteur dans une plateforme réellement employée. Un radar qui n’aurait pas tenu la charge opérationnelle, ou qui se serait montré fragile dans l’enchaînement des modes, aurait vite révélé ses limites dans ce type de campagnes. Or le Rafale a précisément construit sa réputation sur cette capacité à passer d’une mission à l’autre, dans des conflits réels, avec une bonne survivabilité et une forte souplesse tactique.

Ce que le RBE2 dit du Rafale d’aujourd’hui et de demain

Le RBE2 AESA n’est pas seulement une amélioration du PESA. C’est la pièce qui a consolidé le Rafale dans le combat BVR moderne et dans l’emploi simultané des fonctions air-air, air-sol et air-surface. Les documents publics le disent de façon assez nette : faisceau agile, calcul rapide, suivi multi-cibles, cartographie en temps réel, suivi de terrain, résistance au brouillage et compatibilité avec des armements longue portée comme le Meteor. Ce n’est pas un radar “spectaculaire” sur une brochure. C’est un radar pensé pour faire gagner du temps tactique.

Le point le plus honnête à retenir est celui-ci : le RBE2 ne dévoile pas tous ses secrets, et c’est normal. Les algorithmes précis, les performances complètes et les marges réelles en guerre électronique ne sont pas publiques. Mais ce qui l’est suffit déjà à comprendre sa place. Le Rafale ne doit pas sa crédibilité à un seul missile, ni à un seul argument commercial. Il la doit aussi à un radar capable de suivre plusieurs combats en même temps : celui du ciel, celui du sol, celui de la mer, et celui, plus discret, de la vitesse de décision.

Sources

Dassault Aviation, Detect and pursue, page officielle Rafale.
Dassault Aviation, RAFALE Press Release, Paris Air Show 2023.
Dassault Aviation, Rafale file UK, 2015.
Thales, AESA RBE2 Radar brochure, juin 2006.
Sénat français, Rapport d’information n° 642, 15 juillet 2020.

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