Le SCAF subit un nouveau report décidé par Berlin. Désaccords industriels, rivalité avec le GCAP et risque de décrochage technologique européen.
En résumé
Le 2 janvier 2026, Berlin a confirmé un nouveau report de la décision clé sur la prochaine phase du Système de Combat Aérien du Futur. Ce délai supplémentaire intervient dans un contexte déjà tendu entre Paris et Berlin, marqué par des désaccords persistants sur la gouvernance industrielle et le partage des responsabilités. Pendant ce temps, le programme concurrent GCAP, mené par le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie, avance avec une feuille de route claire et une entrée en service visée dès 2035. Ce contraste nourrit les inquiétudes sur la capacité de l’Europe continentale à rester dans la course technologique face aux États-Unis et aux puissances asiatiques. Plus qu’un simple retard administratif, ce coup de froid révèle les fragilités structurelles du SCAF : arbitrages politiques complexes, rivalités industrielles et difficulté à aligner ambition stratégique et discipline budgétaire.
Le nouveau report qui ravive les tensions franco-allemandes
La confirmation venue de Berlin a fait l’effet d’un signal négatif supplémentaire. Un porte-parole du gouvernement allemand a indiqué que la décision attendue sur la phase suivante du SCAF n’était pas prête et serait de nouveau différée. Aucune date précise n’a été avancée, ce qui alimente l’incertitude.
Pour Paris, ce report est difficile à accepter. La France pousse depuis plusieurs mois pour sécuriser un enchaînement clair des phases du programme, afin d’éviter une rupture de charge industrielle et technique. Côté allemand, le discours reste prudent. Berlin invoque la nécessité de garanties supplémentaires sur la gouvernance, les coûts et la répartition des tâches industrielles.
Ce décalage de tempo illustre une réalité désormais bien installée : la coopération franco-allemande en défense fonctionne par à-coups, et le SCAF en est l’exemple le plus emblématique.
Le SCAF, un programme stratégique sous pression
Le programme SCAF n’est pas un projet comme les autres. Il doit assurer le remplacement du Rafale et de l’Eurofighter à l’horizon 2040 et structurer la stratégie aérienne européenne pour plusieurs décennies. Il repose sur une architecture de “système de systèmes”, combinant un avion de combat de nouvelle génération, des drones et un cloud de combat.
Sur le papier, l’ambition est considérable. Dans les faits, elle se heurte à une complexité politique et industrielle rarement atteinte. Trois nations, plusieurs champions industriels, et des visions parfois divergentes de la souveraineté technologique.
Le report annoncé début janvier fragilise encore un calendrier déjà tendu. Chaque décalage repousse les démonstrateurs, allonge les phases de validation et renchérit mécaniquement les coûts.
Les désaccords industriels au cœur du blocage
Au centre des crispations figurent les tensions industrielles entre Dassault Aviation et Airbus. Le sujet n’est pas nouveau, mais il n’est toujours pas tranché. Il porte sur le leadership du pilier avion, la répartition du travail et le contrôle de certaines briques technologiques clés.
La France défend une logique de responsabilité claire, avec un maître d’œuvre identifié pour l’avion de combat NGF. L’Allemagne, soutenue par l’Espagne sur certains points, plaide pour un partage plus équilibré, reflétant les contributions financières et industrielles.
Ces divergences ralentissent les décisions. Chaque compromis est long à négocier. Chaque phase devient un objet de débat politique. Résultat : le programme avance, mais sans la fluidité nécessaire pour tenir des objectifs ambitieux.
Le contraste frappant avec le programme GCAP
Pendant que le SCAF piétine, le Global Combat Air Programme progresse. Le GCAP, qui associe le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie, affiche une gouvernance plus centralisée et un calendrier plus lisible. L’objectif affiché est une entrée en service autour de 2035.
Ce contraste nourrit un malaise croissant en Europe continentale. D’un côté, un projet SCAF ambitieux mais ralenti par des arbitrages complexes. De l’autre, un programme GCAP qui capitalise sur une coopération resserrée et une forte impulsion politique.
Pour les industriels et les armées, la comparaison est cruelle. Elle pose une question simple : l’Europe est-elle capable de mener à bien un programme de chasseur de sixième génération européen sans s’enliser dans ses propres mécanismes de décision ?
Le risque de décrochage technologique européen
Le report annoncé le 2 janvier 2026 n’est pas neutre sur le plan technologique. Le temps est un facteur clé dans le développement des systèmes de combat. Retarder une décision aujourd’hui, c’est repousser des essais demain et risquer un décalage durable.
Les États-Unis poursuivent leurs travaux sur des systèmes de nouvelle génération, combinant plateformes habitées, drones et réseaux de données avancés. En Asie, le Japon et la Corée du Sud investissent massivement dans des architectures aériennes modernes.
Face à ces dynamiques, l’Europe ne peut se permettre une stagnation prolongée. Le SCAF devait être un levier de supériorité aérienne européenne. À force de reports, il pourrait devenir un programme de rattrapage plutôt que d’avance.
Les enjeux budgétaires derrière le discours politique
Officiellement, le débat porte sur la gouvernance et l’efficacité industrielle. En filigrane, la question budgétaire est omniprésente. Le financement du programme SCAF est appelé à atteindre des montants très élevés sur plusieurs décennies, avec des estimations dépassant largement les 100 milliards d’euros en coût global.
Dans un contexte de finances publiques sous tension, chaque gouvernement cherche à limiter son exposition et à maximiser les retombées nationales. Cette logique est compréhensible, mais elle complique la construction d’une vision commune.
Le report décidé par Berlin traduit aussi une prudence politique : engager une nouvelle phase, c’est s’engager financièrement sur le long terme. Or, le consensus interne n’est pas toujours acquis, notamment au Bundestag.
Les conséquences industrielles d’un calendrier incertain
Un programme de cette ampleur ne se gère pas à coups de pauses répétées. Les industriels ont besoin de visibilité pour investir, recruter et maintenir des compétences rares. Chaque report fragilise la chaîne de valeur.
Pour la France, le SCAF est un pilier de la souveraineté industrielle européenne dans le domaine aéronautique militaire. Pour l’Allemagne et l’Espagne, il doit également garantir des retombées industrielles tangibles. Si le calendrier reste flou, le risque est une érosion progressive des compétences, au profit d’autres programmes plus lisibles.
Cette incertitude peut aussi pousser certains acteurs à privilégier des solutions intermédiaires, comme l’achat ou la modernisation de matériels existants, au détriment d’une vision de long terme.

Le message envoyé aux partenaires et aux alliés
Au-delà du trio franco-germano-espagnol, le report du SCAF est observé de près par les partenaires européens et les alliés de l’OTAN. Il alimente le doute sur la capacité de l’Europe à porter seule un programme aérien de très haut niveau.
Ce signal contraste avec le discours politique sur l’autonomie stratégique. Il donne du poids aux arguments de ceux qui estiment que l’Europe reste structurellement dépendante des technologies américaines pour ses capacités critiques.
Le SCAF devait démontrer l’inverse. Chaque délai supplémentaire affaiblit cette démonstration.
Une décision politique devenue inévitable
Le report du 2 janvier 2026 confirme une tendance : les arbitrages techniques et industriels ont atteint leurs limites. La suite du programme ne pourra pas se débloquer sans une décision politique claire au plus haut niveau.
Paris attend un engagement ferme. Berlin demande des garanties. Madrid observe et ajuste sa position. Sans impulsion forte, le risque est un enlisement prolongé, voire une remise en question partielle du projet européen de combat aérien.
L’histoire récente montre que les grands programmes militaires ne survivent pas à l’indécision. Le SCAF n’échappera pas à cette règle. Soit les capitales assument un compromis robuste, soit l’Europe devra accepter de voir d’autres définir les standards du combat aérien de demain.
Sources
Reuters, 2 janvier 2026, déclarations du porte-parole du gouvernement allemand sur le SCAF
Ministère des Armées français, dossiers officiels sur le Système de Combat Aérien du Futur
Bundestag, comptes rendus des débats sur les programmes d’armement européens
Analyses industrielles européennes sur le programme GCAP
Rapports parlementaires français et allemands sur la coopération aéronautique européenne
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