La Pologne promet deux MiG-29 à l’Ukraine dans un paquet de 50 millions d’euros. Capacités, financement et bilan des chasseurs livrés par l’Occident.
En résumé
Le 29 octobre 2026, la Pologne a confirmé son intention de transférer deux chasseurs MiG-29 Fulcrum à l’Ukraine, dans le cadre d’un nouveau programme d’assistance militaire évalué à 50 millions d’euros. Un seul appareil est encore en état de vol. Le second, arrivé au terme de son potentiel technique, devrait principalement fournir des pièces détachées. Varsovie prévoit également des munitions d’artillerie de 155 et 152 mm, des obus de 20 mm pour les canons des F-16 ukrainiens et des missiles antiaériens Piorun. Cette décision intervient après plusieurs mois de tensions diplomatiques entre les deux pays. Elle souligne surtout les difficultés de Kyiv à maintenir sa flotte de chasseurs opérationnelle. Malgré les F-16 occidentaux et les Mirage 2000 français, les MiG-29 restent utiles pour la défense aérienne et les missions d’attaque. Leur disponibilité dépend cependant de cellules vieillissantes, de pièces détachées et de capacités de maintenance limitées.
Le transfert de deux MiG-29 confirmé par Varsovie
Le 29 octobre 2026, Dariusz Łukowski, directeur du département de stratégie et de planification du ministère polonais de la Défense, a confirmé au quotidien Rzeczpospolita le prochain transfert de deux MiG-29 vers l’Ukraine.
Le vice-ministre de la Défense, Paweł Zalewski, a également confirmé cet accord. Aucune date de livraison précise n’a été communiquée. Le 30 octobre, le ministère ukrainien des Affaires étrangères indiquait que les discussions opérationnelles se poursuivaient.
Les deux appareils présentent des états techniques très différents. L’un est encore capable de voler, tandis que l’autre a épuisé son potentiel d’utilisation autorisé.
Ce dernier pourrait servir à récupérer des moteurs, des équipements électroniques et des composants mécaniques. Il ne s’agit donc pas de deux chasseurs immédiatement opérationnels.
Cette annonce prolonge l’aide aérienne déjà apportée par Varsovie. Selon les informations publiées par Rzeczpospolita, la Pologne avait transféré 14 MiG-29 à l’Ukraine en 2022 et 2023, dans des états techniques variables.
Le financement de 50 millions d’euros repose sur une donation polonaise
Le nouveau paquet militaire est estimé à 50 millions d’euros. Cette somme correspond à la valorisation globale des matériels destinés à Kyiv, et non au prix des deux avions.
La Pologne fournit des équipements issus de ses stocks militaires. Il ne s’agit pas d’un achat de chasseurs neufs financé par l’Ukraine. Aucun règlement direct de Kyiv pour ces deux MiG-29 n’a été annoncé.
Varsovie n’a cependant pas publié de ventilation financière entre les appareils, les munitions et les autres équipements. Les éventuels coûts de remise en état des chasseurs ne sont pas davantage détaillés.
Cette distinction est importante. En septembre, l’ambassadeur ukrainien en Pologne, Vasyl Bodnar, expliquait que le financement de la modernisation des MiG-29 constituait encore un obstacle.
L’Union européenne dispose par ailleurs de mécanismes de remboursement partiel des donations militaires, notamment la Facilité européenne pour la paix. Le Conseil de l’Union européenne a débloqué 4,7 milliards d’euros de remboursements supplémentaires le 26 octobre 2026. Aucun financement européen spécifique de ce nouveau paquet polonais n’est toutefois confirmé.
En juillet, le ministre polonais de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz, évaluait l’ensemble des donations militaires déjà réalisées depuis 2022 à 16,45 milliards de zlotys, soit environ 3,8 milliards d’euros.
Les munitions accompagnant les MiG-29 répondent à plusieurs urgences
Le paquet comprend des obus d’artillerie de 155 mm, employés par de nombreux systèmes occidentaux, et de 152 mm, adaptés aux pièces d’origine soviétique.
Il doit également fournir des munitions 20 × 102 mm destinées au canon M61 Vulcan des F-16 ukrainiens. Cette arme rotative à six tubes peut atteindre une cadence d’environ 6 000 coups par minute.
Ces munitions sont notamment utilisées contre les drones russes. Le 22 octobre, le ministère ukrainien de la Défense annonçait déjà la réception de plus de 50 000 cartouches de 20 mm fournies par le Danemark.
Le canon permet d’économiser des missiles air-air, mais impose de s’approcher davantage de la cible, avec des contraintes de sécurité importantes.
Varsovie fournira également des missiles Piorun, développés par l’industriel polonais Mesko. Ces missiles portables à guidage infrarouge permettent d’intercepter des aéronefs, notamment à basse altitude.
Le MiG-29 reste un chasseur performant malgré son ancienneté
Développé par Mikoyan pendant la guerre froide, le MiG-29 Fulcrum est un chasseur bimoteur conçu initialement pour la supériorité aérienne à courte et moyenne distance.
Ses deux turboréacteurs Klimov RD-33 développent chacun environ 81,4 kN de poussée avec postcombustion (18 300 lbf).
L’appareil peut atteindre Mach 2,3, soit environ 2 445 km/h (1 520 mph), à haute altitude. Son plafond opérationnel se situe autour de 17 000 à 18 000 mètres (55 800 à 59 100 ft), selon la version.
Le MiG-29A possède six points d’emport externes, pouvant accueillir environ 3 000 kg (6 614 lb) de charges militaires.

Le radar et les missiles limitent ses performances face aux chasseurs récents
Dans leurs configurations anciennes, les MiG-29 utilisent notamment le radar N019, des missiles R-27 à guidage radar et des R-73 à guidage infrarouge.
Le R-27R exige que l’avion porteur continue d’éclairer sa cible jusqu’à l’interception. Cette contrainte augmente son exposition aux moyens de détection et aux missiles adverses.
Face aux Su-35S russes équipés de radars et de missiles de plus longue portée, le MiG-29 souffre d’un désavantage technologique important. Sa vitesse et sa maniabilité ne compensent pas systématiquement cette infériorité.
Le rôle des MiG-29 ukrainiens dépasse désormais le combat aérien
L’Ukraine emploie encore ses MiG-29 dans des missions de défense aérienne et d’attaque au sol.
Les ingénieurs ukrainiens ont adapté certains appareils pour utiliser des armements occidentaux, notamment les missiles antiradar AGM-88 HARM et des bombes planantes guidées.
Le missile HARM permet de viser des radars militaires émetteurs. Les bombes planantes peuvent atteindre des objectifs terrestres sans imposer à l’avion de les survoler directement.
Ces adaptations ont prolongé l’utilité du MiG-29. Elles ne transforment cependant pas un appareil soviétique ancien en chasseur occidental moderne.
Les chasseurs ukrainiens restent exposés à une dense défense antiaérienne russe. Ils ne peuvent pas évoluer librement au-dessus du front.
Leur efficacité dépend donc autant de leurs armements et du renseignement disponible que de leurs performances aéronautiques.
La flotte de chasseurs fournie par l’Occident repose sur trois modèles
Depuis 2023, les pays européens ont livré ou promis plusieurs dizaines de chasseurs à l’Ukraine. Il faut néanmoins distinguer les appareils transférés, les avions utilisables et ceux qui restent en maintenance.
Les F-16 constituent désormais la principale capacité occidentale
Les F-16 Fighting Falcon représentent le principal programme de modernisation de l’aviation ukrainienne.
Les engagements publics comprennent 24 appareils néerlandais, 19 danois, six norvégiens et 30 belges, soit 79 F-16 annoncés au total. Tous ne sont pas encore livrés ni opérationnels.
Les Pays-Bas ont achevé la sortie de leur flotte destinée à l’Ukraine en mai 2025. La Norvège a reconnu en avril 2026 que quatre des six cellules transférées nécessitaient encore des travaux importants.
La Belgique prévoit de fournir dix appareils d’ici fin 2026, sur un engagement total de 30 avions.
Selon une estimation publiée par The War Zone en septembre, l’Ukraine aurait reçu environ 40 à 50 F-16, dont certains destinés à l’entraînement. Le nombre d’avions immédiatement disponibles au combat demeure confidentiel.
Les Mirage 2000 français assurent également la défense aérienne
La France a commencé ses livraisons de Mirage 2000-5 en février 2025.
Trois appareils avaient été signalés comme livrés en 2025 et deux autres étaient annoncés pour début 2026. Une perte a été enregistrée en juillet 2025. Le total opérationnel actuel n’est pas officiellement publié.
Ces chasseurs peuvent notamment employer le missile air-air MICA et participent à l’interception des menaces aériennes russes.
Les MiG-29 polonais et slovaques ont permis de préserver les capacités existantes
La Slovaquie a transféré 13 MiG-29 en 2023, dont plusieurs appareils non opérationnels. La Pologne en avait fourni 14 avant sa nouvelle annonce.
Les deux transferts envisagés porteraient donc à 29 le nombre de cellules MiG-29 cédées par ces deux pays depuis 2022.
Ce chiffre ne correspond pas au nombre d’avions disponibles aujourd’hui, compte tenu des états techniques initiaux, des prélèvements de pièces et des pertes au combat.
Le rapprochement entre Varsovie et Kyiv relance la coopération aérienne
Le transfert intervient après plusieurs mois de tensions liées aux différends historiques entre la Pologne et l’Ukraine et à un projet d’échange de MiG-29 contre des technologies ukrainiennes de drones.
En juillet, Władysław Kosiniak-Kamysz avait dénoncé l’absence de transfert de savoir-faire ukrainien. Selon Rzeczpospolita, cet échange technologique n’était toujours pas réalisé fin octobre.
La reprise du dialogue ne garantit donc pas de nouvelles livraisons importantes. Varsovie doit également préserver ses propres capacités de défense pendant le remplacement progressif de ses MiG-29 par des avions occidentaux et sud-coréens.
La disponibilité des chasseurs devient le principal défi ukrainien
L’arrivée éventuelle d’un MiG-29 supplémentaire ne modifiera pas sensiblement le rapport de forces aérien avec la Russie. Elle pourra néanmoins prolonger l’activité d’une unité existante.
L’analyse publiée en juillet 2026 par le Royal United Services Institute souligne que les F-16 constituent désormais le cœur de la force de chasse occidentale ukrainienne. Les MiG-29 conservent des missions complémentaires.
Le véritable problème de Kyiv reste la disponibilité de ses avions. En septembre, des informations rapportées par The Wall Street Journal indiquaient que plus de la moitié des F-16 ukrainiens se trouvaient immobilisés ou bloqués dans des circuits de maintenance.
L’enjeu dépasse donc le nombre d’appareils promis. La capacité à entretenir les chasseurs, fournir leurs munitions et former leurs équipages déterminera leur contribution réelle aux opérations.
Dans cette perspective, un MiG-29 démonté pour entretenir plusieurs appareils existants peut parfois avoir davantage de valeur militaire qu’un chasseur supplémentaire incapable de décoller.