Thales, Dassault, Airbus, Helsing : découvrez les dix industriels européens qui développent l’IA militaire pour les chasseurs, drones et forces aériennes.
En résumé
L’intelligence artificielle transforme l’industrie européenne de l’aviation militaire. Elle intervient désormais dans l’analyse des données radar, la guerre électronique, la coordination des drones de combat et l’aide à la décision des pilotes.
Dix entreprises occupent une position particulièrement stratégique : Thales, Dassault Aviation, Airbus Defence and Space, BAE Systems, Leonardo, Saab, HENSOLDT, Helsing, MBDA et Indra. Certaines fabriquent des avions. D’autres développent les capteurs, logiciels et armements intelligents nécessaires au combat collaboratif.
Le secteur bénéficie d’une croissance importante, portée par le réarmement européen et les programmes aéronautiques de nouvelle génération. Saab a notamment testé une IA pilotant un Gripen E, tandis que Dassault a fait voler deux algorithmes sur Rafale en septembre 2026.
Mais les niveaux de maturité diffèrent considérablement. Entre démonstrateurs, contrats militaires et systèmes réellement opérationnels, les prochains exercices détermineront quels industriels convertiront leurs innovations en capacités de combat.
Le marché européen de l’IA militaire dépasse désormais les seuls constructeurs d’avions
L’intelligence artificielle appliquée au combat aérien ne se limite pas aux drones autonomes. Elle permet de fusionner des informations provenant de plusieurs capteurs, de reconnaître des menaces, d’adapter des missions et de coordonner différentes plateformes.
Les dix entreprises retenues se distinguent par leurs technologies, leur rôle dans les programmes militaires et leur capacité industrielle. Il ne s’agit pas d’un classement par chiffre d’affaires : les groupes ne publient généralement pas leurs revenus spécifiques à l’IA.
Les grands industriels aéronautiques intègrent l’IA dans leurs systèmes de combat
Le groupe Thales domine les capteurs intelligents et l’aide à la décision
Thales occupe une position centrale grâce à ses radars, ses équipements de guerre électronique et son accélérateur cortAIx, qui comptait 800 spécialistes de l’IA fin 2025.
En septembre 2026, Thales et Dassault ont annoncé un essai en vol d’algorithme souverain sur Rafale. Le groupe développe également l’analyse automatisée d’images pour la nacelle TALIOS.
Son chiffre d’affaires a progressé de 7,6 % en 2025, à 22,1 milliards d’euros. Sa prochaine étape sera d’industrialiser ces algorithmes pour les systèmes embarqués, tout en garantissant leur sécurité et leur certification.
Le constructeur Dassault Aviation maîtrise l’intégration de l’IA dans les chasseurs
Dassault Aviation se distingue par son rôle d’architecte des systèmes de combat français.
L’industriel a testé deux algorithmes souverains sur Dassault Rafale en septembre 2026. Il prépare également le Rafale F5, le combat collaboratif et un futur drone furtif.
En 2025, ses ventes ont atteint 7,42 milliards d’euros, contre 6,23 milliards en 2024. Son carnet de commandes comprenait 220 Rafale.
L’enjeu sera d’intégrer l’autonomie des drones sans retirer au pilote le contrôle des décisions militaires critiques.
Le groupe Airbus Defence and Space développe les drones ailiers et le combat connecté
Airbus travaille sur les architectures associant avions pilotés, drones et réseaux tactiques.
En 2026, il a présenté sa stratégie de drones collaboratifs destinés à accompagner l’Eurofighter Typhoon. Le groupe vise une première capacité autour du U740 Valkyrie en 2029, suivie du U760 Ravenstorm au début des années 2030.
Airbus Defence and Space a réalisé 13,4 milliards d’euros de revenus en 2025, soit une progression de 11 %.
Son défi sera de maîtriser les logiciels et les communications militaires tout en réduisant les dépendances envers les technologies non européennes.

Le groupe BAE Systems prépare l’intelligence du futur chasseur GCAP
BAE Systems dirige la contribution industrielle britannique au Global Combat Air Programme (GCAP), développé avec l’Italie et le Japon.
L’IA doit notamment contribuer à la fusion des données, à la gestion de mission et à la coopération avec des drones.
En juillet 2026, Londres lui a accordé une extension contractuelle de 708 millions de livres sterling pour développer les technologies britanniques du futur système.
Les ventes du groupe ont atteint 30,7 milliards de livres en 2025, en hausse de 10 % à taux de change constants. Le principal rendez-vous reste l’objectif de mise en service du GCAP en 2035.
Le groupe Leonardo construit des architectures de défense intégrant l’IA
L’italien Leonardo développe les systèmes électroniques du GCAP et des solutions de commandement multidomaines.
Son projet Michelangelo Dome combine radars, intelligence artificielle, calcul haute performance et systèmes d’interception pour coordonner la défense aérienne.
Leonardo estime que cette architecture pourrait générer 21 milliards d’euros d’opportunités commerciales sur dix ans. Ce montant ne constitue pas un carnet de commandes acquis.
Avec 19,5 milliards d’euros de revenus en 2025, en progression de 11 %, le groupe vise 30 milliards en 2030. Les premières validations opérationnelles du Michelangelo Dome seront déterminantes.
Le constructeur Saab dispose d’une avance dans les essais d’IA en vol
Saab a franchi une étape importante avec Project Beyond. En mai et juin 2025, son Gripen E a effectué trois vols intégrant Centaur, l’agent d’IA développé par Helsing.
Le logiciel a exécuté des manœuvres de combat aérien au-delà de la portée visuelle, tout en conservant un pilote dans l’appareil.
Saab développe également la suite de guerre électronique Arexis, intégrant des technologies d’IA.
Ses ventes ont atteint 79,1 milliards de couronnes suédoises en 2025, en hausse de 24 %. Au troisième trimestre 2026, sa croissance organique atteignait 30,6 %. Les prochains essais devront démontrer la robustesse de ces fonctions dans des situations plus complexes.
Les spécialistes des logiciels, capteurs et armements gagnent en influence
Le groupe HENSOLDT transforme les données radar en informations tactiques
L’allemand HENSOLDT se spécialise dans les radars, l’optronique et la guerre électronique.
En février 2026, il a conclu un partenariat avec Helsing pour équiper le drone autonome CA-1 Europa. Ses capteurs et son logiciel MDOcore doivent permettre la fusion des données et la coordination des missions.
Son chiffre d’affaires a progressé d’environ 10 % en 2025, à 2,46 milliards d’euros. Les commandes ont bondi de 62 %, à 4,71 milliards.
Les prochaines démonstrations du CA-1 détermineront la capacité de HENSOLDT à étendre ses activités des capteurs traditionnels aux systèmes autonomes.
La société Helsing s’impose dans les logiciels de combat autonomes
Fondée en Allemagne en 2021, Helsing représente la nouvelle génération des entreprises européennes de défense.
Son logiciel Centaur a déjà été testé sur Gripen E. L’entreprise développe également le CA-1 Europa, un drone de combat autonome de 3 à 5 tonnes, ainsi qu’une variante de guerre électronique.
En juillet 2026, Helsing a levé 1,8 milliard de dollars, portant sa valorisation annoncée à 18 milliards de dollars.
Elle vise un premier vol du CA-1 début 2027 et une capacité opérationnelle initiale de la version d’attaque en 2029. Son principal défi sera de transformer ses logiciels et démonstrateurs en productions militaires fiables.
Le missilier MBDA développe l’intelligence collective des armements
MBDA applique l’IA aux missiles et aux effecteurs collaboratifs plutôt qu’à la conception de chasseurs.
Son programme Orchestrike vise à coordonner plusieurs missiles SPEAR. Les algorithmes doivent permettre d’adapter leur comportement à l’évolution des menaces, sous supervision humaine.
L’entreprise a enregistré 5,8 milliards d’euros de revenus et 13,2 milliards de commandes en 2025. Elle prévoit 5 milliards d’euros d’investissements industriels entre 2026 et 2030.
L’enjeu sera de faire passer Orchestrike des démonstrations aux capacités qualifiées et utilisables dans des opérations aériennes.
Le groupe Indra développe le cloud de combat et l’IA souveraine espagnole
Indra occupe une place stratégique dans les systèmes électroniques espagnols et les programmes de combat aérien européens.
Son architecture NIMBUS relie capteurs, plateformes et centres de commandement. En septembre 2026, elle a été démontrée lors de l’exercice REPMUS avec des moyens aériens et navals.
Indra développe également IndraMind, une plateforme d’intelligence artificielle destinée aux opérations critiques.
Son chiffre d’affaires a atteint 5,46 milliards d’euros en 2025, en progression de près de 13 %. La prochaine étape sera d’étendre l’utilisation de ses logiciels à des systèmes militaires interopérables déployés à grande échelle.
Le véritable avantage industriel se jouera sur la mise en service des technologies
Ces dix entreprises ne poursuivent pas exactement le même objectif. Dassault, Airbus, BAE Systems et Saab intègrent l’IA dans les plateformes aériennes. Thales, Leonardo, HENSOLDT et Indra structurent les capteurs et les réseaux. Helsing développe l’autonomie logicielle, tandis que MBDA transforme les armements.
La croissance financière confirme l’intérêt des États pour ces technologies, mais un essai réussi ne constitue pas une capacité opérationnelle.
La prochaine bataille industrielle portera sur la fiabilité des algorithmes, leur résistance au brouillage, la certification des logiciels critiques et le coût de leurs mises à jour.
Les entreprises capables de déployer rapidement des systèmes interopérables, tout en préservant la souveraineté technologique de leurs clients, disposeront d’un avantage durable. C’est cette capacité qui déterminera la place de l’Europe dans la prochaine génération d’avions de chasse et de drones de combat.
Les sources
- Thales, Document d’enregistrement universel 2025 et résultats annuels 2025, publiés en 2026.
- Dassault Aviation, « Une nouvelle Intelligence Artificielle vole à bord du Rafale de Dassault Aviation », 22 septembre 2026.
- Dassault Aviation, « 2025 Annual Results », 4 mars 2026.
- Airbus, « Airbus Reports Full-Year 2025 Results », 19 février 2026.
- Airbus, « Everything You Need to Know About Uncrewed Collaborative Combat Aircraft », 5 mai 2026.
- BAE Systems, « 2025 Full Year Results », 18 février 2026.
- BAE Systems, « New £708m Investment in the UK’s Next-Generation Combat Air Capabilities », 22 juillet 2026.
- Leonardo, « Leonardo Industrial Plan Update 2026–2030 », 12 mars 2026.
- Saab, « Saab Achieves AI Milestone with Gripen E », 11 juin 2025.
- Saab, « Saab Q3 Results 2026: Positioned to Capture Growing Demand », 23 octobre 2026.
- HENSOLDT, « Financial Year 2025: HENSOLDT Achieves Record Order Intake », 26 février 2026.
- Helsing et HENSOLDT, « HENSOLDT and Helsing Join Forces for Autonomous Combat Aircraft CA-1 Europa », 12 février 2026.
- Helsing, « Helsing Introduces the CA-1 Electronic Attack », 10 juin 2026.
- Reuters, « Europe’s Helsing Raises $1.8 Billion, Valuing Defence Group at $18 Billion », 13 juillet 2026.
- MBDA, « Orchestrike: MBDA Accelerates Deployment of AI for SPEAR Cruise Missiles », 18 juillet 2024.
- MBDA, « MBDA: Stepping Up to a New Strategic Dimension », résultats 2025 publiés en 2026.
- Indra Group, « Indra Demonstrates the Potential of the Combat Cloud in the Naval Domain During NATO’s REPMUS 2026 Exercise », 29 septembre 2026.
- Indra Group, résultats financiers 2025, février 2026.