Eurofighter vise plus de 250 Typhoon supplémentaires. Pays acheteurs, contrats, prix et comparaison avec les ventes du Rafale de Dassault Aviation.
En résumé
Le consortium Eurofighter affiche de nouvelles ambitions commerciales. Le 4 novembre 2026, lors de l’International Fighter Conference de Munich, les industriels européens ont présenté des perspectives portant sur plus de 250 Typhoon supplémentaires. Cette estimation concerne des opportunités commerciales, et non des commandes fermes.
Trois marchés se distinguent : l’Arabie saoudite, avec 54 appareils potentiels, l’Autriche avec 36 et la Turquie avec 24. D’autres campagnes concernent le Portugal, la Pologne et le Bangladesh.
Le programme bénéficie également de commandes récentes de l’Allemagne, de l’Espagne, de l’Italie et de la Turquie. Eurofighter totalise désormais 769 appareils commandés, contre 533 Rafale pour Dassault Aviation fin 2025.
Mais le Rafale présente un avantage commercial important : 323 commandes à l’exportation et un carnet déjà largement sécurisé. La confrontation entre les deux chasseurs européens se joue désormais sur les prix, les capacités opérationnelles, les partenariats industriels et les délais de livraison.
Le consortium Eurofighter annonce un potentiel de plus de 250 avions
À Munich, le 4 novembre 2026, Eurofighter a dévoilé une estimation de ses futurs débouchés commerciaux. Aviation Week évoque plus de 250 appareils potentiels, tandis que FlightGlobal et Breaking Defense retiennent une formulation plus prudente, supérieure à 200 avions.
La présentation identifie 114 appareils dans trois pays et environ 150 autres opportunités. Il ne s’agit pas de contrats signés. Ces chiffres représentent des campagnes commerciales dont l’issue reste incertaine.
Le programme totalise 769 Eurofighter commandés et 619 livrés au 30 septembre 2026. Il rassemble quatre pays industriels : le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Airbus Defence and Space, BAE Systems et Leonardo assurent sa production.
Ce regain d’ambition répond à deux objectifs. Le premier consiste à satisfaire la demande croissante d’avions de combat européens. Le second vise à maintenir les chaînes de production jusqu’à l’arrivée des futurs chasseurs de sixième génération.
Les commandes européennes sécurisent la production du Typhoon
L’Allemagne, l’Espagne et l’Italie ont récemment renforcé leurs investissements dans l’Eurofighter Typhoon.
En octobre 2025, Berlin a commandé 20 Eurofighter Tranche 5 pour 3,75 milliards d’euros. Ces appareils seront livrés entre 2031 et 2034. Ils s’ajoutent aux 38 avions du programme Quadriga.
L’Espagne a commandé 45 appareils dans le cadre des programmes Halcón I et II. Le premier contrat, signé en 2022, représente 2,043 milliards d’euros pour 20 chasseurs. Le second prévoit 25 appareils, avec une enveloppe d’acquisition d’environ 4 milliards d’euros, destinés notamment à remplacer les F/A-18 Hornet.
L’Italie a signé en décembre 2024 un contrat portant sur un maximum de 24 Eurofighter. Le programme représente 7,47 milliards d’euros, soutien logistique compris.
Ces commandes, déjà enregistrées, ne doivent pas être confondues avec les nouvelles perspectives commerciales.
L’Arabie saoudite pourrait commander 54 Eurofighter supplémentaires
L’Arabie saoudite constitue l’un des principaux débouchés potentiels du Typhoon. Riyad exploite déjà 72 appareils acquis dans le cadre du programme Salam, signé en 2007 pour 4,43 milliards de livres sterling.
Le consortium envisage désormais une nouvelle commande de 54 Eurofighter.
Cette acquisition permettrait de renforcer la défense aérienne saoudienne tout en préservant la continuité logistique avec les appareils existants. Les infrastructures, la formation et une partie de la maintenance sont déjà adaptées au Typhoon.
La compétition reste néanmoins ouverte. L’Arabie saoudite exploite également des Boeing F-15 et étudie de nouvelles capacités américaines. Aucun contrat portant sur les 54 Typhoon supplémentaires n’a été signé, et son montant n’est pas connu.

La Turquie confirme son intérêt pour une deuxième commande
Ankara est devenue un client majeur du programme en octobre 2025, en signant un contrat pour 20 Eurofighter Typhoon, évalué à 5,4 milliards de livres sterling pour les avions, l’armement et l’intégration. Avec les prestations complémentaires de formation et de soutien, l’ensemble dépasse 8 milliards de livres.
Les livraisons doivent commencer en 2030.
Le consortium envisage une seconde tranche de 24 appareils neufs, distincte des discussions turques concernant des Typhoon d’occasion du Qatar et d’Oman.
La Turquie cherche à moderniser ses F-16 vieillissants, après son exclusion du programme F-35 américain à la suite de l’acquisition du système antiaérien russe S-400.
Le Typhoon permettrait de renforcer rapidement sa flotte en attendant le développement de son propre chasseur, le TAI KAAN. Mais aucune commande supplémentaire de 24 appareils n’est confirmée.
L’Autriche envisage 36 chasseurs pour remplacer sa flotte
L’Autriche exploite actuellement 15 Eurofighter de première génération. Ces appareils, livrés à partir de 2007, disposent de capacités plus limitées que les versions récentes.
En octobre 2026, la ministre autrichienne de la Défense, Klaudia Tanner, a évoqué le besoin de 36 nouveaux chasseurs pour remplacer la flotte actuelle à l’horizon 2035.
Eurofighter considère ce programme comme une opportunité importante. Toutefois, Vienne n’a pas encore choisi le Typhoon pour cette acquisition. Le F-35 et d’autres solutions restent envisageables.
Il s’agirait d’un programme de remplacement et d’augmentation du format de la flotte, et non d’une commande de 36 appareils venant simplement s’ajouter aux 15 existants.
Le Portugal, la Pologne et le Bangladesh constituent trois autres marchés
Au Portugal, Airbus propose le Typhoon pour remplacer les 28 F-16M vieillissants. Le constructeur met en avant les missions de défense aérienne et les perspectives de coopération industrielle.
La concurrence comprend le Lockheed Martin F-35, le Saab Gripen E et le Dassault Rafale. Lisbonne n’a pas encore engagé de procédure formelle d’acquisition.
La Pologne envisage 32 chasseurs supplémentaires pour renforcer sa supériorité aérienne. Le Typhoon pourrait répondre à ce besoin, mais Varsovie dispose déjà d’un programme F-35 et privilégie une coopération militaire étroite avec Washington.
Au Bangladesh, Leonardo a signé en décembre 2025 une lettre d’intention avec l’armée de l’air pour l’acquisition de Typhoon. Aucun nombre définitif ni montant contractuel n’a été annoncé. Dhaka examine parallèlement des avions chinois Chengdu J-10CE.
Ces trois campagnes illustrent les perspectives du programme, mais aussi la difficulté de transformer des discussions commerciales en commandes.
Le Rafale conserve une avance importante sur le marché export
La comparaison entre l’Eurofighter Typhoon et le Dassault Rafale montre deux stratégies industrielles différentes.
À la fin de 2025, Dassault Aviation comptabilisait 533 Rafale commandés, dont 323 à l’exportation. Au 30 juin 2026, son carnet comptait encore 208 appareils à livrer, dont 165 destinés à l’étranger.
Les contrats récents illustrent cette dynamique commerciale :
- Émirats arabes unis : 80 Rafale F4, pour environ 16 milliards d’euros avec les armements, contrat signé en 2021 et entré en vigueur en 2022.
- Serbie : 12 Rafale pour 2,7 milliards d’euros en août 2024.
- Inde : 26 Rafale Marine pour environ 7,4 milliards de dollars en avril 2025.
Le montant apparent par appareil varie fortement, car les contrats comprennent des équipements, des armements, des simulateurs et des prestations de maintenance différents. Une simple division du montant total par le nombre de chasseurs ne donne donc pas leur prix unitaire industriel.
Le Rafale bénéficie aussi d’une organisation commerciale plus centralisée. Dassault négocie avec l’État français, tandis que les exportations du Typhoon nécessitent l’accord des différents partenaires européens concernés.
Les évolutions techniques doivent prolonger la compétitivité des deux chasseurs
Le Typhoon reste particulièrement adapté à la supériorité aérienne. Ses deux moteurs Eurojet EJ200 développent chacun 90 kN avec postcombustion, permettant une vitesse maximale proche de Mach 2.
Les nouveaux radars AESA ECRS Mk1 et Mk2 améliorent la détection, le suivi des cibles et les capacités de guerre électronique. Leur intégration doit prolonger l’efficacité de l’appareil au-delà de 2060.
Le Rafale s’appuie sur son radar RBE2 AESA, son système de guerre électronique SPECTRA et sa capacité à mener plusieurs types de missions au cours d’une même sortie. Son futur standard F5 doit notamment introduire de nouvelles fonctions de combat collaboratif avec des drones.
Aucun des deux appareils n’offre cependant la furtivité native d’un F-35.
Les perspectives commerciales dépendront des contrats réellement signés
Eurofighter souhaite porter sa production à 30 avions par an, contre environ 12 avant la montée en cadence annoncée en 2025. Cette ambition dépend directement de nouvelles commandes.
Le potentiel de 250 avions constitue une perspective industrielle importante, mais il ne représente ni un chiffre d’affaires garanti ni une victoire commerciale sur Dassault.
Le Rafale dispose d’un portefeuille de commandes export déjà contractualisées. Eurofighter bénéficie, de son côté, de quatre marchés nationaux solides et d’une base industrielle européenne étendue.
La prochaine étape sera décisive : la signature éventuelle de contrats en Arabie saoudite, en Turquie et en Autriche déterminera si le regain commercial du Typhoon devient une croissance durable ou reste essentiellement un objectif affiché par ses industriels.