L’Espagne prolonge ses F/A-18 jusqu’en 2040 après l’échec du SCAF

F/A-18 avion de chasse

L’Espagne prépare ses F/A-18 à voler jusqu’en 2040 après l’échec du SCAF. Missions, modernisation, coûts et stratégie pour remplacer ses chasseurs.

En résumé

L’Espagne prépare une prolongation de la durée de service de ses chasseurs McDonnell Douglas F/A-18 Hornet jusqu’à l’horizon 2035-2040. Initialement envisagé autour de 2030, leur retrait avait déjà été repoussé à 2035. Cette nouvelle échéance répond à une difficulté stratégique : Madrid ne dispose toujours pas d’un successeur clairement identifié pour l’ensemble de sa flotte.

L’abandon, en juin 2026, du projet d’avion de combat commun du programme SCAF, développé avec la France et l’Allemagne, a aggravé cette incertitude. Les Eurofighter supplémentaires commandés dans le cadre du programme Halcón permettront de remplacer une partie des appareils, mais pas de constituer une flotte de sixième génération.

L’Espagne investit donc dans la maintenance de ses Hornet tout en poursuivant ses recherches sur les technologies du futur combat aérien. Le pays doit désormais concilier trois impératifs : préserver ses capacités opérationnelles, limiter les coûts du vieillissement et choisir un nouveau partenaire industriel.

Le ministère espagnol prépare ses F/A-18 à voler jusqu’en 2040

Le ministère espagnol de la Défense envisage de maintenir ses chasseurs F/A-18 Hornet en service jusqu’à 2035-2040, soit près de dix ans au-delà du calendrier initial de retrait.

Cette orientation a été confirmée dans une réponse parlementaire du 23 février 2026. Le gouvernement y reconnaît que la prolongation exige une adaptation des moyens de maintenance, des équipements de contrôle et de la chaîne d’approvisionnement.

La décision ne signifie pas que tous les appareils voleront jusqu’en 2040. Le retrait dépendra de leur état structurel, de leur disponibilité et des capacités de remplacement effectivement livrées.

Le calendrier repose sur une contrainte industrielle. Après l’abandon du chasseur commun du SCAF en juin 2026, Madrid ne peut plus compter sur le programme franco-germano-espagnol pour renouveler sa flotte à l’horizon initialement envisagé. L’Espagne n’a pas non plus commandé de Lockheed Martin F-35.

Les F/A-18 restent indispensables à l’aviation de combat espagnole

L’Espagne exploite le McDonnell Douglas F/A-18 Hornet depuis 1986. Madrid avait commandé 72 appareils en 1983, dont 60 monoplaces F/A-18A et 12 biplaces F/A-18B, dans le cadre du programme FACA.

Ces chasseurs ont remplacé progressivement les McDonnell Douglas F-4 Phantom II. Une seconde flotte, constituée d’appareils américains d’occasion, a ensuite été affectée à la défense aérienne des Canaries.

Les Hornet modernisés, désignés EF-18M ou C.15M, sont aujourd’hui concentrés dans deux unités principales :

  • L’Ala 12, stationnée à Torrejón de Ardoz, près de Madrid.
  • L’Ala 15, basée à Zaragoza, dans le nord-est de l’Espagne.

Ces unités assurent la défense aérienne, l’interception, l’entraînement au combat et les missions d’attaque au sol. Elles participent également aux opérations de l’OTAN.

Leur utilité reste concrète. Le 16 août 2026, deux EF-18M de l’Ala 12, déployés en Roumanie dans le cadre de la police du ciel de l’Alliance, ont intercepté un drone de combat ayant pénétré l’espace aérien roumain. L’un des chasseurs l’a abattu avec un armement air-air.

Le retrait des Hornet des Canaries est déjà achevé

Une distinction importante concerne l’Ala 46, stationnée à Gando, sur Gran Canaria.

Ses anciens F/A-18 ont été remplacés par des Eurofighter en 2026. Les huit premiers Eurofighter sont arrivés en juin. Le dernier F/A-18 affecté à cette unité a quitté Gando le 7 octobre 2026.

La prolongation jusqu’en 2035-2040 concerne donc essentiellement les EF-18M de Torrejón et Zaragoza, et non les anciens appareils de défense aérienne des Canaries.

La modernisation permet aux Hornet de conserver leur efficacité

Le F/A-18 Hornet reste un avion de combat polyvalent. Ses deux turboréacteurs General Electric F404 lui permettent d’atteindre Mach 1,8. L’appareil mesure 17,07 mètres de longueur, possède une envergure de 11,43 mètres et peut atteindre 15 240 mètres d’altitude.

Sa masse maximale au décollage est de 25 400 kg. La documentation militaire espagnole mentionne une capacité maximale de charges largables de 7 700 kg, selon la configuration.

Le programme espagnol de modernisation MLU a permis d’améliorer considérablement ses capacités. Il comprend notamment l’évolution du radar AN/APG-65, des calculateurs de mission, de l’avionique et des systèmes de communication.

Les appareils modernisés disposent de la liaison de données tactique Link 16, qui facilite l’échange d’informations avec les autres avions et les centres de commandement. Ils peuvent employer des missiles AIM-120 AMRAAM, IRIS-T, des bombes guidées et le missile de croisière Taurus KEPD 350.

Ce dernier constitue un atout important. Avec une portée supérieure à 500 km, le Taurus permet de frapper des objectifs terrestres fortement défendus sans pénétrer directement dans leur espace aérien. Le Hornet reste actuellement le vecteur espagnol qualifié pour cette arme.

Mais cette modernisation ne transforme pas le F/A-18 en chasseur furtif. Son radar à balayage mécanique et sa signature radar limitent son efficacité face aux défenses aériennes modernes.

F/A-18 avion de chasse

Le vieillissement des appareils impose des investissements croissants

Maintenir un avion conçu dans les années 1970 jusqu’en 2040 soulève des difficultés mécaniques et logistiques.

Les cellules accumulent des heures de vol et des cycles de fatigue. Les inspections doivent contrôler les zones sensibles de la structure, notamment les attaches de voilure et les éléments soumis aux contraintes répétées des manœuvres.

L’obsolescence électronique devient également problématique. En juillet 2026, l’Espagne a confié à Indra un contrat de 30 millions d’euros portant sur quatre nouveaux bancs automatiques de maintenance de l’avionique.

Ces équipements permettront de diagnostiquer et de réparer des composants dont les moyens de test d’origine deviennent difficiles à entretenir.

La dépendance américaine reste entière. En décembre 2025, Washington a autorisé une vente potentielle de composants de moteurs F404 et d’équipements associés pour 200 millions de dollars. L’opération comprend notamment 250 modules de soufflante, et non 250 moteurs complets.

Cette autorisation ne constitue pas un contrat définitivement exécuté. Elle montre néanmoins l’ampleur des besoins logistiques nécessaires pour prolonger l’exploitation des Hornet.

Le programme Halcón prépare le remplacement progressif des F/A-18

L’Espagne mise parallèlement sur l’Eurofighter Typhoon pour renouveler sa flotte.

Le programme Halcón comprend 45 nouveaux Eurofighter, répartis entre 20 appareils commandés en 2022 et 25 supplémentaires commandés en décembre 2024. L’ensemble devrait porter la flotte espagnole à 115 Eurofighter.

Ces nouveaux chasseurs bénéficieront d’une avionique modernisée, de capacités de frappe renforcées et, à terme, du radar AESA ECRS Mk1.

Contrairement à un radar mécanique, ce système utilise une antenne active dont les nombreux modules électroniques orientent le faisceau sans déplacer mécaniquement l’antenne. Il permet une gestion plus souple des recherches et du suivi des cibles.

Le calendrier industriel connaît cependant des retards. Selon des informations publiées le 5 novembre 2026, le premier Eurofighter Halcón I ne serait livré qu’en 2027, au lieu de 2026. Les livraisons de Halcón II doivent commencer en 2030.

L’Espagne envisage également un programme Halcón III, dont la configuration reste à déterminer.

Les Eurofighter remplaceront progressivement les Hornet, mais Madrid souhaite conserver deux types d’avions de combat afin de réduire sa dépendance à une plateforme unique.

L’abandon du chasseur commun du SCAF bouleverse la stratégie espagnole

Le SCAF, ou Future Combat Air System, devait associer un chasseur de sixième génération, le New Generation Fighter, à des drones accompagnateurs et à un réseau numérique de combat.

La France, l’Allemagne et l’Espagne prévoyaient une entrée en service autour de 2040. Mais les désaccords entre Dassault Aviation et Airbus sur la maîtrise industrielle, les responsabilités techniques et la propriété intellectuelle ont bloqué le développement.

En juin 2026, Paris et Berlin ont abandonné le projet d’avion commun. Cette rupture ne signifie toutefois pas la disparition de toutes les technologies du SCAF.

Les travaux sur les drones, les capteurs et le Combat Cloud conservent un intérêt opérationnel. Cette architecture doit permettre à plusieurs plateformes de partager leurs données et de coordonner des engagements sans que chaque avion utilise nécessairement ses propres capteurs.

L’Espagne cherche précisément à préserver ces compétences.

L’Espagne poursuit les technologies du SCAF tout en cherchant une alternative

Madrid dispose déjà de deux programmes nationaux regroupés sous l’appellation SIAGEN, représentant 700 millions d’euros de travaux programmés.

Le premier, dirigé par Indra, représente 540 millions d’euros et concerne les technologies du New Generation Weapon System. Le second, doté de 160 millions, associe Indra et Airbus autour de l’étude d’un futur système aérien de combat national.

Les recherches couvrent les capteurs, les architectures numériques, les drones collaboratifs, la furtivité et l’intégration des plateformes existantes.

Le concept Astra doit servir de référence à cette transformation de l’armée de l’air espagnole.

Sur le plan industriel, Airbus, Indra, GMV, Grupo Oesía, ITP Aero et Sener ont exprimé leur volonté de développer une nouvelle solution européenne. Un rapprochement avec l’Allemagne reste possible, tandis que le programme GCAP britannique, italien et japonais constitue une autre piste de coopération.

Aucune de ces options ne garantit cependant à Madrid un chasseur opérationnel en 2040.

La prolongation des F/A-18 répond ainsi à une nécessité immédiate, mais elle ne règle pas la question de leur succession. L’Espagne devra choisir entre une dépendance accrue à l’Eurofighter, l’acquisition d’une plateforme étrangère ou la participation à un nouveau programme international.

Le véritable enjeu est désormais le calendrier. Un avion de combat de sixième génération exige de longues années de développement, d’essais et de qualification. Plus Madrid retardera sa décision, plus la perspective de conserver des Hornet âgés de plus d’un demi-siècle deviendra difficile à éviter.

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