Airbus abandonne le Wingman au profit du drone U760 Ravenstorm

Airbus Ravenstorm

Airbus abandonne son drone Wingman pour développer le U760 Ravenstorm, attendu en 2032. Performances, technologies et enjeux pour la défense européenne.

En résumé

Airbus Defence and Space abandonne le concept de drone de combat Wingman, présenté en 2024, pour accélérer le développement de deux appareils collaboratifs : le U740 Valkyrie, attendu en 2029, et le U760 Ravenstorm, désormais prévu pour 2032. Annoncée le 3 novembre 2026, cette réorientation répond aux exigences de calendrier de la défense allemande. Le Ravenstorm s’appuie sur l’expérience du démonstrateur Barracuda pour réduire les risques industriels et les coûts de développement. Ce drone à réaction, d’une masse maximale annoncée de six tonnes, pourrait transporter 500 kilogrammes d’armements en soute et remplir des missions de frappe, de défense aérienne et de guerre électronique. Son système de mission MARS lui permettra d’opérer aux côtés des avions pilotés, notamment l’Eurofighter Typhoon. Pour Airbus, l’enjeu dépasse le remplacement du Wingman : il s’agit de proposer une capacité européenne de combat aérien collaboratif avant l’arrivée des futurs chasseurs de sixième génération.

Le Wingman abandonné pour répondre aux nouvelles exigences allemandes

Airbus Defence and Space change de stratégie dans le développement des drones de combat collaboratifs. Le constructeur européen renonce au Wingman, un concept d’appareil furtif dévoilé au salon ILA Berlin en juin 2024, pour concentrer ses ressources sur le U760 Ravenstorm, présenté deux ans plus tard.

Cette décision a été confirmée le 3 novembre 2026 par Laurent Le Quément, responsable du marketing des futurs systèmes de combat aérien et des drones chez Airbus, lors de l’International Fighter Conference de Munich.

La raison est avant tout calendaire. Le Wingman devait initialement atteindre sa maturité opérationnelle vers 2040. Or, les forces aériennes européennes, et particulièrement la Luftwaffe, souhaitent disposer de drones de combat collaboratifs dès la fin de la décennie.

Airbus a donc choisi de privilégier des technologies éprouvées plutôt qu’une architecture entièrement nouvelle.

Le Wingman devait notamment recevoir une motorisation spécifique développée avec Rolls-Royce Deutschland et ITP Aero. Le Ravenstorm utilisera au contraire un turboréacteur dérivé de l’aviation d’affaires, dont le modèle n’a pas encore été précisé.

Cette approche doit réduire les coûts, les risques de développement et les délais de certification militaire. Elle traduit également une évolution du marché : les armées veulent désormais des appareils disponibles rapidement, plutôt que des démonstrateurs particulièrement ambitieux.

Le U760 Ravenstorm repose sur vingt ans d’expérience technologique

Présenté à ILA Berlin en juin 2026 sous la forme d’une maquette grandeur nature, le Ravenstorm appartient à la catégorie des Collaborative Combat Aircraft (CCA), des drones conçus pour combattre aux côtés d’avions pilotés.

Sa conception dérive du Barracuda, un démonstrateur de drone à réaction développé par Airbus à partir de 2003. Cet appareil avait effectué six campagnes d’essais en vol, permettant d’acquérir une expérience dans le pilotage autonome, les commandes numériques et les configurations aérodynamiques discrètes.

Le Ravenstorm reprend cette base technologique en l’adaptant aux besoins opérationnels contemporains.

Les dimensions et les performances annoncées

Selon Airbus, le U760 Ravenstorm mesure 13 mètres de longueur et 10 mètres d’envergure. Sa masse maximale au décollage atteint environ six tonnes, d’après les caractéristiques présentées lors du salon ILA.

L’appareil est conçu pour voler à une vitesse de croisière subsonique élevée. Airbus n’a toutefois communiqué ni vitesse maximale chiffrée, ni rayon d’action, ni endurance.

La principale caractéristique publiée concerne sa soute interne de 500 kilogrammes, destinée à accueillir des armements guidés sans multiplier les charges externes.

Cette architecture doit préserver une signature radar réduite, bien qu’aucune mesure publique ne permette encore de quantifier la furtivité du Ravenstorm.

Contrairement à un chasseur supersonique, ce drone privilégiera vraisemblablement l’autonomie, l’emport d’équipements et le coût d’exploitation plutôt que la vitesse pure.

Son prix unitaire n’est pas communiqué. Airbus souligne néanmoins que les équipements très spécialisés, notamment les radars AESA et les moteurs développés sur mesure, peuvent rendre un drone presque aussi coûteux qu’un avion de combat piloté.

Airbus Ravenstorm

Le système MARS transforme le Ravenstorm en équipier autonome

Le cœur technologique du Ravenstorm sera son système de mission MARS (Multiplatform Autonomous Reconfigurable and Secure), développé par Airbus.

Il repose sur une architecture logicielle ouverte et modulaire, permettant d’intégrer différents capteurs, équipements électroniques et armements sans redévelopper intégralement les systèmes embarqués.

Le principe du combat collaboratif consiste à confier au drone un objectif plutôt qu’une succession d’ordres de pilotage.

Depuis un Eurofighter Typhoon, un pilote pourra lui demander de surveiller une zone, d’identifier des émissions radar ou de rejoindre un point tactique. Le système MARS calculera alors une trajectoire, gérera les capteurs et transmettra les informations utiles.

Ses logiciels d’autonomie devront également lui permettre de poursuivre certaines missions lorsque les signaux de navigation par satellite sont brouillés.

Airbus prévoit un contrôle humain des décisions critiques, conformément aux règles d’engagement applicables.

Les missions de frappe et de guerre électronique

Le Ravenstorm est destiné à trois catégories de missions.

La première concerne les frappes air-sol de précision, notamment contre des positions défensives situées dans des zones fortement surveillées.

La deuxième est la défense aérienne, avec l’emport envisagé de missiles air-air de moyenne et longue portée.

La troisième relève de la guerre électronique offensive, avec des capacités de brouillage destinées à perturber les radars et les communications adverses.

Un ensemble de drones pourrait ainsi accompagner une formation d’avions de chasse, certains transportant des armements, d’autres assurant la reconnaissance ou la protection électronique.

L’objectif est d’augmenter la puissance de combat disponible sans exposer systématiquement les pilotes.

Ces capacités restent cependant à démontrer sur le Ravenstorm, dont aucun essai en vol n’a encore été annoncé publiquement.

Le U740 Valkyrie doit préparer l’arrivée du Ravenstorm dès 2029

Airbus adopte une stratégie progressive avec deux plateformes complémentaires.

Le U740 Valkyrie, développé avec l’américain Kratos Defense & Security Solutions sur la base du XQ-58A, constitue la première étape.

Long de 9,1 mètres, doté d’une envergure de 8,2 mètres et d’une masse maximale d’environ trois tonnes, il affiche une autonomie de parcours supérieure à 5 000 kilomètres, selon Airbus. Cette donnée ne correspond pas nécessairement à son rayon d’action en mission de combat.

Le 12 octobre 2026, Airbus a annoncé son premier vol européen. Réalisé depuis une installation d’essais du nord de l’Europe, celui-ci a permis de vérifier un décollage assisté par fusée, différentes manœuvres et une vitesse atteignant Mach 0,8.

Une démonstration de coopération avec un Eurofighter est prévue en 2027.

Le U740 doit permettre de valider les logiciels MARS et les procédures de collaboration avant l’arrivée du Ravenstorm, programmée pour 2032.

Airbus étudie également un troisième modèle, davantage spécialisé dans le combat air-air ou la guerre électronique, mais potentiellement plus coûteux.

La défense européenne cherche à maîtriser ses propres drones de combat

La réorientation d’Airbus intervient dans un marché européen de plus en plus concurrentiel.

En Allemagne, Helsing développe le CA-1 Europa, tandis que Boeing propose le MQ-28 Ghost Bat avec des partenaires industriels allemands. En octobre 2026, Berlin a renoncé à une acquisition directe du MQ-28, laissant ouverte la compétition.

En France, Dassault Aviation prépare un drone de combat furtif destiné à accompagner le Rafale au standard F5, dont l’arrivée est prévue à partir de 2033.

Ces programmes répondent à une même nécessité : renforcer les forces aériennes européennes avant la disponibilité des chasseurs de nouvelle génération.

Pour Airbus, la souveraineté technologique européenne repose notamment sur le contrôle du système de mission MARS. Le U740 utilise certes une cellule américaine, mais Airbus entend conserver la maîtrise des logiciels, des données et des applications militaires. Cela ne supprime pas les dépendances industrielles liées à la plateforme.

Le Ravenstorm pourrait offrir une autonomie industrielle plus importante grâce à sa conception européenne.

Reste une difficulté essentielle : développer un drone économique, réellement autonome et capable de survivre dans un espace aérien contesté. Une soute de 500 kilogrammes et une architecture logicielle avancée ne suffisent pas à garantir son efficacité face à des défenses modernes.

En abandonnant le Wingman, Airbus accepte de revoir ses ambitions initiales pour raccourcir les délais. Le succès de cette stratégie dépendra désormais de sa capacité à transformer le Ravenstorm en appareil opérationnel dès 2032, tout en conservant un coût suffisamment faible pour permettre des acquisitions en nombre.

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