Annonce par Volodymyr Zelenskyy, l’Ukraine attend des Gripen C/D en 2026. Capacités, intégration, budget et enjeux d’une défense aérienne « ciel fermé ».
En résumé
Le 25 janvier 2026, le président Volodymyr Zelenskyy a annoncé que l’Ukraine s’attend à recevoir en 2026 un premier lot de Gripen C/D. Cette livraison, issue des stocks existants de la Suède, vise une priorité opérationnelle claire : assurer une défense aérienne continue et crédible face aux menaces actuelles, en attendant une éventuelle transition vers le Gripen E à plus long terme. L’option C/D répond à des contraintes réalistes : disponibilité rapide, coûts maîtrisés, maintenance allégée et intégration accélérée avec les systèmes occidentaux déjà en service. Pensé pour opérer depuis des bases dispersées, le Gripen C/D offre une combinaison de capteurs efficaces, de liaisons de données modernes et d’une panoplie air-air éprouvée. L’enjeu dépasse la plateforme : il s’agit de bâtir un système de défense « ciel fermé », articulé avec la défense sol-air et le renseignement, dans un cadre budgétaire soutenable et compatible avec l’effort de guerre ukrainien.
Le contexte stratégique d’une annonce attendue
La guerre aérienne au-dessus de l’Ukraine a démontré une réalité durable : la supériorité ne se décrète pas, elle s’organise. Entre missiles de croisière, drones d’attaque et frappes balistiques, la pression sur les villes et les infrastructures impose une couverture aérienne permanente. L’annonce présidentielle s’inscrit dans cette logique. Le choix d’une livraison de Gripen C/D en 2026, depuis les stocks suédois, répond à l’urgence opérationnelle, là où le Gripen E — plus récent — supposerait des délais industriels et de formation plus longs.
La Suède, désormais pleinement arrimée aux standards occidentaux, dispose de cellules C/D disponibles. Cette option réduit les risques calendaires et accélère la mise en service, élément décisif dans un conflit de haute intensité. L’objectif n’est pas d’aligner un chasseur « de vitrine », mais de verrouiller l’espace aérien au quotidien, en synergie avec les moyens sol-air et les capteurs alliés.
Le Gripen C/D comme solution pragmatique et disponible
Développé par Saab, le Gripen C/D est un chasseur multirôle léger, optimisé pour des opérations soutenues avec une empreinte logistique réduite. Sa conception privilégie la disponibilité : équipes de maintenance limitées, temps de remise en œuvre courts, et capacité à opérer depuis des pistes sommaires ou des bases dispersées — un atout majeur pour l’Ukraine.
Sur le plan technique, le Gripen C/D s’appuie sur un radar à antenne mécanique de type PS-05/A, modernisé au fil des standards, offrant une détection fiable et un suivi multi-cibles adaptés à la mission air-air. La cellule est dimensionnée pour des charges utiles équilibrées, avec une avionique pensée pour la fusion de données et la liaison tactique avec d’autres plateformes.
La philosophie suédoise privilégie l’efficacité globale : un avion capable d’être rapidement déployé, facilement soutenu et interopérable, plutôt qu’une sophistication extrême coûteuse en temps et en ressources.
Les performances opérationnelles du Gripen C/D
En configuration air-air, le Gripen C/D atteint une vitesse maximale d’environ Mach 2 et présente un rayon d’action opérationnel de l’ordre de 800 km en mission de combat, variable selon l’emport et le profil. Son plafond pratique dépasse 15 000 m, ce qui lui permet d’intervenir efficacement contre des cibles à haute altitude.
L’armement constitue un point clé. Le Gripen C/D est compatible avec des missiles à courte et moyenne portée occidentaux, dont l’IRIS-T et l’AIM-120 AMRAAM, offrant une capacité BVR crédible et un combat rapproché performant. Cette panoplie, déjà connue des forces occidentales, simplifie la logistique et l’approvisionnement.
L’avion est conçu pour maximiser la conscience situationnelle du pilote, avec des écrans multifonctions clairs et une ergonomie éprouvée. Dans un contexte de menaces saturantes, cette clarté réduit la charge cognitive et améliore la prise de décision en temps réel.
Le rôle attendu dans une défense « ciel fermé »
L’expression « ciel fermé » ne signifie pas une invulnérabilité absolue. Elle renvoie à une capacité de dissuasion et d’interception continue, rendant toute pénétration coûteuse et risquée pour l’adversaire. Le Gripen C/D s’insère dans ce dispositif comme intercepteur réactif, capable de décoller rapidement, d’identifier une menace et de l’engager avant qu’elle n’atteigne sa cible.
La valeur ajoutée réside dans la coordination. Associé aux radars au sol, aux systèmes sol-air et aux données alliées, le Gripen agit comme un nœud mobile de la défense aérienne. Sa capacité à partager l’information renforce l’efficacité globale du réseau, plutôt que de fonctionner en silo.
Pour l’Ukraine, cela signifie une meilleure protection des centres urbains, des infrastructures énergétiques et des axes logistiques, tout en libérant des moyens sol-air pour d’autres secteurs.
L’intégration dans la flotte ukrainienne existante
L’Ukraine a déjà engagé une transformation profonde de son aviation de combat avec l’introduction progressive d’avions occidentaux. L’arrivée du Gripen C/D ajoute une brique complémentaire, distincte mais cohérente. Là où certains chasseurs occidentaux exigent des infrastructures lourdes, le Gripen offre une souplesse d’emploi appréciable.
L’intégration passe par plusieurs chantiers simultanés : formation des pilotes, adaptation des chaînes de maintenance, mise à niveau des systèmes de commandement et contrôle. L’expérience d’autres forces aériennes montre que le Gripen C/D peut atteindre une capacité opérationnelle initiale en quelques mois, à condition d’un accompagnement structuré.
Cette coexistence de plateformes impose une doctrine claire. Le Gripen n’a pas vocation à tout faire, mais à renforcer l’interception et la permanence opérationnelle, pendant que d’autres moyens se concentrent sur des missions spécifiques.

La question budgétaire et les coûts d’exploitation
Le budget est un facteur central. Un Gripen C/D est généralement évalué entre 40 et 60 millions d’euros par appareil selon la configuration et le soutien inclus. Ce coût d’acquisition, inférieur à celui de nombreux chasseurs lourds, s’accompagne de coûts d’exploitation contenus.
Les estimations courantes situent le coût horaire de vol du Gripen C/D autour de 6 000 à 8 000 €, nettement en dessous de plateformes plus complexes. Pour un pays en guerre, cette donnée est déterminante : elle conditionne le volume d’heures de vol possible et donc la crédibilité de la posture aérienne.
À cela s’ajoutent les coûts de formation, d’infrastructures légères et de munitions. L’option C/D permet de lisser l’effort financier, tout en maintenant un niveau de performance compatible avec les exigences actuelles.
Le Gripen E comme horizon, pas comme préalable
L’Ukraine ne cache pas son intérêt pour le Gripen E, version profondément modernisée avec radar AESA, guerre électronique renforcée et portée accrue. Toutefois, cette ambition s’inscrit dans un temps long. Le Gripen E implique des chaînes industrielles dédiées, des formations plus complexes et un investissement supérieur.
Le choix de commencer par le C/D relève d’une stratégie par paliers. Il permet de bâtir une culture Gripen, d’accumuler de l’expérience opérationnelle et de préparer une transition ultérieure sans rupture capacitaire. Dans un conflit où chaque mois compte, cette approche graduée apparaît rationnelle.
Les implications politiques et industrielles européennes
La décision suédoise de transférer des Gripen C/D à l’Ukraine porte une dimension politique forte. Elle renforce le rôle de la Suède comme acteur clé de la sécurité européenne, tout en valorisant une solution industrielle continentale. Pour Saab, c’est aussi une vitrine opérationnelle de son chasseur dans un environnement de combat réel.
Au-delà de l’avion, cette coopération implique un écosystème : formation, soutien, pièces de rechange, mises à jour logicielles. Elle consolide les liens entre partenaires européens autour d’une défense collective plus intégrée.
Une équation opérationnelle lucide
L’arrivée des Gripen C/D en Ukraine ne transformera pas instantanément l’équilibre stratégique. Elle apporte en revanche une capacité crédible, soutenable et rapidement déployable, adaptée aux contraintes du terrain. Dans une guerre d’usure, la résilience compte autant que la performance brute.
Si la promesse d’un « ciel fermé » reste un idéal à atteindre, le Gripen C/D offre à l’Ukraine un outil réaliste pour réduire la liberté d’action adverse, protéger ses populations et gagner du temps stratégique. Ce temps, justement, nécessaire pour préparer les étapes suivantes et consolider une aviation de combat durablement ancrée dans les standards occidentaux.
Sources
Communications officielles de la présidence ukrainienne
Données techniques Saab Gripen C/D
Publications spécialisées en défense aérienne européenne
Analyses budgétaires comparatives des avions de combat occidentaux
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