Lockheed Martin reçoit 1,2 milliard de dollars pour produire le PrSM antinavire

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Avec le PrSM Increment 2, l’U.S. Army donne au HIMARS une nouvelle capacité de frappe à longue portée contre des navires et des cibles terrestres mobiles.

En résumé

L’U.S. Army accélère le développement de sa nouvelle génération de frappes terrestres à longue portée. Lockheed Martin a reçu un contrat IDIQ plafonné à 1,211 milliard de dollars pour développer et produire les premiers Precision Strike Missile Increment 2. L’attribution formelle date du 14 septembre 2026 ; Lockheed Martin l’a rendue publique le 21 septembre, après un deuxième essai en vol réalisé en août. La différence avec le PrSM Increment 1 est majeure. L’Increment 2 ajoute un autodirecteur multimode destiné aux cibles mobiles terrestres et maritimes. Le missile ne dépend donc plus uniquement de coordonnées déterminées avant le tir. Lors d’un premier essai annoncé en mars, il a parcouru 350 km après un lancement depuis un HIMARS. L’enjeu dépasse le missile lui-même : l’U.S. Army construit une capacité terrestre de frappe antinavire qui dépendra autant du PrSM que du réseau de capteurs chargé de trouver et de suivre ses cibles.

Le contrat de 1,2 milliard de dollars ouvre la production

L’annonce de Lockheed Martin du 21 septembre 2026 marque une étape importante pour le Precision Strike Missile. Elle ne correspond toutefois pas à la date juridique de l’attribution. Army Contracting Command – Redstone Arsenal a attribué le contrat W31P4Q-26-D-A001 le 14 septembre 2026.

Il s’agit d’un contrat indefinite-delivery/indefinite-quantity, ou IDIQ, d’un montant maximal de 1 211 234 988 dollars. La période de commande court jusqu’au 13 septembre 2031. Le contrat couvre les premiers missiles destinés à une Early Operational Capability, les commandes ultérieures, la poursuite du développement et les productions suivantes.

Cette nuance contractuelle est essentielle. Le chiffre de 1,2 milliard de dollars ne correspond pas à une commande immédiate de missiles pour cette somme. Un IDIQ fixe un plafond. Les volumes, les financements et les lieux de réalisation sont ensuite déterminés par les différents ordres de commande. Le nombre total de PrSM Increment 2 acheté sous ce contrat n’a pas été rendu public.

Le marché associe des éléments en cost-plus-fixed-fee et firm-fixed-price. Il a été attribué dans le cadre d’une procédure à source unique, Lockheed Martin étant le maître d’œuvre de la famille PrSM.

L’autodirecteur multimode change la nature du missile

Le PrSM Increment 1 est avant tout une arme de frappe de précision contre des coordonnées connues. Il remplace progressivement l’ATACMS et peut être lancé depuis les M142 HIMARS et M270A2 MLRS.

L’Increment 2 change le problème à résoudre. Une batterie antiaérienne mobile, un radar qui se déplace ou un bâtiment de guerre ne reste pas nécessairement à l’endroit où il a été détecté. À plusieurs centaines de kilomètres, quelques minutes suffisent pour rendre une coordonnée ancienne inutilisable.

Le nouveau multimode seeker apporte donc un guidage terminal capable de rechercher et de poursuivre une cible après le lancement.

Les documents d’acquisition américains décrivent une architecture combinant des fonctions de détection en radiofréquence et d’imagerie infrarouge. Le principe est complémentaire. La composante RF peut exploiter les émissions électromagnétiques d’un radar ou d’un système de communication. L’imagerie infrarouge apporte ensuite une information plus précise pour la reconnaissance et le suivi terminal de la cible.

Cette technologie provient du programme Land-Based Anti-Ship Missile lancé par l’U.S. Army. Les travaux menés depuis 2015 ont montré que le concept pouvait être utilisé non seulement contre des navires, mais aussi contre des radars, systèmes de communication ou autres objectifs terrestres mobiles.

Des technologies issues de la famille Strigo de Lockheed Martin ont également été intégrées au développement du système de guidage.

Les deux essais maritimes ont préparé le passage à l’industrie

Le premier essai en vol du PrSM Increment 2 a été annoncé le 12 mars 2026. Le missile a été lancé depuis un M142 HIMARS et a effectué un vol de 350 km, soit environ 217 miles.

L’essai devait notamment vérifier le comportement général du missile, le déploiement des protections de l’autodirecteur et le fonctionnement du nouveau système de guidage. Lockheed Martin a indiqué que les objectifs de l’essai avaient été atteints et que le système avait recueilli les données nécessaires à sa validation.

Un deuxième tir a eu lieu en août. Lockheed Martin affirme que ce test a de nouveau démontré la capacité du missile à engager une cible maritime mobile. L’industriel n’a en revanche pas publié tous les paramètres de ce tir, notamment sa distance exacte.

La signature du contrat ne signifie pas que le développement est terminé. Les essais vont continuer en 2027 pendant que les premiers missiles seront fabriqués. C’est un choix clair d’accélération : industrialisation, qualification et maturation vont temporairement se chevaucher.

Les documents budgétaires de l’U.S. Army publiés au printemps 2026 prévoyaient encore que les premières livraisons d’Early Operational Capability pourraient intervenir au plus tôt au cours de l’exercice 2029. Le nouveau contrat donne désormais à l’armée l’instrument industriel nécessaire pour avancer plus rapidement si les essais le permettent.

Le HIMARS gagne une mission de frappe antinavire

La portée constitue l’autre dimension du programme. L’U.S. Army décrit la famille PrSM comme capable d’atteindre des objectifs à plus de 400 km. Lockheed Martin communique aujourd’hui sur une portée allant jusqu’à environ 499 km pour la configuration de base.

Il ne faut pas confondre cette portée avec celle du futur Increment 4. Celui-ci vise environ 1 000 km. L’Increment 2 actuel est d’abord une évolution du guidage et du jeu de cibles, pas un doublement de la portée.

Le PrSM apporte également un avantage de densité par rapport à l’ATACMS. Un pod de lancement peut recevoir deux PrSM contre un ATACMS. Un HIMARS peut donc emporter deux missiles PrSM, tandis qu’un M270A2, doté de deux pods, peut en emporter quatre.

Cette évolution prolonge directement le remplacement de l’ATACMS, analysé sur Avion-Chasse dans l’évolution de la puissance missile de Lockheed Martin et de l’ATACMS.

L’Increment 2 ajoute désormais une capacité qui change le rôle des unités terrestres : depuis une zone côtière ou une île, une batterie HIMARS pourra contribuer au contrôle d’un espace maritime situé à plusieurs centaines de kilomètres.

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La chaîne de ciblage devient aussi importante que le missile

Un missile antinavire de cette portée ne fonctionne pas seul.

Un navire parcourant 25 nœuds se déplace d’environ 46 km en une heure. Les données reçues par le lanceur doivent donc être suffisamment récentes pour placer le missile dans une zone où son autodirecteur pourra effectivement retrouver sa cible.

Cela implique un réseau de capteurs : satellites, avions de renseignement, drones, radars terrestres, moyens navals ou autres plateformes capables d’établir et de maintenir une piste.

Le missile utilise cette information pour rejoindre la zone probable de la cible. Son autodirecteur prend ensuite une importance croissante dans la phase terminale.

C’est ici que se trouve la vraie difficulté technologique. La portée ne suffit pas sans ciblage actualisé. Le PrSM Increment 2 doit fonctionner dans une chaîne complète allant de la détection au tir, puis à l’acquisition terminale, potentiellement dans un environnement soumis au brouillage et aux contre-mesures.

Cette logique rejoint plus largement l’évolution des frappes terrestres américaines et la place croissante du HIMARS, détaillée dans notre analyse sur la montée en puissance industrielle du système HIMARS.

La production du PrSM devient un enjeu industriel

Le contrat Increment 2 arrive alors que Lockheed Martin augmente déjà fortement les capacités industrielles de l’ensemble du programme PrSM.

Les documents budgétaires de l’U.S. Army indiquent que la capacité annuelle est passée de 300 à 400 missiles en 2025. Des investissements supplémentaires doivent soutenir un niveau de production pouvant atteindre environ 550 missiles par an à partir des prochaines phases industrielles.

En mars 2026, Lockheed Martin et les autorités américaines ont parallèlement annoncé un accord visant à quadrupler à terme la capacité industrielle du programme. Le groupe dispose de plus de 10 680 m², soit 115 000 square feet, d’espace consacré au PrSM aux États-Unis et affirme que plus de 400 salariés travaillent déjà directement sur le programme.

Cette accélération industrielle est replacée dans son contexte dans notre dossier consacré à la production accélérée des missiles américains.

Le sujet n’est donc plus seulement de savoir si le missile fonctionne. Il faut maintenant être capable de le produire en quantité.

Le PrSM Increment 2 redéfinit la frappe terrestre à longue portée

Le contrat de septembre marque une évolution plus profonde qu’une simple nouvelle version du Precision Strike Missile.

L’U.S. Army cherche à transformer une arme de frappe contre des coordonnées fixes en effecteur capable de poursuivre une cible mobile. Cela rapproche l’artillerie terrestre de missions qui relevaient traditionnellement davantage de l’aviation et des forces navales.

Le cas maritime est particulièrement révélateur. Un HIMARS déployé sur une île ou une zone côtière devient potentiellement un élément d’un dispositif de déni d’accès. Mais le missile n’est que la dernière partie de la chaîne.

Les essais de 2027 devront montrer jusqu’où cette capacité fonctionne lorsque la cible manœuvre, lorsque ses émissions électromagnétiques changent et lorsque le réseau de ciblage est perturbé. C’est là que se mesurera la véritable rupture apportée par le PrSM Increment 2 : non pas simplement voler plus loin, mais être capable de trouver ce qui n’est déjà plus là où on l’attendait.

Sources

Lockheed Martin, « Lockheed Martin Secures $1.2B Contract for Precision Strike Missile Increment 2 After Second Maritime Test », 21 septembre 2026.

U.S. Army / SAM.gov, Award Notice W31P4Q-26-D-A001, Precision Strike Missile Increment 2, attribution du 14 septembre 2026, publication du 15 septembre 2026.

USNI News, « U.S. Army Contracts First Batch of Maritime Precision Strike Missiles », 21 septembre 2026.

Lockheed Martin, « PrSM Increment 2 Takes Flight and Advances Army’s Moving-Target and Maritime Capability », 12 mars 2026.

U.S. Army, Precision Strike Missile Increment 2, FY2027 RDT&E Budget Justification, avril 2026.

U.S. Army, Missile Procurement Army, FY2027 Budget Justification, avril 2026.

U.S. Army, « Army begins testing advanced seeker for Precision Strike Missile », juin 2020.

U.S. Army, « Precision Strike Missile Success at Talisman Sabre », 2026.

Lockheed Martin, « Lockheed Martin Answers the Nation’s Call and Quadruples Precision Strike Missile Production », 25 mars 2026.

Lockheed Martin, Strigo Product Center, informations techniques publiées le 10 août 2026.

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