La France accélère le Rafale F5 avec nouveau radar, moteur T-REX, guerre électronique, liaison IVDL et drone furtif pour préparer l’après-SCAF.
En résumé
La France vient de franchir une étape décisive dans le développement du Rafale F5. Le 9 septembre 2026, la Direction générale de l’armement a détaillé plusieurs contrats notifiés durant l’été à Dassault Aviation, Thales, Safran et MBDA, en préparation du lancement en réalisation du standard prévu fin 2026. Le F5 doit être qualifié vers 2033. Il recevra notamment le radar RBE2-XG, une nouvelle version de SPECTRA, la liaison de données furtive IVDL, une centrale inertielle de nouvelle génération et le moteur M88 T-REX porté à 9 tonnes de poussée. Le Rafale doit surtout apprendre à combattre avec des drones et un futur UCAS furtif. Cette évolution prend une dimension stratégique nouvelle depuis l’arrêt du NGF franco-allemand. Paris inscrit désormais dans sa programmation militaire la préparation d’un chasseur national de sixième génération, avec des partenaires éventuels mais, pour l’instant, sans coopération structurée équivalente au SCAF.
Le 9 septembre marque une nouvelle étape, pas encore le lancement complet
La nuance est importante. Le 9 septembre 2026, la Direction générale de l’armement n’a pas encore lancé formellement toute la réalisation du standard F5. Elle a confirmé plusieurs contrats notifiés durant l’été, destinés à sécuriser les principales briques technologiques avant le lancement en réalisation prévu fin 2026.
Les contrats concernent Dassault Aviation, Thales, Safran et MBDA France. Leur contenu montre cependant que le programme entre désormais dans une phase beaucoup plus concrète.
Le calendrier est serré. La DGA vise une qualification du nouveau standard autour de 2033, avant son entrée en service dans l’Armée de l’Air et de l’Espace puis dans la Marine nationale.
La Loi de programmation militaire actualisée en août 2026 prévoit un format de 225 avions de combat, avec au moins 47 Rafale au standard F5 à l’horizon 2035. Elle consacre également 3,4 milliards d’euros supplémentaires à l’aviation de combat, enveloppe qui doit notamment permettre de financer le lancement du F5 et de nouveaux armements.
Le Rafale F5 n’est donc plus un concept de modernisation lointain. Son architecture commence à se figer.
Le radar RBE2-XG change la capacité de détection du Rafale
Parmi les équipements désormais contractualisés figure le RBE2-XG, pour eXtended Generation, développé par Thales.
Il remplacera le RBE2 AESA actuellement employé par le Rafale. Le changement va plus loin qu’une augmentation de portée. Le radar devra identifier et poursuivre des cibles présentant une surface équivalente radar très faible, donc mieux traiter les avions furtifs, les drones et certaines armes.
Le RBE2-XG disposera d’une puissance supérieure et de capacités de calcul renforcées. L’objectif est notamment de permettre une utilisation beaucoup plus poussée des algorithmes d’intelligence artificielle et de faire travailler plusieurs capteurs en coopération.
Le radar doit en outre conserver l’encombrement de son prédécesseur. C’est une contrainte importante. Le Rafale reste un avion dont la cellule a effectué son premier vol sous forme de démonstrateur en 1986. Il faut donc augmenter considérablement la puissance des systèmes sans redessiner entièrement la plateforme.
Cette évolution répond directement à l’une des difficultés du Rafale face aux avions furtifs : détecter plus loin une cible discrète et construire suffisamment vite une piste de qualité militaire exploitable par les armes.
La guerre électronique SPECTRA passe au tout numérique
Le second changement majeur concerne SPECTRA, développé par Thales et MBDA.
Le système assure aujourd’hui la détection des menaces électromagnétiques, leur identification et une partie des fonctions de brouillage et de protection du Rafale.
Sur F5, SPECTRA doit basculer vers une architecture largement numérique. La DGA veut améliorer à la fois la détection et le brouillage afin de suivre la densification du spectre électromagnétique.
Le problème est devenu critique. Les radars modernes utilisent des formes d’onde plus complexes, changent rapidement de fréquence et peuvent fonctionner avec des émissions brèves ou difficiles à localiser. Un système de guerre électronique doit donc observer une bande de fréquences très large, classifier rapidement le signal puis choisir la réponse appropriée.
Dans le combat aérien des années 2035, la guerre électronique ne sera plus seulement un système défensif. Elle deviendra un capteur et une arme à part entière.
La liaison IVDL doit permettre de combattre sous brouillage
Une autre rupture est moins visible mais probablement aussi importante : l’Inter-Vehicle Data Link.
L’IVDL doit fournir une liaison haut débit, discrète et résistante au brouillage. Contrairement à une émission omnidirectionnelle classique, le principe consiste à concentrer davantage l’énergie radio vers le correspondant.
L’intérêt opérationnel est considérable. Un Rafale pourra échanger davantage de données avec d’autres avions et des drones tout en réduisant les risques de détection, d’interception ou de brouillage.
Le combat collaboratif repose précisément sur cette circulation de données. Un appareil peut détecter une cible, un second en établir la position et un troisième effectuer le tir. Le pilote qui lance l’arme n’a donc plus nécessairement besoin d’utiliser son propre radar.
Cette architecture rapproche le Rafale F5 des concepts associés aux véritables systèmes de combat aérien de nouvelle génération.

Le moteur T-REX apporte 20 % de poussée supplémentaire
Safran Aircraft Engines a reçu un contrat pour la phase de conception préliminaire du M88 T-REX.
L’actuel M88-2 fournit environ 7,5 tonnes de poussée maximale avec postcombustion. Le T-REX doit atteindre environ 9 tonnes, soit 20 % supplémentaires.
Il ne s’agit pas de transformer le Rafale en avion plus rapide. La puissance supplémentaire doit surtout compenser l’augmentation des masses, des équipements, de la consommation électrique et des futurs armements.
Safran cherche en parallèle à conserver l’architecture modulaire et l’encombrement du M88. L’objectif est d’éviter une modification lourde des entrées d’air et de la cellule, qui aurait considérablement augmenté le coût et les délais de développement.
Le drone furtif transforme le F5 en système de combat
La rupture la plus profonde se trouve pourtant à côté du Rafale.
Dassault Aviation développe un drone de combat furtif, héritier technologique du démonstrateur nEUROn. Il doit pouvoir précéder le chasseur dans les espaces les plus fortement défendus.
Le programme nEUROn a déjà accumulé plus de 170 vols d’essais. Cette expérience fournit à Dassault une base dans la furtivité, l’autonomie et les systèmes non habités.
Le futur drone pourra notamment contribuer aux missions d’entrée en premier, au combat air-air, aux frappes air-sol et à la suppression des défenses aériennes ennemies. Il devra disposer de capteurs modernes, d’emports internes, d’une connectivité résiliente et d’un certain degré d’autonomie, tout en conservant l’humain dans la boucle décisionnelle.
La LPM prévoit également des drones accompagnateurs avec de premières expérimentations dès 2028 et un démonstrateur opérationnel de drone de combat furtif à l’horizon 2035.
Le drone de combat associé au Rafale F5 constitue ainsi beaucoup plus qu’un ailier supplémentaire. Il devient un moyen de déplacer les capteurs, les armes et les risques en avant de l’avion piloté.
Le F5 reçoit de nouvelles armes pour pénétrer les défenses
Le Rafale F5 doit aussi devenir un vecteur de frappe beaucoup plus puissant.
Il sera capable de mettre en œuvre l’ASN4G, futur missile nucléaire destiné à succéder à l’ASMPA-R. Cette capacité explique une partie des contraintes françaises en matière de souveraineté industrielle.
La LPM actualisée ajoute deux programmes importants. Le missile air-air à très longue portée COMETE doit commencer à équiper le Rafale F4 à partir de 2030. Le F5 bénéficiera également de STRATUS Rapid Strike, destiné notamment aux missions de suppression des défenses aériennes et à la lutte antinavire.
Le principe est cohérent : détecter plus loin, échanger les données sans se dévoiler, désigner une cible à plusieurs plateformes et employer des armes restant à distance des principales défenses adverses.
Le F5 devient le pont français vers l’après-SCAF
C’est ici que le programme prend une dimension nouvelle.
Lorsque le Rafale F5 a été défini, il devait constituer une étape vers le Système de combat aérien du futur. Depuis l’arrêt du NGF franco-allemand en 2026, cette relation a profondément changé.
La loi française est désormais explicite. Malgré les incertitudes qui entourent le SCAF, la France veut préserver les technologies permettant de produire un chasseur de sixième génération capable notamment d’emporter l’ASN4G et d’opérer depuis le futur porte-avions français.
La programmation prévoit désormais un démonstrateur national de chasseur de sixième génération, avec possibilité de partenariats.
Cette précision est essentielle. La France ne dispose pas aujourd’hui d’un partenaire européen formel pour remplacer le NGF par un nouveau programme de même ampleur. Elle peut développer seule un démonstrateur et plusieurs technologies critiques. Concevoir, industrialiser et financer seule un système de combat complet est autrement plus difficile.
Le F5 ne constitue d’ailleurs pas un chasseur de sixième génération. Sa cellule n’a pas été conçue autour d’une furtivité structurelle de nouvelle génération. Mais ses capteurs, ses réseaux, son intelligence artificielle, ses drones et sa guerre électronique permettront à la France de développer une partie des technologies nécessaires au futur avion.
C’est désormais la véritable fonction stratégique du Rafale F5. Il ne doit plus seulement faire durer le Rafale. Il doit empêcher une rupture technologique française entre la génération actuelle et le chasseur qui lui succédera après 2040.
La question sera alors moins de savoir jusqu’où le Rafale peut évoluer que de déterminer à quel moment cette évolution atteindra les limites physiques de sa cellule. La France vient de financer le pont. Elle doit encore décider avec qui elle construira l’avion qui se trouvera de l’autre côté.
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