Le F-35 prépare six missiles en soute pour rester furtif

F-35 Missiles

Le Pentagone confirme « Six in the Bay » : le F-35 doit passer de quatre à six missiles en soute d’ici septembre 2030 sans sacrifier sa furtivité.

En résumé

Le programme F-35 avance vers une évolution importante de son armement air-air. Le Modernized Selected Acquisition Report publié pour l’exercice fiscal 2027 confirme le développement de « Six in the Bay », ou SITB, avec une mise en service visée en septembre 2030. L’objectif est simple : faire passer la capacité interne du F-35 de quatre à six missiles, soit une hausse de 50 %, sans utiliser les pylônes sous les ailes qui dégradent sa faible signature radar. Cette capacité est historiquement associée à l’adaptateur Sidekick développé par Lockheed Martin pour accueillir deux missiles de dimensions comparables à l’AIM-120 supplémentaires dans les soutes des F-35A et F-35C. Plusieurs F-35C récents disposent déjà de modifications structurelles préparant cette intégration, mais la capacité n’est pas encore opérationnelle. L’enjeu est majeur : donner au F-35 davantage de profondeur de magasin tout en conservant sa configuration de combat furtive.

Le Pentagone fixe désormais septembre 2030 comme objectif

L’évolution n’est plus seulement un concept présenté par Lockheed Martin.

Le Modernized Selected Acquisition Report du programme F-35, daté du 21 avril 2026 et publié dans le cadre du budget américain FY2027, inscrit explicitement Six in the Bay, ou SITB, parmi les capacités en développement.

Le document officiel est particulièrement clair sur l’objectif : augmenter l’emport interne de missiles du F-35 de quatre à six. La date de « fielding » affichée est septembre 2030.

Cette précision est importante. Le projet existe depuis des années, mais son calendrier a longtemps été mouvant. L’idée était déjà étudiée par Lockheed Martin au début des années 2010. Elle a ensuite pris la forme de Sidekick, un adaptateur destiné à ajouter deux missiles dans les soutes.

Le F-35 Lightning II dispose actuellement, dans une configuration air-air entièrement interne, de quatre emplacements permettant l’emport de missiles de la famille AIM-120.

Avec SITB, ce nombre doit passer à six.

Cela représente une augmentation de 50 % de la capacité air-air furtive sans modifier le principe fondamental du F-35 : conserver ses armements à l’intérieur de la cellule lorsque la menace radar est élevée.

La soute interne protège directement la furtivité du F-35

La localisation des missiles est presque aussi importante que leur nombre.

Un chasseur conventionnel transporte généralement une grande partie de son armement sur des pylônes placés sous les ailes et le fuselage. Cette solution simplifie l’emport de nombreuses armes, mais elle augmente fortement les réflexions radar.

Le F-35 a été conçu autour d’une autre logique.

Ses deux soutes internes permettent de transporter les principales armes tout en conservant la géométrie extérieure optimisée pour la faible observabilité. Les portes ne s’ouvrent que pendant une courte période au moment du lancement.

Il n’existe pas de chiffre public fiable permettant de comparer la surface équivalente radar du F-35 avec quatre missiles internes et celle d’un appareil chargé extérieurement. Ces données sont classifiées. La logique physique est néanmoins claire : pylônes, missiles et bombes externes créent des angles et des surfaces réfléchissantes supplémentaires.

Six missiles internes évitent précisément ce compromis.

Le F-35 peut déjà transporter davantage d’armement lorsqu’il accepte de renoncer à sa configuration la plus furtive. Cette configuration, parfois surnommée « Beast Mode », devient pertinente lorsque les défenses aériennes adverses ont déjà été dégradées.

Six in the Bay concerne au contraire les premières phases d’un conflit, lorsque la discrétion radar conserve une valeur maximale.

L’adaptateur Sidekick ajoute deux missiles dans un espace très contraint

L’augmentation paraît simple sur le papier. Elle ne l’est pas techniquement.

Lockheed Martin avait expliqué dès 2023 que son adaptateur Sidekick permettait d’ajouter deux missiles de dimensions comparables à l’AIM-120 sur les stations internes 4 et 8.

Il ne s’agit donc pas d’agrandir extérieurement les soutes. L’objectif est de mieux exploiter le volume disponible et de modifier l’architecture d’emport.

Chaque missile supplémentaire impose toutefois des contraintes structurelles, électriques et logicielles.

Le système doit retenir l’arme pendant des manœuvres à fort facteur de charge, communiquer avec elle, lui transmettre les données de cible puis assurer son éjection sans collision avec l’avion, les portes de soute ou un autre missile.

Les essais de séparation restent indispensables

À Mach élevé, un missile ne tombe pas simplement hors de la soute.

Lorsqu’une porte s’ouvre, les écoulements aérodynamiques deviennent extrêmement complexes. L’arme doit être éjectée dans une position et avec une impulsion précisément contrôlées avant d’allumer son moteur.

Quelques centimètres ou quelques fractions de seconde peuvent modifier la trajectoire initiale.

Passer de quatre à six missiles impose donc des essais de vibration, d’ouverture des portes, de séparation des armes et de validation sur une large partie du domaine de vol.

C’est l’une des raisons pour lesquelles posséder le matériel ne signifie pas disposer immédiatement d’une capacité opérationnelle.

Les F-35C récents possèdent déjà une partie des modifications

Le programme a pourtant déjà dépassé le stade purement théorique.

En mars 2025, Naval News rapportait, après confirmation de l’U.S. Navy, que plusieurs F-35C du Lot 15 avaient été livrés avec les modifications de soute nécessaires à la future capacité Six in the Bay.

Cela signifie qu’une partie de la flotte possède déjà certains éléments physiques nécessaires.

La capacité elle-même n’était toutefois pas déclarée opérationnelle.

Cette distinction est essentielle. Une cellule peut disposer de la structure permettant d’accueillir un nouveau système avant que les lanceurs, logiciels, missiles et procédures aient terminé leur processus de qualification.

Le calendrier de septembre 2030 correspond donc à un ensemble beaucoup plus large qu’une simple modification mécanique.

Le F-35B reste un cas beaucoup plus compliqué

Le dispositif Sidekick connu publiquement concerne principalement les F-35A de l’U.S. Air Force et les F-35C de l’U.S. Navy.

Le F-35B pose un problème physique.

Cette version possède un LiftFan installé derrière le cockpit pour permettre le décollage court et l’atterrissage vertical. Cette architecture réduit l’espace disponible pour les soutes.

Ses compartiments internes sont donc plus petits que ceux des versions A et C.

Le rapport FY2027 emploie simplement le terme F-35 lorsqu’il décrit Six in the Bay et ne précise pas publiquement les variantes concernées. Il serait donc imprudent d’affirmer sur cette seule base que les trois versions disposeront de six missiles.

Dans l’architecture Sidekick documentée jusqu’ici, ce sont bien les F-35A et F-35C qui constituent les bénéficiaires naturels de cette évolution.

F-35 Missiles

Les deux missiles supplémentaires changent réellement le combat air-air

Deux missiles supplémentaires peuvent sembler être une amélioration marginale. Ils représentent pourtant une augmentation de moitié de la profondeur du magasin interne.

Cette notion de « magazine depth » est fondamentale.

Un pilote ne peut pas considérer qu’un missile équivaut automatiquement à un avion détruit. Une cible peut manœuvrer, brouiller le missile ou sortir de son domaine d’interception. Un engagement peut également conduire à lancer plusieurs armes contre la même cible afin d’augmenter les chances d’interception.

À titre purement illustratif, si deux missiles étaient consacrés à chaque objectif, quatre armes permettraient deux engagements contre trois avec six missiles. Ce n’est pas une doctrine de tir américaine, qui dépend de nombreux paramètres, mais cela montre l’effet arithmétique de la modification.

Dans une bataille aérienne impliquant plusieurs dizaines d’appareils, l’écart devient considérable.

Une patrouille de quatre F-35 passerait théoriquement de 16 à 24 missiles internes. Huit avions pourraient en emporter 48 au lieu de 32.

Le gain ne concerne donc pas seulement un avion. Il augmente la quantité d’armement disponible pour toute une formation.

Le F-35 se rapproche de la capacité interne du F-22

Cette configuration rapproche également le F-35 du F-22 Raptor.

Dans sa configuration classique de supériorité aérienne, le F-22 peut emporter six AIM-120 dans sa soute ventrale, auxquels s’ajoutent deux missiles AIM-9 dans ses petites soutes latérales.

Le F-35 ne deviendra pas pour autant un F-22.

Le Raptor a été conçu dès l’origine comme un appareil de supériorité aérienne. Le F-35 est un système multirôle dont les soutes doivent également accueillir des bombes guidées, des missiles antiradar et différentes armes air-sol.

Mais le passage à six missiles réduit l’un de ses handicaps historiques dans les missions exclusivement air-air.

Cette évolution est d’autant plus pertinente que les combats futurs pourraient opposer des formations nombreuses, des drones de combat et des missiles de croisière. La question n’est alors plus uniquement de détecter les cibles. Il faut disposer d’assez d’intercepteurs pour les traiter.

Le nouveau missile AIM-260 pourrait modifier encore l’équation

Le document du Pentagone ne précise pas quel missile équipera Six in the Bay.

L’AIM-120 AMRAAM reste la référence historique de Sidekick. Mais le F-35 doit également recevoir de nouvelles armes dans les prochaines années.

L’AIM-260 Joint Advanced Tactical Missile est notamment développé pour fournir aux forces américaines une nouvelle capacité air-air à longue portée.

Il est donc préférable de parler aujourd’hui de six missiles internes, comme le fait le rapport officiel, plutôt que d’affirmer que la configuration opérationnelle de 2030 sera nécessairement composée de six AIM-120D.

Le programme Block 4 prépare simultanément d’autres évolutions. Le rapport FY2027 prévoit notamment de nouvelles capacités de guerre électronique, des améliorations des liaisons MADL et Link 16, l’intégration de nouvelles armes et une évolution de la liaison de données de l’AIM-120D.

Cette modernisation est liée à la nouvelle architecture informatique TR-3, dont les retards ont déjà profondément affecté le calendrier du programme.

Les difficultés de disponibilité du F-35 rappellent d’ailleurs qu’une nouvelle capacité n’a de valeur que si suffisamment d’avions peuvent effectivement l’utiliser.

Le gain de deux missiles répond à une faiblesse très concrète

Six in the Bay ne rendra pas le F-35 plus rapide, ni intrinsèquement plus furtif. La modernisation résout un problème beaucoup plus simple : un chasseur ne peut tirer que les missiles qu’il transporte.

La furtivité permet de détecter et d’engager l’adversaire dans de bonnes conditions. Mais une capacité de détection exceptionnelle ne compense pas indéfiniment un magasin limité.

C’est ce qui donne son importance à l’échéance de septembre 2030.

Faire passer le F-35 de quatre à six missiles internes augmente sa persistance dans un combat aérien tout en évitant de placer des armes sous ses ailes. Le gain de 50 % semble presque banal sur une fiche technique. Dans un environnement où chaque point d’emport externe peut compromettre la discrétion et où plusieurs missiles peuvent être nécessaires pour obtenir une interception, il modifie directement la quantité de puissance de feu qu’un F-35 peut apporter au cœur d’un espace aérien contesté.

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