Airbus et Kratos ont fait voler le U740 Valkyrie en Europe. Performances, lancement sans piste, autonomie MARS et objectif opérationnel pour 2029.
En résumé
Airbus Defence and Space et l’américain Kratos Defense & Security Solutions ont annoncé, le 12 octobre 2026, le premier vol européen du drone de combat U740 Valkyrie. Réalisé le 29 septembre sur un site tenu confidentiel en Europe du Nord, l’essai a combiné lancement assisté par fusée sans piste, manœuvres à différentes altitudes et accélérations jusqu’à Mach 0,8. L’appareil a également accepté des modifications de mission pendant le vol.
Long de 9,1 mètres, le Valkyrie dérive du XQ-58A américain. Airbus entend lui intégrer un système de mission européen, MARS, afin d’en faire un avion de combat collaboratif capable d’accompagner l’Eurofighter Typhoon. L’objectif industriel est une capacité opérationnelle en 2029, notamment pour la Luftwaffe.
La distinction est essentielle : le premier essai a validé le vol et le lancement. Il n’a pas encore démontré le travail autonome avec un chasseur, ni la mise en œuvre d’armes dans des conditions opérationnelles.
Le premier vol européen valide le lancement sans piste
Annoncé le 12 octobre, l’essai s’est déroulé le 29 septembre 2026, selon Aviation International News, sur une installation d’Europe du Nord dont le lieu exact n’a pas été communiqué. L’engin a quitté une rampe grâce à une assistance par fusée. Il a ensuite exécuté des manœuvres à différentes altitudes, atteint Mach 0,8 et reçu des modifications de mission en cours de vol.
À 11 000 mètres d’altitude, Mach 0,8 représente environ 850 km/h (530 mph). Cette conversion dépend de la température de l’air : Airbus n’a pas précisé l’altitude à laquelle la vitesse maximale de l’essai a été atteinte.
Le décollage assisté réduit la dépendance aux bases aériennes
Le propulseur d’appoint accélère l’appareil sur sa rampe de lancement ; son turboréacteur assure ensuite le vol. L’avantage stratégique est concret : un U740 peut être lancé sans mobiliser une longue piste, infrastructure vulnérable aux missiles adverses.
La mobilité d’un lanceur permet d’envisager des déploiements dispersés. Elle ne résout cependant pas à elle seule les questions de récupération, de ravitaillement en carburant et de maintenance. Airbus prévoit également une option de décollage et d’atterrissage conventionnels sur piste.

La cellule américaine offre une plateforme déjà éprouvée
Le U740 repose sur le Kratos XQ-58A Valkyrie, dont le premier vol remonte à mars 2019 aux États-Unis. Airbus ne repart donc pas d’une feuille blanche.
Le drone mesure 9,1 m (29,9 pieds) de long et 8,2 m (26,9 pieds) d’envergure. Sa masse maximale au décollage avoisine 3 000 kg (6 614 livres). Airbus annonce une portée supérieure à 5 000 km (2 700 milles nautiques) et un plafond pratique de 13 716 m (45 000 pieds).
Il dispose d’une soute interne et de points d’emport sous les ailes. La soute permet de transporter certains équipements sans ajouter la traînée ni augmenter autant la signature radar que des charges externes.
La portée annoncée ne doit pas être confondue avec un rayon de combat. Celui-ci dépend de la charge militaire, du profil de vol, des réserves de carburant et de la récupération. Les charges utiles qualifiées pour la version européenne n’ont pas encore été détaillées.
Le système MARS doit transformer le drone en équipier autonome
L’élément européen est moins visible que la cellule. Le système Multiplatform Autonomous Reconfigurable and Secure (MARS) associe logiciel de mission, équipements informatiques et fonctions d’autonomie. Son module MindShare doit permettre à plusieurs appareils de répartir leurs tâches sans télépilotage permanent.
Un pilote pourrait attribuer au drone une mission de reconnaissance, de brouillage ou de frappe. Les algorithmes établiraient une trajectoire, adapteraient la mission aux informations reçues et transmettraient les données utiles au chasseur.
Airbus précise que les décisions critiques resteront encadrées par une chaîne de commandement humaine. Mais cette autonomie doit encore être éprouvée face au brouillage, aux ruptures de liaison et aux changements tactiques rapides.
Surtout, le système MARS n’était pas installé lors de ce premier vol européen. Un nouvel essai est annoncé début 2027 : il devra montrer ce que l’avion peut réellement accomplir avec son équipement de mission européen.
Le tandem avec l’Eurofighter doit être démontré en 2027
La Luftwaffe souhaite qu’un Eurofighter Typhoon puisse piloter une mission collaborative sans transformer son pilote en opérateur de drone. Il s’agit de transmettre des objectifs, puis de recevoir des informations et des alertes, plutôt que de commander chaque mouvement.
Airbus et Rafael travaillent notamment à une évolution de la nacelle de désignation Litening 5 pour apporter la connectivité nécessaire, avec des adaptations limitées de l’avionique du Typhoon. Des essais associant drone et chasseur sont envisagés en 2027.
Le gain opérationnel serait de placer les capteurs, les leurres ou les armes plus près de la menace tout en maintenant le pilote à distance. Un tel dispositif peut aussi multiplier les axes d’attaque et compliquer le travail de la défense adverse. Il s’inscrit dans le concept de combat collaboratif entre drones et avions de chasse.
Cette capacité n’a cependant pas encore été démontrée par le vol de septembre.
Le cap de 2029 reste un objectif industriel, pas une qualification acquise
Airbus a préparé deux Valkyrie à Manching, en Allemagne, dans le cadre de son partenariat avec Kratos. Son ambition est de proposer un système apte au combat dès 2029. Cela suppose encore l’intégration de MARS, les essais de coopération avec l’Eurofighter, la validation des armements, la sûreté des logiciels et l’organisation du soutien technique.
Reuters évoque un coût estimatif d’environ 20 millions d’euros par appareil. Ce chiffre n’est pas un prix ferme d’acquisition : il dépendra de la configuration, des équipements et du volume de commande. Le succès du premier vol ne constitue pas une commande de flotte opérationnelle.
La souveraineté promise doit elle aussi être correctement définie. Airbus pourra contrôler le logiciel de mission et ses évolutions européennes. Mais la cellule reste issue d’un industriel américain. La dépendance aux pièces, aux autorisations et à la production ne disparaît pas automatiquement.
Airbus prépare parallèlement le U760 Ravenstorm, plus grand — 13 m de long et 10 m d’envergure — pour le début des années 2030. Le U740 constitue donc une première marche, non l’aboutissement de la stratégie européenne.
Le véritable changement sera mesurable lorsque plusieurs Valkyrie pourront remplir une mission utile avec un Eurofighter, malgré des communications dégradées, puis revenir et repartir rapidement. C’est cette capacité opérationnelle répétable, davantage qu’un vol à Mach 0,8, qui déterminera la valeur militaire du programme.