Le Su-57 russe évolue en intercepteur de drones ukrainiens

Sukhoi SU-57

Moscou livre des Su-57 modernisés tandis que le chasseur furtif adopte une configuration externe destinée à intercepter drones et missiles de croisière.

En résumé

Le 24 septembre 2026, United Aircraft Corporation a livré aux forces aérospatiales russes un nouveau lot de Su-57 présenté comme étant dans une « nouvelle configuration technique ». Moscou ne détaille pas les modifications de ces appareils, mais affirme qu’elles tiennent directement compte du retour d’expérience accumulé en Ukraine. Depuis février, UAC évoque déjà des systèmes embarqués et un complexe d’armement modernisés. Une autre évolution est désormais visible : le Su-57 est testé ou employé comme intercepteur de drones à longue portée, avec missiles air-air installés sous les ailes et pod électro-optique externe. Cette configuration sacrifie une partie de la faible observabilité radar au profit du nombre d’armes, de l’identification optique et de la disponibilité immédiate des missiles. Le choix est révélateur. Face aux frappes ukrainiennes profondes, la Russie transforme progressivement son chasseur de cinquième génération en plateforme multirôle de défense aérienne.

La nouvelle configuration du Su-57 reste volontairement peu documentée

Le communiqué publié le 24 septembre est précis sur un point et remarquablement vague sur les autres. UAC confirme la livraison de nouveaux Su-57 Felon, mais ne donne ni leur nombre ni la liste des équipements modifiés.

Le constructeur affirme néanmoins que les appareils sortant aujourd’hui de Komsomolsk-on-Amur diffèrent sensiblement des Su-57 produits au début de la guerre. Il parle d’une « énorme évolution » et précise que la modernisation intègre l’expérience du combat.

Cette formule n’est pas entièrement nouvelle. Le 9 février 2026, UAC avait déjà annoncé la livraison d’un lot en « nouvelle configuration technique », doté de systèmes embarqués et d’un armement modernisés.

Il faut donc éviter une conclusion trop rapide. Le lot de septembre ne correspond pas nécessairement à une version totalement nouvelle du Su-57. Il représente plutôt une nouvelle étape dans une évolution continue de la configuration de série.

Le moteur Product 177 illustre cette distinction. Il a effectué son premier vol sur Su-57 en décembre 2025 avec une poussée maximale annoncée de 16 000 kgf, soit environ 157 kN. Rien ne permet toutefois d’affirmer officiellement que les appareils livrés le 24 septembre disposent tous de ce moteur.

Le retour d’Ukraine élargit fortement les missions du chasseur russe

Depuis 2022, le Su-57 n’est pas principalement utilisé au-dessus du front ukrainien. Moscou a généralement préféré exploiter ses capteurs et ses armements à distance afin de limiter l’exposition de cette flotte encore peu nombreuse aux défenses sol-air.

Le retour d’expérience opérationnel du Su-57 montre ainsi un appareil employé pour des frappes à distance, du renseignement et des engagements air-air hors de portée immédiate de l’adversaire.

Son arsenal s’est parallèlement diversifié. Rosoboronexport propose désormais pour le Su-57E les missiles courte portée RVV-MD2, moyenne portée RVV-SDM et longue portée RVV-BD, ainsi que les Kh-69 de croisière, Kh-58UShKE antiradar, Kh-38MLE air-sol et Kh-35UE antinavire.

Le RVV-SDM est particulièrement intéressant dans le contexte actuel. Son autodirecteur associe des modes radar actif et passif, une navigation inertielle et une correction de trajectoire par liaison radio. Le constructeur indique qu’il peut engager avions, hélicoptères, missiles de croisière et drones, entre 15 m et 25 000 m d’altitude.

Le Su-57 devient donc moins spécialisé que ne le suggérait son image initiale de chasseur furtif de supériorité aérienne.

La configuration anti-drones privilégie les missiles externes

L’évolution la plus inhabituelle est apparue publiquement au début de l’été 2026.

Des photographies ont montré un Su-57 portant des missiles air-air de courte portée sous les ailes. Les armes visibles appartiennent vraisemblablement à la famille R-73/R-74. Un équipement supplémentaire apparaît également sous la nacelle moteur gauche.

Ce montage est inhabituel car le Su-57 dispose précisément de soutes internes permettant de transporter ses missiles tout en limitant sa signature radar.

Dans une mission anti-drone au-dessus du territoire russe, cette priorité change.

La furtivité devient secondaire. Un Su-57 protégeant une raffinerie située à plusieurs milliers de kilomètres du front n’a normalement pas besoin de pénétrer un réseau ukrainien de radars et de missiles sol-air. Il peut donc accepter des pylônes et missiles extérieurs.

L’avantage est concret. Les armes sont immédiatement disponibles. D’anciens missiles R-73 peuvent être employés. Le nombre total de missiles emportés peut augmenter lorsque soutes internes et pylônes sont utilisés simultanément.

Cette configuration convient à l’interception répétée de drones ou de missiles de croisière.

Sukhoi SU-57

Le pod 101KS-N permet de regarder autrement qu’avec le radar

Le deuxième élément remarquable est le pod installé sous le moteur gauche.

Il ressemble au 101KS-N, élément du complexe électro-optique 101KS Atoll. Son identification précise à partir des photographies reste cependant incertaine. TWZ relève notamment quelques différences avec les exemplaires connus du 101KS-N.

À l’origine, ce pod est destiné à la navigation, à l’observation et au ciblage de surface. Mais son intérêt contre les drones est évident.

Une cible volante lente et relativement petite peut présenter une faible surface équivalente radar. Elle possède néanmoins une silhouette visible et, selon sa propulsion, une signature infrarouge exploitable.

Un système électro-optique permet de rechercher et surtout d’identifier passivement la cible sans émettre comme le ferait un radar. Cette fonction devient précieuse lorsque plusieurs objets sont détectés dans une zone comprenant également de l’aviation civile.

Le pod complète les capteurs déjà intégrés au Su-57. L’avion dispose du radar AESA N036 Byelka et de l’ensemble électro-optique 101KS, qui comprend notamment un IRST capable de rechercher des objectifs aériens par leur rayonnement infrarouge.

Le radar N036 Byelka du Su-57 repose en outre sur plusieurs antennes AESA plutôt que sur la seule antenne frontale. Cette architecture est pertinente contre des menaces arrivant sous des angles différents.

La défense d’Omsk confirme que la mission n’est plus seulement théorique

Le 6 juillet 2026, un Su-57 a été observé au-dessus d’Omsk lors d’une attaque ukrainienne contre la raffinerie locale, située à environ 2 500 km de la frontière ukrainienne.

Un A-50U de veille radar aurait également participé à la réaction russe.

L’épisode apporte un élément important : le rôle anti-drone est passé du concept à l’emploi opérationnel. Il ne démontre toutefois pas que le Su-57 abat régulièrement des drones ukrainiens. Aucun bilan fiable ne permet d’établir combien de cibles auraient effectivement été détruites par le chasseur.

La raffinerie d’Omsk a d’ailleurs été touchée malgré les moyens engagés.

L’emploi d’un Su-57 reste également économiquement discutable. Faire décoller un chasseur de cinquième génération et tirer un missile air-air sophistiqué contre un drone beaucoup moins coûteux produit un rapport coût-interception défavorable.

Mais ce calcul change lorsque la cible du drone est une raffinerie, une usine militaire ou une base aérienne dont la valeur se chiffre en centaines de millions ou milliards d’euros.

Les emports externes dégradent réellement la furtivité

Installer missiles et pods sous les ailes n’est pas neutre.

Chaque pylône, missile et interface crée des formes supplémentaires capables de réfléchir les ondes radar. Les empennages des missiles, leurs surfaces cylindriques et les angles formés avec la cellule génèrent de nouvelles réflexions.

Le Su-57 perd alors une partie de l’avantage recherché avec ses soutes internes.

La traînée augmente également. Elle entraîne une consommation supérieure et peut réduire accélération, autonomie ou vitesse selon la charge.

Mais cette configuration révèle justement une logique intéressante : la furtivité devient une variable de mission, et non une exigence absolue.

Pour pénétrer un espace aérien fortement défendu, les armes internes restent essentielles. Pour patrouiller au-dessus de la Russie contre des drones, la quantité de missiles et la qualité de l’identification peuvent compter davantage.

Le Su-57 devient simultanément chasseur de drones et porteur de drones

L’évolution prend une dimension supplémentaire en septembre. Rostec a présenté une famille de drones furtifs conçus pour être lancés depuis le Su-57. Le groupe russe décrit des plateformes rapides, à longue portée et de faible observabilité.

La Russie développe donc les deux côtés du même problème.

Le Su-57 doit pouvoir détecter et détruire des drones adverses, mais également employer ses propres systèmes sans équipage. Le prototype biplace Su-57D, dont les essais en vol ont débuté en mai 2026, est explicitement présenté par UAC comme une future plateforme de commandement d’équipes associant aéronefs pilotés et drones.

Cela éclaire autrement la « nouvelle configuration technique » annoncée en septembre. L’évolution du Su-57 ne porte plus seulement sur un meilleur radar ou un nouveau missile. Elle concerne la manière dont l’avion s’intègre dans un environnement saturé de capteurs, d’armes à longue portée et de véhicules sans équipage.

Le paradoxe est révélateur de la guerre en Ukraine. La Russie avait conçu le Su-57 pour pénétrer les défenses aériennes modernes grâce à sa faible observabilité. Elle découvre aujourd’hui qu’un de ses chasseurs les plus sophistiqués peut aussi être utile, missiles pendus sous les ailes, pour poursuivre des drones relativement rudimentaires au-dessus de son propre territoire. La guerre impose parfois une mission très différente de celle dessinée par les ingénieurs.

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