Radar RBE2-XG, SPECTRA F5, moteur T-REX, drone furtif et nouveaux missiles : le Rafale F5 prépare l’Armée de l’Air au combat aérien de 2035.
En résumé
Le Rafale F5 ne sera pas un simple Rafale F4 doté de nouveaux logiciels. La Direction générale de l’armement le présente désormais comme une véritable rénovation à mi-vie. Le programme doit introduire le radar RBE2-XG, une nouvelle génération de SPECTRA, davantage d’intelligence artificielle, une connectivité renforcée, de nouveaux armements et potentiellement le moteur M88 T-REX, dont la poussée maximale doit passer de 7,5 à 9 tonnes. Surtout, le Rafale doit évoluer vers un système de combat associant l’avion à un drone de combat furtif. Cette architecture répond à une faiblesse fondamentale des chasseurs non furtifs : leur difficulté croissante à pénétrer seuls des défenses antiaériennes modernes. Face au F-35, à l’Eurofighter Typhoon ou au F-15EX, le F5 ne dominera pas dans tous les domaines. Son intérêt est ailleurs : réunir détection, guerre électronique, armement longue portée, autonomie nationale et combat collaboratif dans un même écosystème.
Le Rafale F5 représente une rupture beaucoup plus profonde que le F4
Le changement de génération doit être bien compris. Le standard F3-R avait notamment généralisé le missile Meteor et la nacelle TALIOS. Le F4 développe surtout la connectivité, les échanges de données et la capacité à combattre en réseau. Le standard F5 du Rafale ira beaucoup plus loin.
La DGA le qualifie désormais de « profonde rénovation à mi-vie ». Son lancement en réalisation est prévu fin 2026 et les premiers appareils sont attendus au début de la prochaine décennie, les documents officiels situant l’arrivée de cette nouvelle capacité autour de 2033-2035. L’effort financier annoncé pour le F5 atteint environ 3,4 milliards d’euros sur la période examinée dans l’actualisation de la programmation militaire.
Pour comprendre l’évolution, il faut donc regarder le Dassault Rafale non plus seulement comme un avion, mais comme le centre d’un ensemble de capteurs, d’effecteurs et de plateformes capables de coopérer.
Le nouveau radar RBE2-XG doit mieux voir les avions furtifs
Le changement le plus concret concerne le radar.
Le RBE2 AESA actuel sera remplacé par le RBE2-XG, pour « eXtended Generation ». Selon la DGA, sa puissance doit fortement augmenter. Cette puissance supplémentaire permettra d’accroître la portée de détection, mais surtout de rechercher des objectifs présentant une surface équivalente radar extrêmement faible. Autrement dit : des aéronefs conçus pour être difficiles à détecter.
Le système conservera l’encombrement du RBE2 actuel, mais disposera d’une puissance de calcul supérieure. Il doit également recevoir davantage d’algorithmes utilisant l’intelligence artificielle. Ses capteurs pourront coopérer plus automatiquement, avec moins d’interventions du pilote.
C’est essentiel. La furtivité ne rend pas un avion invisible. Elle réduit la distance à laquelle il peut être détecté et suivi suffisamment précisément pour permettre un tir. Augmenter la puissance radar, fusionner plusieurs capteurs et confronter leurs informations permet de repousser cette limite.
Le F5 cherche donc directement à répondre au F-35, au F-22 et aux futures plateformes furtives russes ou chinoises.
Le nouveau SPECTRA transforme la guerre électronique du Rafale
Le deuxième chantier touche à l’une des grandes particularités du Rafale : son système d’autoprotection SPECTRA.
La génération F5 doit bénéficier d’une rénovation profonde. La DGA annonce le passage à une architecture entièrement numérique, avec des capacités améliorées de détection et de brouillage. L’objectif est de pouvoir traiter un environnement électromagnétique beaucoup plus dense, mais aussi des radars utilisant des formes d’onde plus complexes et plus difficiles à identifier.
Cela compte autant que le radar.
Un avion moderne doit détecter les émissions adverses, les identifier, déterminer leur position, brouiller certaines menaces et fournir au pilote une représentation cohérente de la situation.
L’Eurofighter évolue dans la même direction avec son radar ECRS Mk2 et ses capacités de guerre électronique. Le Eurofighter Typhoon restera donc un concurrent technologique sérieux. Le premier Typhoon équipé de l’ECRS Mk2 a d’ailleurs déjà commencé ses essais en vol.
Le moteur T-REX répond enfin au problème de la puissance disponible
Le Rafale a progressivement pris du poids et reçoit davantage de capteurs, de calculateurs et d’armements. Les besoins électriques, thermiques et propulsifs augmentent donc.
Safran travaille pour cette raison sur le M88 T-REX.
La DGA indique désormais un objectif précis : faire passer la poussée maximale unitaire de 7,5 à 9 tonnes, soit une hausse de 20 %. La France a lancé une phase de conception préliminaire.
Cette augmentation ne vise pas à transformer le Rafale en intercepteur pur. Elle doit restaurer des marges de croissance. Un avion plus lourdement chargé doit conserver une accélération suffisante, de bonnes performances en altitude et une réserve d’énergie pour le combat.
La puissance supplémentaire devient encore plus importante avec les futurs missiles, notamment l’ASN4G, appelé à succéder à l’ASMPA rénové.

Le missile ASN4G donnera au F5 une mission qu’aucun rival européen ne possède
Le Rafale F5 deviendra également le vecteur du futur ASN4G, le missile nucléaire air-sol français de quatrième génération.
La DGA a officiellement commandé son développement à MBDA le 2 juin 2026. Son entrée en service est prévue autour de 2035. Les autorités françaises confirment son caractère hypersonique, sans publier ses performances précises.
Cette capacité distingue fortement le Rafale dans le paysage européen.
Le F-35A peut emporter la bombe nucléaire américaine B61-12 dans le cadre de la mission nucléaire de l’OTAN. Mais le concept français est différent : le Rafale emporte une arme propulsée à très longue portée destinée à pénétrer des défenses complexes.
Le F5 devrait par ailleurs recevoir de nouveaux armements conventionnels. Les textes de programmation mentionnent COMETE, futur missile air-air à très longue portée, et STRATUS RS, destiné notamment à la suppression des défenses aériennes et aux missions antinavires.
Le drone furtif constitue la véritable rupture du programme F5
La transformation la plus importante ne se trouve pourtant pas dans le Rafale lui-même.
Elle vole à côté de lui.
Dassault Aviation développe un drone de combat furtif dérivé technologiquement de l’expérience du démonstrateur nEUROn. L’appareil disposera d’emports internes, d’un haut niveau de discrétion radar, de fonctions autonomes et d’une connectivité résistante au brouillage. La DGA indique également qu’il pourra être ravitaillé en vol.
Le pilote du Rafale restera dans la boucle, mais il ne devra plus tout faire.
Le drone pourra être envoyé plus près d’une défense antiaérienne pour détecter, brouiller, reconnaître ou engager. Il pourra également compliquer considérablement le problème posé à l’adversaire : celui-ci devra déterminer quelle plateforme constitue la menace prioritaire.
Le Rafale devient alors un chef d’orchestre aérien plutôt qu’un combattant isolé.
C’est probablement l’élément du F5 qui aura le plus d’effet sur le terrain.
Le F-35 conserve néanmoins un avantage que le Rafale F5 n’effacera pas
Comparer le Rafale F5 au F-35 impose une précision essentielle : le F5 ne deviendra pas un avion furtif de cinquième génération.
Le F-35 conserve une cellule dessinée dès l’origine autour d’une faible signature radar, des armes transportées en soute et une fusion de capteurs extrêmement poussée. Pour pénétrer seul dans une défense antiaérienne moderne, la furtivité native reste un avantage considérable.
Le F5 cherche donc une autre solution. Il associe un Rafale non furtif à un drone furtif pouvant prendre davantage de risques.
Cette architecture pourrait offrir une grande souplesse, mais elle reste à démontrer opérationnellement.
Le programme américain connaît lui-même des difficultés. La modernisation Block 4, indispensable à plusieurs futures capacités du F-35, a subi plusieurs années de retard. Le Government Accountability Office américain estimait en 2025 son achèvement au moins cinq ans plus tard que prévu par rapport au calendrier initial.
Le lecteur peut retrouver les caractéristiques du F-35 Lightning II pour mesurer la différence fondamentale entre les deux philosophies.
Le F-15EX reste imbattable lorsque la masse d’armement devient prioritaire
Le F-15EX américain constitue encore un autre modèle.
Il peut atteindre Mach 2,5 et emporter environ 13,4 tonnes de charge utile, dont jusqu’à douze missiles AMRAAM dans certaines configurations. Son radar APG-82, son système de guerre électronique EPAWSS et sa capacité d’emport en font une formidable plateforme de lancement à longue distance.
Le Rafale F5 n’essaiera pas de le battre sur la quantité brute d’armement.
Sa logique est différente : disposer d’un appareil plus compact, polyvalent, capable d’opérer depuis une base terrestre ou un porte-avions et de travailler avec un drone furtif.
Comparer uniquement les performances des cellules devient d’ailleurs de moins en moins pertinent.
Le véritable avantage du F5 apparaîtra dans les premières heures d’un conflit
C’est sur ce point que le standard F5 prend tout son sens.
Face à une défense intégrée moderne, envoyer simplement davantage de chasseurs ne suffit plus. Les radars longue portée, missiles sol-air, brouilleurs, systèmes infrarouges et moyens de commandement fonctionnent ensemble.
Il faut donc désorganiser le système adverse avant d’espérer le détruire.
Un Rafale F5 pourrait exploiter les émissions ennemies avec SPECTRA, partager ses pistes avec d’autres appareils, utiliser son RBE2-XG pour rechercher des objectifs difficiles, envoyer un drone furtif en avant et engager à distance avec des armes adaptées.
Ce n’est plus un duel entre deux avions.
C’est un duel entre deux réseaux de combat.
Le F5 ne donnera donc pas à la France le meilleur chasseur dans chaque catégorie. Le F-35 conservera l’avantage de sa furtivité intrinsèque. Le F-15EX offrira davantage d’emport. L’Eurofighter restera extrêmement performant en supériorité aérienne et développe lui aussi un radar et une guerre électronique de nouvelle génération.
Mais le Rafale F5 pourrait offrir à l’Armée de l’Air et de l’Espace quelque chose de plus rare : un système de combat aérien complet et souverain, allant du radar et de la guerre électronique aux missiles, à la dissuasion et au drone de combat.
Et c’est probablement là que se joue le véritable enjeu de 2035. Le chasseur qui dominera le ciel ne sera pas nécessairement celui qui vole le plus vite ou qui emporte le plus de missiles. Ce sera celui qui détectera, comprendra et fera agir plusieurs plateformes avant que l’adversaire puisse reconstruire la situation.
Sources
Direction générale de l’armement, « La DGA commande des premiers travaux en amont du prochain lancement en réalisation du standard F5 du Rafale », 10 septembre 2026.
Direction générale de l’armement, « Rafale standard F5 : premières commandes notifiées aux industriels ».
Direction générale de l’armement, « La DGA commande le développement du missile hypersonique ASN4G à MBDA », 11 juin 2026.
Dassault Aviation, « Lancement d’un programme de drone de combat dans le cadre du standard F5 du Rafale », 8 octobre 2024.
Dassault Aviation, « Évoluer et innover – Rafale ».
Sénat, actualisation de la programmation militaire et travaux budgétaires relatifs au Rafale F5, 2025-2026.
U.S. Government Accountability Office, rapports sur la modernisation F-35 Block 4 et Technology Refresh 3, 2024-2026.
Eurofighter GmbH, informations relatives au radar ECRS Mk2.
Boeing et U.S. Air Force, données techniques et opérationnelles du F-15EX Eagle II.