ACF : la France face au coût de son avion de chasse du futur

ACF avion de combat du futur

Après l’échec du SCAF, la France prépare son ACF. Budget, IA souveraine, alliances européennes : les choix qui détermineront l’avenir du combat aérien.

En résumé

L’Avion de combat futur (ACF) devient un projet français après l’abandon, en juin 2026, du chasseur commun prévu dans le SCAF avec l’Allemagne et l’Espagne. Présenté aux députés le 14 octobre, il doit assurer la relève du Rafale à partir de 2040 et répondre, à terme, aux exigences de la dissuasion nucléaire.

La France dispose des industriels nécessaires pour le concevoir, mais pas d’un budget illimité. Aucun financement complet n’est encore arrêté, malgré la hausse des crédits militaires. Un effort de développement étalé sur une quinzaine d’années devra donc coexister avec le Rafale F5, les munitions et la défense antiaérienne.

La souveraineté du logiciel et de l’intelligence artificielle constituera un défi aussi décisif que le moteur ou la furtivité. La solution la plus crédible associe une maîtrise nationale de l’avion à des coopérations ciblées sur les drones et les réseaux européens.

La rupture du SCAF replace la France devant ses choix industriels

Le 14 octobre 2026, devant les députés, le général Jérôme Bellanger a confirmé le choix d’un Avion de combat futur (ACF) de conception nationale. Le successeur du Rafale ne dépendra plus du partenariat franco-allemand. En juin, Paris et Berlin avaient abandonné le New Generation Fighter (NGF), cœur du Système de combat aérien du futur (SCAF), auquel participait aussi l’Espagne.

L’échec porte sur un avion commun, pas nécessairement sur toutes les technologies du SCAF. Les travaux sur les drones et le cloud de combat peuvent se poursuivre.

L’ACF devra mener des missions conventionnelles vers 2040 et emporter, vers 2050, le futur missile nucléaire ASN4G. La France doit donc maîtriser l’intégration des armements et le calendrier.

Le budget de l’ACF doit être distingué des promesses politiques

La loi de programmation militaire révisée en août 2026 a ajouté 36 milliards d’euros à la trajectoire 2026-2030. Elle porte à environ 436 milliards d’euros les crédits de la mission Défense sur 2024-2030. Le projet de budget 2027 prévoit 63,4 milliards d’euros pour cette mission, hors pensions. Mais il n’existe, à ce stade, aucune enveloppe complète officiellement votée pour l’ACF.

La France prévoit un déficit public de 5,4 % du PIB en 2026, puis vise 5 % en 2027. La charge d’intérêts pourrait atteindre 91,2 milliards d’euros en 2027. Chaque milliard consacré à l’avion devra donc être défendu face aux dépenses de munitions, de défense antiaérienne et de préparation opérationnelle.

Le montant à programmer pour éviter une impasse financière

Éric Trappier, patron de Dassault Aviation, estime pouvoir développer un futur chasseur pour nettement moins de 50 milliards d’euros. Il s’agit d’une appréciation industrielle, pas d’un devis validé par l’État.

Une hypothèse de financement consisterait à provisionner 25 à 35 milliards d’euros de développement entre 2027 et 2040, soit 1,8 à 2,5 milliards par an en moyenne. Cette proposition, qui ne constitue pas une estimation officielle, devrait couvrir démonstrateurs, essais, logiciels, moteurs et industrialisation initiale, avec des revues de coûts indépendantes.

L’achat des appareils de série, leur entretien sur plusieurs décennies et certaines infrastructures viendraient ensuite.

Le savoir-faire français existe, mais le changement d’échelle est considérable

La France n’aborde pas ce projet sans industrie. Dassault maîtrise l’architecture et les commandes de vol, Safran la propulsion, Thales les radars et la guerre électronique, MBDA les missiles.

Le Dassault Rafale constitue une base opérationnelle et industrielle solide, mais son successeur ne sera pas simplement une version agrandie.

Un avion de nouvelle génération devra combiner furtivité radar, soutes d’armement internes, capteurs distribués, guerre électronique et coopération avec des drones. La furtivité exige notamment de contrôler les formes, les matériaux, la chaleur émise et les signatures électromagnétiques.

La France devra également préserver une capacité d’emport nucléaire et, si le besoin est confirmé, l’emploi depuis un porte-avions : deux contraintes qui compliquent la conception.

Le Rafale F5 servira de banc d’essai. La DGA a engagé des travaux sur le radar RBE2-XG, la liaison discrète IVDL et le moteur M88 T-REX, dont la poussée visée passe de 7,5 à 9 tonnes. HypAIRion, lancé en juillet 2026, explore la coopération entre chasseurs et drones assistés par IA.

ACF avion de combat du futur

La souveraineté de l’intelligence artificielle vaut autant que celle des moteurs

Dans le combat aérien futur, l’IA ne consiste pas à laisser un algorithme décider seul de tirer. Elle sert à fusionner des données radar et infrarouges, hiérarchiser les menaces, proposer des itinéraires et répartir les tâches entre aéronefs. Ces fonctions doivent rester utilisables sans connexion permanente, malgré le brouillage et les attaques informatiques.

L’enjeu souverain se situe dans les données d’entraînement, les modèles, les calculateurs embarqués, les clés cryptographiques et la faculté de modifier le logiciel sans autorisation étrangère.

Dassault travaille notamment avec l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense et Thales. La maîtrise du logiciel ne supprime cependant pas les dépendances possibles aux composants électroniques, aux capacités de calcul et aux chaînes d’approvisionnement.

La coopération européenne reste nécessaire, mais sur d’autres bases

La querelle du SCAF concernait le pilotage des études, l’accès aux technologies et le partage des tâches entre Dassault et Airbus. Avec des besoins différents, notamment la dissuasion et l’aéronavale françaises, fabriquer un chasseur unique est devenu politiquement et industriellement trop coûteux.

Les partenaires européens qui ont encore un intérêt stratégique

Il reste rationnel de coopérer avec l’Allemagne et l’Espagne sur le cloud de combat et les drones. Ces interfaces permettraient à l’ACF, aux Eurofighter Typhoon et à d’autres plateformes alliées d’échanger des données sans partager tous leurs secrets industriels.

La Suède offre une autre piste. Saab a obtenu en septembre 2026 un contrat de 2,9 milliards de couronnes suédoises pour poursuivre des démonstrateurs de chasseurs habités et non habités. Une coopération ciblée sur l’autonomie ou la guerre électronique serait envisageable, sans lui attribuer d’emblée la conception de l’ACF.

Le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon développent déjà le GCAP, que l’Allemagne envisage de rejoindre. Leur participation à l’ACF paraît peu probable à court terme.

La recherche de financements extérieurs mérite également d’être examinée. Les discussions reprises le 23 octobre entre Paris et Abou Dhabi sur le Rafale F5 montrent l’intérêt d’un partage des coûts. Le programme a été évalué à environ 5 milliards d’euros dans la presse, les Émirats arabes unis pouvant en financer une part importante. Aucun accord financier définitif n’est toutefois acquis.

Une contribution étrangère s’accompagne souvent de demandes de transferts technologiques. La France ne gagnerait rien à financer sa souveraineté en cédant ses technologies les plus sensibles.

La concurrence américaine et chinoise impose un calendrier crédible

Boeing développe le F-47 américain depuis mars 2025. Premier vol visé : 2028. Le budget demandé pour 2027 dépasse 5 milliards de dollars.

En Chine, les démonstrateurs désignés J-36 et J-50 témoignent d’investissements soutenus, même si leurs performances et leur calendrier opérationnel restent largement inconnus.

La France ne peut égaler seule la puissance financière américaine ni la cadence industrielle chinoise. Elle peut en revanche construire un appareil adapté à ses missions, accompagné de drones moins coûteux, plutôt que chercher à reproduire à l’identique ses concurrents.

L’histoire des avions de chasse montre que la cohérence des besoins importe autant que la taille d’un programme.

Le véritable risque n’est pas de financer un avion national. C’est de retarder les décisions, puis de découvrir dans quinze ans que les compétences, les budgets et le temps nécessaire aux essais ont disparu. La souveraineté se mesure à la capacité de tenir une échéance, pas à celle d’annoncer un projet.

Les sources

  • Assemblée nationale, audition du général Jérôme Bellanger devant la commission de la défense nationale et des forces armées, 14 octobre 2026.
  • Defense News, « France to go it alone on next-gen combat aircraft after FCAS collapse », 15 octobre 2026.
  • Aviation Week & Space Technology, « FCAS Collapse Reshapes Europe’s Future Fighter Plans », 21 octobre 2026.
  • Légifrance, loi n° 2026-791 du 16 août 2026 actualisant la programmation militaire 2024-2030.
  • Ministère des Armées, « Projet de loi de finances des Armées 2027 : LPM année 4 », octobre 2026.
  • Direction générale du Trésor, « Rapport économique, social et financier 2027 », 6 octobre 2026.
  • Ministère des Armées, Direction générale de l’armement, « La DGA commande des premiers travaux en amont du prochain lancement en réalisation du standard F5 du Rafale », 10 septembre 2026.
  • Ministère des Armées, « HypAIRion : l’IA au service du combat aérien français », 1er octobre 2026.
  • Reuters, « France, UAE revive Rafale warplane development amid French budget woes », 23 octobre 2026.
  • Saab, « Saab receives order from FMV for further work on future concept », 9 septembre 2026.
  • Defense News, « F-47 program producing test aircraft, on schedule for 2028 flight », 30 juillet 2026.
  • South China Morning Post, « New images point to fifth prototype for China’s J-36 fighter jet in air power race with US », 30 juillet 2026.
A propos de admin 2585 Articles
Avion-Chasse.fr est un site d'information indépendant dont l'équipe éditoriale est composée de journalistes aéronautiques et de pilotes professionnels.