Comparatif technique J-20 vs F-35 : moteurs, capteurs, furtivité, armement, coûts et logique d’emploi, avec les limites des données publiques.
Comparer le J-20 et le F-35 demande une discipline simple : séparer ce qui est documenté de ce qui relève d’estimations. Le F-35 est un système d’armes “industrialo-militaire” très transparent par standards défense occidentaux, avec des fiches officielles, des audits, des chiffres de disponibilité, et des coûts suivis ligne à ligne.
Le J-20, lui, reste entouré d’opacité. Les ordres de grandeur publiés existent, mais les paramètres clés (radar réel, signatures, fiabilité moteurs, disponibilité) sont rarement confirmés officiellement.
Sur le plan militaire, il faut surtout comprendre que ces deux avions ne sont pas “des clones”. Le J-20 vise d’abord la supériorité aérienne à longue distance dans le théâtre indo-pacifique, avec une logique d’interception et de tirs BVR (au-delà de la portée visuelle), appuyée par des capteurs et des missiles longue portée.
Le F-35 est pensé comme un nœud de fusion de capteurs : il voit, corrèle, partage, puis frappe, y compris en premier jour de guerre, avec une intégration réseau et une panoplie air-sol très large.
Présentation technique du J-20
Le J-20 (Chengdu) est un chasseur furtif bimoteur conçu pour la PLAAF, avec une cellule grande pour sa catégorie. Son intérêt militaire est clair : combiner faible détectabilité frontale, endurance, et emport interne de missiles BVR. La littérature ouverte crédible converge sur une capacité d’emport interne typique de quatre missiles BVR dans la soute ventrale, plus deux missiles courte portée en soutes latérales, avec des évolutions possibles vers six BVR via munitions à ailettes repliables.
Côté propulsion, l’histoire moteur est centrale. Des sources ouvertes décrivent une transition des moteurs russes vers des moteurs chinois WS-10C (ordre de grandeur 142–147 kN de poussée avec postcombustion), en attendant le WS-15 souvent présenté comme l’objectif final (ordre de grandeur 180 kN). Ces valeurs restent à considérer comme “analyst-based”.
Sur les performances pures, la plupart des chiffres publics (vitesse, plafond) sont des estimations. Le point solide, c’est la logique d’emploi : portée utile et engagement longue distance. Le “range” annoncé dans des synthèses publiques varie fortement (environ 1 200 à 2 700 km, soit 650 à 1 460 nm).
Pour les capteurs, le J-20 est très probablement doté d’un radar AESA, mais les détails (portée, modes, résistance au brouillage, qualité de fusion) ne sont pas validés publiquement au même niveau qu’aux États-Unis.
Présentation technique du F-35
Le F-35 est un programme massif, porté par Lockheed Martin, et décliné en trois versions : A (USAF), B (STOVL), C (porte-avions). Sa vitesse maximale officielle est Mach 1,6 (environ 1 930 km/h, soit 1 200 mph). Son plafond opérationnel est donné “au-delà de 15 000 m” (50 000 ft).
Le cœur technique du F-35, ce sont ses capteurs et la cohérence système. Le radar AESA AN/APG-81 est conçu pour faire à la fois détection, poursuite, appui au tir, et fonctions de guerre électronique. L’avion dispose d’un ensemble optronique intégré : EOTS pour l’identification et le ciblage, et DAS (six capteurs IR) pour la veille sphérique et l’alerte missile, avec affichage casque. La suite de guerre électronique AN/ASQ-239 (BAE Systems) est conçue pour l’alerte, l’autoprotection et des effets EW intégrés.
En armement, le F-35A affiche un rayon d’action de combat d’environ 1 239 km (669 nm) sur carburant interne, et une distance franchissable supérieure à 2 200 km (1 200 nm). Il peut emporter beaucoup plus en charges externes hors contexte furtif, mais sa valeur centrale reste la pénétration discrète avec emport interne et capteurs.


Tableau comparatif (données publiques + point)
Règle de lecture : quand une donnée n’est pas publique (surtout côté J-20), je le dis. Le point va à l’avion avec l’avantage le mieux étayé.
| Critère | J-20 | F-35 | Point |
|---|---|---|---|
| Vitesse maximale | Estimations souvent autour de Mach 2 (≈2 470 km/h ; 1 535 mph), non confirmées | Mach 1,6 (≈1 930 km/h ; 1 200 mph) | J-20 |
| Vitesse de croisière | Non public (possible supercroisière selon sources ouvertes) | Non public (croisière subsonique optimisée) | J-20* |
| Vitesse ascensionnelle | Non public | Non public | Égalité tranchée : F-35** |
| Altitude maximale | Estimations ≈20 000 m (65 600 ft), non confirmées | >15 000 m (50 000 ft) | J-20 |
| Rayon d’action | Ordre de grandeur public très variable 1 200–2 700 km (650–1 460 nm) | >2 200 km (1 200 nm / 1 380 mi) | J-20 |
| Rayon d’action combat | Non public (estimations larges) | ~1 239 km (669 nm) | F-35 |
| Autonomie en vol | Non public | Non public | J-20* |
| Agilité | Bimoteur + cellule grande : potentiellement bon à haute énergie, mais peu de chiffres | Moins “dogfight-first”, mais commandes et lois de pilotage très travaillées | J-20* |
| Rayon de virage | Non public | Non public | J-20* |
| Maniabilité basse vit. | Non public | Non public | F-35* |
| Puissance moteur | 2 moteurs ; WS-10C ~142–147 kN chacun (analyst-based) | 1 moteur ; F135 ~191 kN (43 000 lbf) selon fiches programme | J-20 |
| Fiabilité moteurs | Données non publiques | Données suivies mais sujet sensible (pénuries/maintenance discutées) | F-35 |
| Consommation | Non public | Non public | F-35* |
| Postcombustion | Oui (bimoteur) | Oui | J-20 |
| Radar | AESA très probable, détails non confirmés | AN/APG-81 AESA très documenté | F-35 |
| Communications | Capacités réseau non documentées au même niveau | Réseau, liaisons et intégration très structurées (programme OTAN/alliés) | F-35 |
| Guerre élec. (EW) | Non public | AN/ASQ-239 intégré 360° | F-35 |
| Alerte avancée (RWR) | Non public | Intégré EW + capteurs | F-35 |
| Positionnement | Non public | Standard OTAN, très intégré | F-35 |
| Gestion d’armes | Priorité air-air BVR ; missiles PL-15/PL-10 | Large spectre air-air + air-sol, doctrine “first day” | F-35 |
| Diversité des armes | Majoritairement air-air, air-sol moins clair publiquement | Très large bibliothèque d’armes intégrées | F-35 |
| Charge utile | Chiffres non fiables publiquement | Payload total très élevé selon fiches programme | F-35 |
| Précision des armes | Non public | Chaîne capteurs/armes très mature | F-35 |
| Intégration armes | Non public | Roadmap bloc et intégrations continues (C2D2) | F-35 |
| Signature radar | Optimisé frontal ; chiffres non publics | Très optimisé, validation large par flottes multiples | F-35 |
| Signature infrarouge | Bimoteur = défi thermique, inconnues | Gestion thermique travaillée, mais moteur très chaud | F-35* |
| Signature acoustique | Données non publiques | Données non publiques | F-35* |
| MTBF | Non public | Données suivies (mais pas toujours flatteuses) | F-35 |
| Facilité maintenance | Non public | Complexe, lourd en soutien, mais standardisé | F-35 |
| Disponibilité | Non public | Chiffres audités, objectifs parfois non atteints | F-35 |
| Polyvalence mission | Dominante air-air longue portée | Multirôle structurant (A/B/C) | F-35 |
| STOVL | Non | F-35B oui | F-35 |
| Opérations PA | Non (J-20 terrestre) | F-35C oui | F-35 |
| Autoprotection | Non public | EW + DAS + intégration contre-mesures | F-35 |
| Blindage | Non public | Protection surtout par discrétion + EW | F-35 |
| Siège éjectable | Non public | Martin-Baker US16E documenté | F-35 |
| Cockpit | Peu documenté | Grand écran + casque HMDS Gen III | F-35 |
| Gestion d’info | Non public | Très forte fusion de capteurs | F-35 |
| Commandes de vol | Non public | Très abouti, lois de pilotage avancées | F-35 |
| Coût unitaire | Estimé ~110 M$ (ordre de grandeur) | F-35A ~82,5 M$ (lots 15–17, moyenne) | F-35 |
| Coût d’exploitation | Non public | Coûts publiés et encore élevés | J-20*** |
| Coût de formation | Non public | Coûts encadrés, simulateurs et pipeline vaste | F-35 |
| Modularité | Non public | C2D2 + upgrades bloc | F-35 |
| Cycle de vie | Inconnu | Plan de durée long, flotte mondiale | F-35 |
Analyse finale et avis franc
Si votre question est “qui est le meilleur avion”, la réponse dépend du sens du mot “meilleur”. Sur les critères où la donnée est vérifiable, le F-35 gagne souvent, parce qu’il est un système complet, industrialisé, instrumenté, audité, et déjà engagé dans un concept d’opérations très large. Il combine discrétion, capteurs, EW, cockpit, et interopérabilité. C’est un outil de guerre moderne, pas seulement un chasseur.
Le J-20, lui, peut être redoutable dans SON axe : la longue portée air-air, avec des missiles BVR comme le China Aerospace Studies Institute décrit dans ses travaux sur les capacités missiles chinoises, et une masse/volume qui favorisent carburant et emport interne. Mais en données publiques, trop d’éléments critiques restent non confirmés : maturité de la fusion, endurance réelle en configuration furtive, fiabilité et disponibilité en rythme de guerre, qualité EW face à des menaces modernes.
Aujourd’hui, le F-35 est plus “utile” militairement au sens large, parce qu’il est optimisé pour produire un effet opérationnel complet, en coalition, et dans plusieurs rôles. Le J-20 peut être meilleur sur quelques paramètres de performance et de portée, mais il reste plus difficile à “noter” objectivement tant que la Chine ne publie pas d’indicateurs comparables.
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