Le Japon lance un programme ambitieux pour remplacer le Kawasaki T-4 vieillissant par un nouvel avion d’entraînement moderne, avec des implications stratégiques et industrielles.
En résumé
Le Ministère de la Défense japonais a annoncé le développement d’un successeur au Kawasaki T-4, l’avion d’entraînement à réaction intermédiaire de la Force aérienne d’autodéfense japonaise (JASDF) entré en service en 1988 et exploité à plus de 197 exemplaires. Ce projet s’inscrit dans une modernisation globale des capacités de formation des pilotes, visant à préparer efficacement les équipages aux avions de combat de cinquième et sixième génération comme le Lockheed Martin F-35 Lightning II et les futurs avions du Global Combat Air Programme (GCAP). Plusieurs solutions sont envisagées, incluant un développement domestique (« T-X ») par Mitsubishi Heavy Industries (MHI), des partenariats internationaux, ou l’acquisition d’avions comme le Boeing T-7A Red Hawk ou le Leonardo M-346. Cet effort répond à des besoins techniques précis, à des considérations budgétaires et à des ambitions d’exportation qui pourraient redessiner une partie du secteur aéronautique japonais.
Le rôle clé du Kawasaki T-4 dans la formation des pilotes
Depuis sa mise en service en 1988, le Kawasaki T-4 a constitué l’épine dorsale de la formation des pilotes de la JASDF après la phase de base avec des avions à turbopropulseurs. Conçu et produit au Japon par Kawasaki Heavy Industries, ce biplace à réaction subsonique a remplacé des plateformes plus anciennes comme le Lockheed T-33 et le Fuji T-1.
L’appareil a une portée d’environ 1 670 km et une vitesse maximale proche de 1 038 km/h, ce qui lui a permis de servir efficacement dans le rôle d’entraînement intermédiaire. Il a aussi trouvé une place prestigieuse dans l’équipe acrobatique nationale Blue Impulse.
Cependant, après plus de 35 ans de service, ses performances sont jugées insuffisantes pour préparer les pilotes aux défis des avions modernes, notamment les chasseurs furtifs comme le F-35 ou les futurs aéronefs conjoints du programme GCAP.
Pourquoi un nouvel avion d’entraînement est indispensable
L’arrêt de la production du T-4 remonte à plusieurs années déjà, et la flotte en service vieillit rapidement. Des préoccupations majeures ont émergé concernant la capacité de formation de ce type face aux exigences accrues des missions de combat contemporaines.
Les avions de génération récente, comme le F-35A/B actuellement en dotation, requièrent des compétences plus avancées qu’un T-4 ne peut pas fournir pleinement. De plus, le Japon s’engage dans des projets d’avenir tels que le GCAP avec le Royaume-Uni et l’Italie, ce qui renforce la nécessité d’un système d’entraînement correspondant.
Le remplacement ne concerne pas seulement la formation de base ou intermédiaire, il s’agit aussi de préparer les pilotes à évoluer dès le début de leur carrière vers des environnements tactiques numériques, incluant la simulation d’équipements électroniques modernes, la coordination avec des systèmes avancés de mission, et des opérations coordonnées avec d’autres plateformes.
Le projet « T-X » : une réponse domestique
Face à ces besoins, le Japon a mis en avant un concept d’avion d’entraînement de nouvelle génération, désigné « T-X Domestic Development Concept », présenté par Mitsubishi Heavy Industries (MHI) lors du salon DSEI Japan 2025.
Ce concept propose un avion bimoteur biplace équipé d’un cockpit moderne avec écrans tactiles et systèmes avancés intégrés, conçus pour simuler des environnements opérationnels réalistes. Il incorporera aussi des fonctions de simulation embarquées pour des entraînements à des scénarios complexes, y compris la menace radar et missile.
L’approche domestique répond à une volonté d’autonomie technologique et industrielle, mais aussi à une stratégie de renforcer le savoir-faire local dans l’aéronautique de défense. L’expérience de MHI, notamment avec les anciens programmes T-2 et T-4, constitue un socle pouvant faciliter le développement du futur appareil.
Alternatives internationales et coopération
Le Japon ne se limite pas à une solution purement locale. Des options internationales tiennent une place importante dans les discussions. Parmi elles, le Boeing T-7A Red Hawk, développé par Boeing et Saab pour l’US Air Force, est souvent cité comme un candidat potentiel.
Le T-7A est conçu pour préparer les pilotes aux avions de combat modernes grâce à sa plateforme numérique, sa maintenance simplifiée et sa compatibilité avec des technologies de formation avancées. Une collaboration ou une acquisition de ce type pourrait générer des économies d’échelle et renforcer l’interopérabilité avec les forces américaines.
Le trainer Leonardo M-346, déjà utilisé pour la formation avancée au sein de l’International Flight Training School (IFTS) en Italie, figure aussi parmi les options examinées, notamment pour des phases ultérieures de formation.
Ces alternatives offrent des solutions éprouvées, mais impliquent des compromis entre autonomie, coût et coopération stratégique.

Enjeux budgétaires du programme
Le coût d’un programme d’entraînement aérien moderne est élevé. Les technologies embarquées, les moteurs, les systèmes de simulation et de formation au sol représentent des investissements substantiels. L’adoption d’un modèle domestique nécessite des budgets importants pour la R&D, les tests en vol, la certification, et la mise en place de lignes de production.
En revanche, une coopération internationale ou l’achat sous licence d’une plateforme existante peut réduire les coûts unitaires, mais limiter l’implication des industriels japonais dans la chaîne de production et les opportunités d’exportation.
La JASDF reste prudente dans ses approches financières, avec des appels à information et des évaluations de rentabilité à l’appui, notamment depuis octobre 2024, date à laquelle une demande formelle d’informations a été émise pour le remplacement du T-4.
Perspectives d’exportation
L’une des préoccupations stratégiques du Japon est de faire du successeur du T-4 non seulement un outil national, mais aussi un produit exportable. Une plateforme moderne et compétitive pourrait intéresser les pays dotés de forces aériennes désireuses de moderniser leurs flottes d’entraînement.
En particulier, l’Asie-Pacifique, le Moyen-Orient et certaines nations d’Europe pourraient être des marchés potentiels, surtout si l’avion intègre des technologies avancées, une maintenance simplifiée et des coûts de cycle de vie maîtrisés.
Une coopération internationale pourrait aussi ouvrir des voies d’accès à des marchés où les appareils occidentaux dominent, mais cela nécessitera des stratégies d’alignement sur les standards internationaux et des accords bilatéraux solides.
Une transformation de la formation aéronautique japonaise
Le projet de successeur du Kawasaki T-4 représente plus qu’un renouvellement d’appareil. Il symbolise une adaptation profonde des méthodes de formation des pilotes japonais aux réalités aériennes du XXIᵉ siècle, tout en renforçant la position du Japon dans le secteur mondial de l’aéronautique de défense.
Qu’il s’agisse d’un développement domestique ambitieux, d’une collaboration stratégique avec des partenaires comme les États-Unis ou encore d’une combinaison des deux, l’objectif reste clair : assurer que les pilotes japonais disposent d’une plateforme d’entraînement à la hauteur des défis futurs.
Ce projet illustre la volonté de concilier autonomie, modernité et compétitivité dans un environnement géopolitique exigeant.
Sources
- Japon à développer un successeur au Kawasaki T-4, Militarnyi
- New jet trainer in the cards as Japan seeks training fleet refresh, Breaking Defense
- Japan targets T-4 replacement ahead of GCAP, Shephard Media
- Mitsubishi Heavy Industries unveils trainer concept, The Aviationist
- Avions Legendaires : Mitsubishi propose un successeur au T-4
- Avianews : futur avion école TX développé au Japon
- Wikipedia Kawasaki T-4
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