Thales, Airbus, Leonardo : création d’un géant européen des satellites pour défier Starlink

Bromo satellites

Thales, Airbus et Leonardo ont franchi une étape clé le 26 janvier dans le projet “Bromo”, une fusion des activités satellites prévue pour 2027 visant à concurrencer Starlink et les acteurs chinois.

En résumé

Le 26 janvier 2026, Thales, Airbus et Leonardo ont consolidé une étape majeure de leur alliance spatiale baptisée projet Bromo, une initiative de coopération industrielle destinée à créer un champion européen des satellites opérationnel en 2027. Cette nouvelle entité rassemblera les divisions satellites et services spatiaux des trois groupes pour atteindre une masse critique industrielle face aux géants internationaux comme Starlink (SpaceX) ou les constellations chinoises. Avec environ 25 000 salariés et un chiffre d’affaires projeté de 6,5 milliards d’euros, elle ambitionne de renforcer l’autonomie stratégique européenne dans les télécommunications, l’observation, la navigation ou encore la sécurité spatiale. Le projet doit encore obtenir l’approbation des régulateurs et des gouvernements, notamment au regard des règles de concurrence de l’Union européenne. Au-delà de la simple compétitivité commerciale, Bromo s’inscrit dans la réponse européenne aux défis technologiques et géopolitiques du secteur spatial global.

Le projet Bromo : une fusion industrielle stratégique

Le projet Bromo est une initiative majeure de consolidation industrielle européenne visant à regrouper les principales activités spatiales des groupes Airbus (France/Allemagne), Thales (France) et Leonardo (Italie) en une seule entité d’envergure internationale. Son nom, inspiré du volcan indonésien du même nom, symbolise l’ambition de créer un acteur robuste et intégré dans un domaine dominé par des acteurs américains et chinois.

Un protocole d’accord (MoU) a été signé en octobre 2025, et le 26 janvier 2026 constitue la date à laquelle les partenaires ont formellement franchi une étape clé du processus, marquant une convergence décidée vers la constitution de cette coentreprise. La mise en place opérationnelle est planifiée pour 2027 sous réserve de l’approbation des autorités de la concurrence et des gouvernements concernés.

La future société devrait regrouper environ 25 000 employés à travers l’Europe et générer un chiffre d’affaires annuel d’environ 6,5 milliards d’euros, sur la base des activités satellites combinées actuelles des trois groupes.

Les contributions industrielles des partenaires

La nouvelle entité combinera des compétences complémentaires issues des divisions spatiales des trois groupes :

  • Airbus apportera ses activités Space Systems et Space Digital issues de sa branche Airbus Defence and Space, focalisées sur la fabrication de satellites et les systèmes spatiaux numériques.
  • Leonardo intégrera sa division spatiale, ainsi que ses participations dans Telespazio et Thales Alenia Space (joint-venture avec Thales), qui couvrent la fabrication de satellites, l’exploitation en orbite et les services associés.
  • Thales contribuera notamment avec ses parts dans Thales Alenia Space, Telespazio, et la fabrication de composants comme Thales SESO (spécialiste de miroirs et structures pour satellites).

La répartition du capital de la future entité serait conçue pour préserver un équilibre entre les trois partenaires, avec 35 % pour Airbus et 32,5 % chacun pour Leonardo et Thales.

Un marché spatial mondial transformé

Depuis le début de l’ère des constellations de satellites en orbite basse (LEO), le paysage du secteur spatial a radicalement évolué. Des acteurs tels que Starlink, filiale de SpaceX, ont bouleversé les modèles traditionnels en lançant des milliers de satellites pour offrir des services de connectivité internet à l’échelle mondiale. À la fin de 2025, Starlink avait lancé plus de 8 000 satellites en orbite basse, dépassant les 10 000 satellites au total, créant une infrastructure de réseau unique et extrêmement compétitive.

Les satellites dits géostationnaires (GEO), positionnés à environ 36 000 km d’altitude, ont historiquement dominé les services de télécommunications traditionnels. Cependant, la demande pour ces solutions a fortement chuté face aux offres basées en orbite basse, qui permettent des latences plus faibles et une couverture globale plus flexible.

Cette transformation met en tension l’industrie spatiale européenne classique, spécialisée notamment dans les gros satellites géostationnaires, et renforce l’attraction vers des solutions plus innovantes et compétitives.

Objectifs techniques et marchés visés

La future entité issue du projet Bromo ne vise pas seulement à produire des satellites ; elle ambitionne de proposer un portefeuille complet de solutions spatiales, incluant les plateformes satellites, les systèmes de communication, les services de données, ainsi que les applications civiles et militaires.

Contrairement à Starlink, qui construit sa propre constellation et offre directement des services internet grand public, la nouvelle structure européenne devrait se concentrer sur la fabrication de satellites pour des programmes publics et privés, ainsi que sur des services spécialisés pour les gouvernements et les opérateurs. Elle pourrait soutenir des projets comme IRIS², la constellation européenne de connectivité sécurisée visant à déployer quelques centaines de satellites pour des communications et des services gouvernementaux.

Ainsi, la cible commerciale n’est pas d’atteindre la masse de dizaines de milliers de satellites comme Starlink, mais plutôt de fournir des systèmes satellitaires avancés, adaptés à des besoins souverains, institutionnels ou industriels.

Défis industriels et réglementaires

Même si l’accord cadre a été signé et que les étapes avancent, plusieurs défis restent à surmonter avant que Bromo ne devienne opérationnel :

  • Approbation réglementaire : Le projet doit recevoir le feu vert de la Commission européenne et d’autres autorités de la concurrence, qui surveillent de près les potentielles structures oligopolistiques dans les industries stratégiques.
  • Harmonisation nationale : Les gouvernements européens, notamment en Italie, en France et en Allemagne, doivent coordonner leurs positions sur la gouvernance et la participation publique dans cette nouvelle entité.
  • Synergies opérationnelles : La consolidation de divisions d’entreprises rivales implique des restructurations, l’intégration de chaînes de production et l’optimisation des portefeuilles produits, un processus complexe qui prend du temps et nécessite des investissements substantiels.
Bromo satellites

La question du retard européen face aux géants

L’un des enjeux majeurs du projet Bromo est de déterminer si l’Europe peut rattraper son retard vis-à-vis de concurrents comme SpaceX et les programmes chinois. Aujourd’hui, l’écart en termes de volume de satellites, de cadence de production et de réduction des coûts est manifeste. La stratégie européenne privilégie une approche intégrée, diversifiée et orientée vers des besoins souverains et spécialisés, plutôt qu’une reproduction à l’identique du modèle de Starlink.

Cependant, le calendrier ambitieux, qui vise une mise en service de la nouvelle entité en 2027, coïncide avec des programmes européens comme IRIS², qui prévoient le déploiement de centaines de satellites d’ici la fin de la décennie. Cette coopération potentielle entre Bromo et les initiatives institutionnelles pourrait créer une dynamique industrielle robuste, même si le défi reste d’ampleur.

Quel rôle pour les lanceurs européens ?

Un point stratégique souvent évoqué est l’accès à des lanceurs performants et compétitifs. L’Europe dispose aujourd’hui du lanceur Ariane 6, exploité par Arianespace, qui vise à réduire les coûts et augmenter la cadence de lancements. Bien que compétitif pour des charges lourdes et des missions institutionnelles, il reste moins adapté que les systèmes partiellement réutilisables comme ceux de SpaceX en termes de coûts unitaires.

La possibilité d’utiliser Ariane 6 pour lancer des satellites produits par Bromo dépendra des besoins spécifiques des missions et du cadre économique. À ce stade, la question de la réduction des coûts de lancement demeure un enjeu clé pour soutenir une industrie satellitaire européenne plus agressive sur les marchés mondiaux.

Une compétition globale plus complexe

La création de Bromo coïncide avec d’autres efforts européens pour renforcer la souveraineté technologique. Les programmes satellitaires civils et militaires, la navigation (Galileo), l’observation (Copernicus) et les services sécurisés deviennent des domaines prioritaires. La consolidation industrielle s’inscrit dans une dynamique plus large visant à assurer la compétitivité de l’Europe dans un secteur désormais stratégique, au même titre que l’aéronautique ou la défense.

Alors que l’industrie spatiale mondiale s’organise autour de constellations massives, de capacités duales (civil-militaires) et d’innovations rapides, le succès du projet Bromo dépendra de sa capacité à allier technologie, économies d’échelle et vision stratégique. Plus qu’un simple concurrent à Starlink, cette initiative pourrait redéfinir la place de l’Europe dans le spatial du XXIᵉ siècle.

Sources

– Communiqué Airbus, Leonardo, Thales MoU oct. 2025,
– Analyses presse sur le projet Bromo,
– Informations sectorielles sur satellites et constellations,
– Données IRIS² projet européen.

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