Avec HypAIRion, la France prépare le combat collaboratif entre Rafale et drones. Essais en 2028, IA souveraine, technologies et contrôle humain.
En résumé
Lancé en juillet 2026, HypAIRion doit préparer la coopération entre les chasseurs pilotés et les drones de combat français. L’armée de l’Air et de l’Espace, la Direction générale de l’armement (DGA) et l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (AMIAD) veulent tester rapidement des logiciels d’aide à la décision, des communications résilientes et des architectures informatiques ouvertes.
Deux Mirage 2000 servent de laboratoires volants à Mont-de-Marsan. Un premier essai associant un chasseur et un drone est annoncé pour 2028. Le Rafale F5 et son futur drone furtif sont, eux, attendus à partir de 2033.
Dassault Aviation a déjà expérimenté deux algorithmes d’IA sur Rafale, dont un avec Thales/cortAIx. Mais l’autonomie de mission ne signifie pas autonomie de tir : les militaires veulent conserver le jugement tactique et la décision d’engagement entre les mains de l’équipage. Cette exigence complique la conception autant qu’elle structure la souveraineté française.
Le programme HypAIRion accélère les essais sans attendre le Rafale F5
La France veut éviter qu’un drone de combat reste un concept de salon jusqu’à la prochaine décennie. Lancé en juillet 2026 et présenté publiquement le 1er octobre, HypAIRion rassemble les expérimentations de combat collaboratif de l’armée de l’Air et de l’Espace, de la DGA et de l’AMIAD.
Le calendrier est concret. À Mont-de-Marsan, deux Mirage 2000 reçoivent des calculateurs supplémentaires afin de tester des fonctions d’intelligence artificielle dès la fin de 2026. Un vol associant avion piloté et drone collaboratif est prévu en 2028.
Il ne faut pas confondre ce démonstrateur avec le futur drone de série. L’appareil de 2028 pourrait être une plateforme provisoire. HypAIRion est d’abord un cadre d’expérimentation, pas une commande de flotte opérationnelle.
Le combat collaboratif transforme le pilote en chef d’orchestre
Le principe consiste à faire travailler un chasseur avec un ou plusieurs drones chargés de missions complémentaires. Ceux-ci peuvent reconnaître une zone, détecter des émissions radar, leurrer une défense aérienne ou transporter des capteurs et des armements.
L’intérêt est double : déporter le risque vers une plateforme non habitée et multiplier les moyens disponibles sans acheter autant de chasseurs pilotés. Un Rafale peut conserver une position moins exposée pendant qu’un drone observe plus loin.
Une IA tactique embarquée peut analyser les données, proposer une route et répartir les tâches. Elle ne doit pas transformer le cockpit en poste de télépilotage permanent. À grande vitesse, face à plusieurs menaces, le pilote n’a ni le temps ni l’attention pour manœuvrer chaque drone comme un avion radiocommandé.
Les logiciels souverains doivent réduire la charge cognitive
L’AMIAD développe les briques liées à l’autonomie de mission et au commandement et contrôle, tandis que la DGA supervise l’intégration et les essais. Dassault Aviation demeure architecte du système aéronautique.
Le 22 septembre 2026, Dassault a annoncé avoir fait voler deux algorithmes d’IA souverains sur Rafale. Le premier provient de ses équipes, le second d’une coopération avec le pôle d’intelligence artificielle cortAIx de Thales. Leur fonction précise n’a pas été rendue publique : ces essais prouvent l’intégration en vol, non la conduite autonome d’une mission de combat.
Une application plus identifiable arrivera avec la nacelle TALIOS de Thales : les fonctions annoncées pour 2027 doivent détecter et catégoriser des objets au sol afin de présenter au pilote des cibles potentielles.
La qualité des données conditionne la fiabilité des algorithmes
Un algorithme entraîné sur des images parfaites peut se tromper avec des capteurs brouillés, une météo défavorable ou des leurres. Il faut tester les erreurs, mesurer l’incertitude et empêcher qu’une suggestion se présente comme une certitude.

Le Rafale F5 doit fournir la puissance de calcul et les liaisons nécessaires
Prévu à l’horizon 2033, le Dassault Rafale F5 dépassera une simple mise à jour logicielle. La DGA a annoncé en septembre 2026 des travaux confiés à Dassault, Thales, MBDA et Safran.
Thales développe le radar RBE2-XG, dont les calculateurs doivent favoriser l’exploitation de l’IA, et la liaison de données IVDL. Cette liaison haut débit doit permettre aux aéronefs d’échanger malgré le brouillage, tout en réduisant le risque de détection de leurs émissions.
La suite d’autoprotection SPECTRA doit évoluer vers un cœur de guerre électronique entièrement numérique. Il faudra néanmoins assurer le fonctionnement des drones lorsque les transmissions seront interrompues : navigation locale, consignes préétablies et procédures sûres de repli.
L’autre transformation concerne l’architecture logicielle ouverte. Les forces veulent pouvoir intégrer ou remplacer une fonction d’IA sans reconstruire tout le système de mission ni compromettre les commandes de vol.
Le drone furtif de Dassault constitue un programme distinct
Annoncé en octobre 2024, le futur drone de combat associé au F5 doit exploiter l’expérience du nEUROn. Ce démonstrateur européen, piloté industriellement par Dassault, a volé pour la première fois en décembre 2012 et totalisait déjà plus de 170 vols d’essai selon la DGA en 2024.
Le nouvel appareil est destiné notamment à la pénétration des défenses adverses, à la reconnaissance et à la suppression des radars. Les industriels prévoient furtivité, soutes internes et ravitaillement en vol.
Son prix, sa masse et le nombre d’exemplaires envisagés n’ont pas été publiés. Il serait donc prématuré de présenter HypAIRion comme la mise au point achevée du futur drone ailier français.
Le contrôle humain restera une contrainte technique et militaire
La doctrine annoncée maintient au pilote l’appréciation de la situation tactique et la décision d’employer les armes. L’IA peut recommander une action ou exécuter des manœuvres autorisées ; elle ne doit pas choisir seule une cible puis décider de la frapper.
Cela exige de séparer les fonctions critiques de sécurité du vol des applications d’IA, de conserver une traçabilité des décisions et de prévoir ce que fait le drone lorsque la liaison est coupée.
L’enjeu est autant industriel que juridique. Posséder le code, les données et les interfaces permet à l’État de corriger un modèle ou d’intégrer un nouveau fournisseur sans dépendre d’un logiciel verrouillé.
Le succès d’HypAIRion se jugera sur la capacité à équiper les escadrons
Les États-Unis expérimentent déjà des drones collaboratifs avec leurs chasseurs. La France suit une voie plus progressive, avec un calendrier d’essais avant toute généralisation.
Aucun budget global propre à HypAIRion n’a été rendu public. Sa réussite dépendra donc moins d’une annonce spectaculaire en 2028 que de résultats mesurables : fiabilité des algorithmes, résistance au brouillage, charge de travail du pilote et coût d’intégration.
Un avion capable de commander un drone lors d’un vol préparé ne constitue pas encore une escadrille apte au combat. La rupture viendra lorsque les équipages pourront modifier leurs tactiques rapidement, sans perdre le contrôle de leurs moyens ni attendre des années une nouvelle version logicielle.
Les sources
- Ministère des Armées, « HypAIRion : l’IA au service du combat aérien français », 1er octobre 2026.
- Defense News, Rudy Ruitenberg, « French Air Force Plans Loyal Wingman Flight in 2028 in Sovereign AI Push », 2 octobre 2026.
- Dassault Aviation, « Une nouvelle Intelligence Artificielle vole à bord du Rafale de Dassault Aviation », communiqué du 22 septembre 2026.
- Reuters, « Dassault Aviation Tests AI Algorithms on Rafale Fighter Jet », 22 septembre 2026.
- Direction générale de l’armement, « La DGA commande des premiers travaux en amont du prochain lancement en réalisation du standard F5 du Rafale », 10 septembre 2026.
- Dassault Aviation, « Lancement d’un programme de drone de combat dans le cadre du standard F5 du Rafale », 8 octobre 2024.
- Direction générale de l’armement, « Rafale standard F5 : premières commandes notifiées aux industriels », 14 octobre 2024.
- Sentry Média, Audrey Rodrigues, « HypAIRion : l’Armée de l’Air et de l’Espace prépare l’aviation de combat de demain », octobre 2026.
- Raids Aviation Magazine, Pascal Podlaziewiez, « HypAIRion », 12 octobre 2026.
- Sénat, Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, compte rendu des auditions de la semaine du 4 mai 2026.