Face à la Chine, l’US Air Force accélère ses drones Loyal Wingman. Budgets du CCA, risque NGAD, coût unitaire et entreprises gagnantes.
En résumé
Face à la montée en puissance aérienne chinoise, l’US Air Force veut déployer environ 1 000 drones de combat semi-autonomes, les Collaborative Combat Aircraft (CCA), ou Loyal Wingman. Après une programmation initiale de 5,8 milliards de dollars sur 2024-2028, elle sollicite environ 2,52 milliards pour 2027, achats et avances compris. L’objectif industriel est désormais inférieur à 20 millions de dollars par cellule, mais aucun coût complet de flotte n’est publié.
Le parallèle avec le NGAD est révélateur. Le prix envisagé pour son chasseur habité, devenu Boeing F-47, avait provoqué une pause en 2024. Il ne faut pourtant pas confondre une estimation jugée excessive avec un dépassement contractuel avéré.
General Atomics et Anduril remportent les premières commandes de drones. Shield AI et RTX restent bien placés dans la compétition logicielle, tandis que Boeing domine les programmes de chasseurs habités. Le défi sera de financer une production de masse sans renoncer aux exigences opérationnelles.
Le Loyal Wingman transforme la supériorité aérienne en problème de quantité
Face à la Chine, l’US Air Force veut compléter ses chasseurs pilotés par des drones de combat semi-autonomes, les Collaborative Combat Aircraft (CCA), souvent appelés Loyal Wingman. Leur fonction est d’étendre la portée des capteurs et des missiles, de compliquer les interceptions adverses et d’exposer moins de pilotes aux défenses antiaériennes.
Ces appareils ne sont pas de simples drones de reconnaissance. Ils doivent suivre un plan de mission, manœuvrer avec des chasseurs et exécuter des tâches sous contrôle humain. Le concept repose sur une équation : des avions suffisamment performants pour peser dans une bataille, mais suffisamment abordables pour être déployés en nombre et, si nécessaire, perdus au combat.
Les budgets initiaux ont changé de dimension
En 2023, l’US Air Force prévoyait 5,8 milliards de dollars pour les CCA entre 2024 et 2028, avec une ambition d’environ 1 000 appareils. Ce montant couvrait une trajectoire de programme, pas l’achat de mille drones entièrement équipés.
Les crédits ont depuis été isolés de ceux du NGAD pour rendre les dépenses plus lisibles. Selon le Congressional Research Service, le financement de recherche et développement du CCA atteignait 711,7 millions de dollars pour l’exercice 2025. Une loi budgétaire votée en 2025 a ensuite apporté 678 millions supplémentaires, rattachés aux ressources disponibles en 2026.
Pour 2027, la demande atteint 1,374 milliard de dollars en développement, auxquels s’ajoutent 996,5 millions d’achats et 150,5 millions d’avances pour les fabrications suivantes : environ 2,52 milliards au total. Ces sommes sont demandées, non toutes définitivement votées.
Le prix unitaire constitue la véritable ligne rouge
L’objectif initial tournait autour de 25 à 30 millions de dollars par drone, soit environ un tiers du prix d’un F-35 Lightning II. En septembre 2026, l’Air Force indiquait viser désormais moins de 20 millions de dollars par cellule pour les premiers modèles. Elle affirmait que les deux constructeurs respectaient ses critères de coût, sans publier leurs prix contractuels détaillés.
À 20 millions l’unité, mille drones représenteraient 20 milliards de dollars d’acquisition. Ce calcul théorique exclut missiles, stations au sol, logiciels, maintenance et remplacement des pertes. La différence entre un prix de sortie d’usine et le coût complet d’une capacité militaire sera décisive.

Le NGAD illustre le danger d’un chasseur devenu trop cher
Le NGAD, dont le chasseur habité est désormais le Boeing F-47, a été suspendu pour réexamen en 2024. L’ancien secrétaire à l’Air Force Frank Kendall redoutait un appareil atteignant 300 millions de dollars pièce, soit environ trois fois le prix d’un F-35. Ce chiffre était une estimation de conception, pas un dépassement contractuel définitivement constaté.
Relancé en mars 2025, le programme a confié à Boeing un contrat initial estimé à 20 milliards de dollars. Les dépenses de développement du F-47, destiné à succéder au F-22 Raptor, atteignent 3,45 milliards pour 2026 et 5,04 milliards demandés pour 2027. Le budget projeté culmine à 5,25 milliards en 2028, hors certaines dépenses de propulsion distinctes.
L’US Air Force doit donc financer simultanément un chasseur de sixième génération, les CCA, les armes et les infrastructures. Un renchérissement du F-47 pourrait réduire le nombre de drones achetés, même sans dépassement propre au CCA.
Les contrats font émerger deux gagnants industriels
En juin 2026, l’Air Force a retenu General Atomics et Anduril pour produire les premiers lots de CCA. Le FQ-42A Vengeance du premier et le FQ-44A Fury du second doivent constituer une première flotte de plus de 150 appareils avant 2030. Les deux sociétés disposent de contrats ; ni les quantités réparties entre elles ni les montants attribués n’ont été rendus publics.
General Atomics bénéficie de son expérience des drones militaires et revendique une capacité de six FQ-42A par mois, soit 72 par an. Anduril mise sur sa nouvelle usine Arsenal-1, dans l’Ohio, avec un objectif de 150 FQ-44A par an. Ce sont des capacités ou des objectifs industriels, pas des livraisons déjà réalisées.
Anduril a démontré un tir de missile AIM-120 depuis son appareil en juillet. General Atomics a surmonté l’interruption des essais provoquée par l’accident d’un prototype en avril. Les deux drones ont rejoint une unité d’expérimentation opérationnelle à Creech en septembre.
Le logiciel redistribue les bénéfices du programme
L’Air Force achète séparément les cellules et l’autonomie de mission pour éviter qu’un constructeur verrouille les mises à jour. Six entreprises sont qualifiées : Anduril, General Atomics, Lockheed Martin, Northrop Grumman, RTX Collins Aerospace et Shield AI.
Anduril, Shield AI et Collins Aerospace ont obtenu les premières options de développement logiciel. Leurs systèmes respectifs, Lattice, Hivemind et Sidekick, concourent pour la sélection principale attendue à l’été 2027. Les revenus futurs dépendront notamment des licences et des performances opérationnelles, et non du seul nombre d’avions vendus.
Boeing est l’autre grand bénéficiaire de la modernisation : après le F-47, il a remporté en septembre 2026 le contrat de développement du F/A-XX de l’US Navy, évalué à 20 milliards de dollars. Cette double victoire renforce son activité militaire, mais concentre aussi les risques de capacités industrielles et de recrutement.
La Chine impose un rythme que le financement américain doit suivre
Selon les estimations du Royal United Services Institute, la Chine disposait fin 2025 de 320 à 350 chasseurs J-20 et aurait atteint une cadence voisine de 120 appareils par an. Ces chiffres, concernant l’un des principaux modèles d’avions de chasse chinois, restent des évaluations en sources ouvertes. Ils expliquent pourquoi Washington cherche de la masse plutôt qu’une flotte exclusivement composée de chasseurs coûteux.
L’Air Force prévoit désormais 500 CCA d’ici 2032, puis une flotte d’environ 1 000. Mais le budget fédéral 2027 n’était pas adopté en octobre 2026. La reconduction provisoire des anciens crédits empêche d’engager normalement de nouveaux achats de série. Les industriels peuvent avancer sur fonds propres ; ils ne peuvent financer durablement une flotte nationale.
Le véritable test sera celui du coût en escadrille
Un Loyal Wingman doit fonctionner malgré le brouillage, les communications intermittentes et les limites de l’intelligence artificielle. Ajouter des capteurs, du carburant, des dispositifs de furtivité ou des capacités de calcul accroît vite son prix. Le drone « sacrifiable » devient alors trop cher pour être perdu.
Le succès du CCA ne se mesurera pas au nombre de prototypes ni au nombre de contrats. Il faudra démontrer qu’une escadrille associant chasseurs pilotés et drones fournit davantage d’effets militaires, pour un coût de possession et un risque humain inférieurs. C’est sur ce résultat, et non sur le seul prix d’achat, que Washington pourra réellement répondre à la montée en puissance chinoise.
Les sources
- US Air Force, « Air Force Advances Future of Air Superiority with CCA Contracts », 17 juin 2026.
- US Air Force, « SecAF Announces Names of New Collaborative Combat Aircraft », 14 septembre 2026.
- Congressional Research Service, « U.S. Air Force Collaborative Combat Aircraft (CCA) », rapport IF12740, 28 novembre 2025.
- Department of the Air Force, « FY 2027 President’s Budget », documents budgétaires officiels, avril 2026.
- Air & Space Forces Magazine, « Competition Defines New Collaborative Combat Aircraft Program Now, But Not Forever », 18 septembre 2023.
- Air & Space Forces Magazine, « What the F-47’s Projected Budget Suggests About Its Development », 4 mai 2026.
- Defense News, « Boeing Wins Contract for NGAD Fighter Jet, Dubbed F-47 », 21 mars 2025.
- Defense News, « US Air Force Awards First CCA Production Contracts to General Atomics, Anduril », 18 juin 2026.
- National Defense, « Air Force Sets Up Continuous CCA Software Contest as Aircraft Production Begins », 2 septembre 2026.
- Air & Space Forces Magazine, « CCA Builders Start Revving Production Rates, as They Await 2027 Funding », 23 septembre 2026.
- Air & Space Forces Magazine, « Air Force, Industry Fear Continuing Resolution Could Hinder CCA Production », 28 septembre 2026.
- Reuters, « Boeing Wins US Navy’s Next-Generation Fighter Contract, Pentagon Says », 29 septembre 2026.
- Royal United Services Institute, Justin Bronk, « The Evolution of Russian and Chinese Air Power Threats », 8 janvier 2026.