Londres lance la production de 40 radars ECRS Mk2 pour le Typhoon. Un saut AESA et guerre électronique qui pèse sur la dissuasion et l’export.
En résumé
Le Royaume-Uni vient de franchir un cap majeur dans la modernisation de sa défense aérienne. Le 22 janvier, le Ministry of Defence a attribué un contrat de 453,5 millions de livres à un consortium mené par BAE Systems et Leonardo UK, avec Parker Meggitt, pour la production complète de 40 radars ECRS Mk2 destinés à la flotte de Typhoon de la RAF. L’enjeu est simple : garder un avion de combat pertinent face à des menaces plus rapides, plus nombreuses et mieux protégées. Le ECRS Mk2 n’est pas un simple radar plus performant. Il combine détection et fonctions avancées de guerre électronique, avec la capacité d’agir sur le spectre électromagnétique tout en poursuivant des cibles. C’est cette polyvalence qui change l’équilibre tactique. Au-delà du combat, le contrat sécurise plus de 1 300 emplois hautement qualifiés et renforce une base industrielle clé en Écosse et en Angleterre. Le Typhoon, souvent présenté comme “mature”, prouve qu’il peut encore évoluer profondément, et rester un levier de puissance crédible pour Londres.
Le contrat britannique qui verrouille une modernisation longtemps attendue
Le chiffre est net : 453,5 millions de livres. Le signal politique aussi. Le Royaume-Uni a officiellement lancé la production série du ECRS Mk2 pour équiper sa flotte de Typhoon. Derrière l’annonce, il y a une décision lourde, préparée depuis plusieurs années, et souvent repoussée au gré des arbitrages budgétaires.
Le choix n’est pas seulement technique. Il est stratégique. La RAF garde le Typhoon comme pilier de la police du ciel, de l’alerte rapide et d’une partie des missions d’entrée en premier. Dans ce rôle, un radar plus puissant et plus intelligent n’est pas un “plus”. C’est une condition de survie opérationnelle.
Le contrat porte sur 40 radars “production standard” et des équipements associés. Une nuance importante circule dans les détails industriels : 38 radars seraient destinés à l’intégration sur les avions de Tranche 3, avec des unités supplémentaires pour la réserve, la qualification ou le soutien. Ce type de logique est classique. On ne modernise pas une flotte sans prévoir des rechanges et des bancs de test.
Autre point à retenir : les premières livraisons ne sont pas annoncées “demain matin”. Les autorités parlent d’une entrée en livraison “plus tard dans la décennie”. C’est cohérent avec un programme radar complexe, qui exige essais, validation en vol, intégration avionique et industrialisation.
Le saut technologique qu’apporte un radar AESA de nouvelle génération
Pour comprendre l’impact, il faut sortir du slogan “AESA = mieux”. Un radar AESA ne se contente pas d’être plus moderne qu’un radar mécanique. Il change la façon de combattre.
La différence entre balayage mécanique et balayage électronique
Le radar Captor-M historique du Typhoon repose sur une antenne mécanique. Elle “regarde” une zone en orientant physiquement son faisceau. Le principe fonctionne, mais impose des limites : vitesse de balayage, flexibilité, capacité à faire plusieurs tâches en même temps.
Un AESA fonctionne autrement. Le faisceau est orienté électroniquement, sans mouvement physique de l’antenne. Résultat immédiat :
- la recherche est plus rapide,
- le suivi multi-cibles est plus solide,
- la résistance au brouillage progresse,
- les modes air-air et air-sol peuvent être enchaînés plus efficacement.
Ce n’est pas magique. C’est de l’ingénierie de puissance, de traitement du signal, et de gestion fine du spectre.
La logique du “multi-mission” au même instant
Le point fort du ECRS Mk2 est précisément sa capacité annoncée à faire du radar et de la guerre électronique de façon simultanée. C’est ici que le Typhoon “change de catégorie” : l’avion peut chercher, identifier, poursuivre et engager, tout en émettant des effets sur le spectre.
Cela ouvre des scénarios plus offensifs. Dans une guerre moderne, survivre ne dépend pas uniquement de la furtivité. Survivre dépend aussi de la capacité à perturber l’adversaire, à dégrader ses capteurs, et à créer de l’incertitude.
Les fonctions de guerre électronique qui transforment le Typhoon en système d’attaque
Le discours officiel insiste sur un point : le radar ne sert pas seulement à “voir loin”. Il sert aussi à agir.
La promesse centrale, c’est l’attaque électronique intégrée. Un radar devient alors un outil de pression sur l’ennemi, pas seulement un capteur.
Une capacité qui vise clairement le SEAD
Dans le vocabulaire des forces aériennes, on parle de SEAD : neutralisation ou réduction des défenses aériennes adverses. Le ECRS Mk2 est présenté comme capable de localiser des émetteurs, de contribuer à l’identification, et de perturber des systèmes sol-air grâce à des émissions puissantes et adaptatives.
Dit autrement : un Typhoon équipé peut contribuer à “ouvrir une porte” pour d’autres plateformes, ou pour lui-même, en rendant la réaction adverse moins fiable.
Cette idée est importante pour la RAF. Le Royaume-Uni ne veut pas dépendre uniquement d’une seule famille d’avions pour “faire l’entrée”. Il cherche une capacité de combat cohérente, dans laquelle le Typhoon reste utile quand le ciel devient hostile.
Une survivabilité qui passe par le spectre, pas seulement par la vitesse
La guerre électronique n’est pas un gadget. Le brouillage, la déception et la gestion du spectre déterminent souvent qui tire en premier, et qui survit après le premier échange.
Les conflits récents ont rendu cette réalité plus visible : les radars sont chassés, le spectre est saturé, et les plateformes qui ne savent pas opérer dans le brouillard électromagnétique deviennent aveugles.
Le ECRS Mk2 vise à réduire cette vulnérabilité. Il ne rend pas un avion invincible. Il rend l’adversaire moins certain de sa propre image tactique.
Les conséquences directes pour la RAF et ses missions quotidiennes
La RAF ne modernise pas pour une brochure. Elle modernise pour ses missions réelles : alerte, dissuasion, projection.
Une police du ciel plus robuste face aux menaces complexes
Le Typhoon reste l’avion principal de l’alerte britannique. À ce titre, un radar plus performant améliore :
- la détection de cibles rapides,
- l’identification plus tôt,
- le suivi plus stable en environnement chargé.
C’est particulièrement utile face aux trajectoires ambiguës et aux comportements “grises” autour de l’espace OTAN. Un meilleur radar donne plus de marge de décision, donc moins de risques d’erreur.
Une aptitude renforcée contre des menaces asymétriques
Le discours britannique fait aussi référence aux drones et aux menaces de saturation. Ici, un radar plus moderne peut aider, mais il ne faut pas vendre un mythe.
Un radar AESA améliore la détection de petites cibles dans certains scénarios, mais la lutte anti-drones dépend aussi :
- des règles d’engagement,
- des munitions disponibles,
- de la capacité à suivre de multiples pistes,
- de la coordination avec sol-air.
Le ECRS Mk2 est un accélérateur, pas une solution unique. Il s’insère dans un ensemble qui inclut la surveillance, les systèmes sol-air et le commandement.
Un Typhoon qui reste crédible en coalition
Le Royaume-Uni opère rarement seul. L’intérêt d’un radar avancé, c’est aussi l’interopérabilité. Un Typhoon modernisé peut contribuer à la situation tactique commune, à la localisation de menaces, et à la coordination de missions multi-appareils.
Le “combat collaboratif” n’est pas réservé aux drones. C’est aussi la capacité de plusieurs plateformes à partager une image cohérente et à se distribuer les rôles.

L’effet industriel : emplois, compétences et souveraineté technologique
L’un des axes les plus martelés par Londres est l’emploi : plus de 1 300 postes hautement qualifiés sécurisés, parfois annoncés à plus de 1 500 selon les communications publiques.
Ce chiffre n’est pas une décoration. Il reflète une réalité : un radar AESA moderne demande des compétences rares.
- conception RF,
- électronique de puissance,
- micro-ondes,
- logiciels temps réel,
- intégration avionique,
- tests en environnement électromagnétique complexe.
Le Royaume-Uni a un intérêt à maintenir ces savoir-faire sur son sol. Non seulement pour le Typhoon, mais aussi pour les programmes futurs.
Ce contrat stabilise aussi des sites industriels stratégiques, notamment en Écosse, tout en irriguant une chaîne de sous-traitance. La défense moderne n’est plus seulement une affaire d’usines. C’est une affaire d’écosystèmes.
Le rôle de l’Italie et de Leonardo dans un programme “UK-led” mais européen
Le duo BAE–Leonardo mérite d’être lu correctement. Le leadership est britannique, mais Leonardo est un acteur clé du radar, de la conception à la fabrication de certaines briques majeures.
C’est une coopération industrielle qui reflète aussi l’histoire du Typhoon : un avion européen, mais des standards parfois différents selon les pays.
D’ailleurs, il existe plusieurs variantes ECRS :
- des versions déjà livrées à certains clients export,
- des versions prévues pour d’autres partenaires,
- et cette version Mk2, plus spécifique aux besoins britanniques.
Cette fragmentation a un coût. Mais elle permet aussi d’adapter le produit à une doctrine. Le Royaume-Uni veut un Typhoon plus offensif dans le spectre, avec une valeur ajoutée nette en suppression de défenses aériennes.
Les impacts sur l’export : pourquoi un radar peut relancer un avion “mature”
Un avion de chasse ne se vend pas seulement sur sa cellule. Il se vend sur sa trajectoire d’évolution. Un client achète une capacité, mais aussi une promesse : tenir 20 ans, recevoir des upgrades, rester soutenu.
Avec le ECRS Mk2, le Typhoon se redonne une carte. Il peut être présenté comme un appareil plus pertinent dans des environnements contestés, avec une polyvalence radar + électronique qui parle à beaucoup d’armées.
Il y a un autre effet : un standard national pousse parfois d’autres clients à s’aligner. Les pays veulent souvent éviter d’être seuls avec une configuration exotique. Si la RAF met en service le Mk2, cela peut servir de vitrine technique, voire d’argument politique.
La question que personne ne peut éviter : le rapport coût-efficacité
Il faut être direct. 453,5 millions de livres pour 40 radars, c’est un effort sérieux. Rapporté “par radar”, cela semble élevé, même si le contrat comprend la production, l’intégration, le soutien et des équipements associés.
La vraie métrique est ailleurs : combien de Typhoon réellement transformés ? Quelle disponibilité ? Quelle facilité de maintenance ? Quelle capacité EW réellement démontrée en exercices ?
Si le Mk2 apporte une vraie rupture en capacité de mission, le coût devient rationnel. Si l’intégration devient longue et compliquée, le programme sera critiqué, même si la technologie est excellente.
La trajectoire que Londres dessine pour le Typhoon jusqu’aux années 2030
Cette modernisation s’inscrit dans un contexte plus large : le Typhoon doit rester un pilier “durable” pendant que d’autres programmes montent en puissance. Le Royaume-Uni investit sur plusieurs horizons.
Le ECRS Mk2 agit comme un pont technologique :
- il maintient une capacité de haute intensité,
- il garde une base industrielle active,
- il prépare les générations suivantes.
Ce n’est pas une fin de cycle. C’est une adaptation en milieu de cycle, dans un monde où le spectre électromagnétique devient aussi décisif que la cinématique.
Ce que ce radar raconte vraiment sur l’Europe de la défense
Le Royaume-Uni modernise le Typhoon pour une raison simple : les menaces montent, et le temps long industriel impose d’anticiper. Mais ce contrat dit aussi autre chose : la puissance aérienne européenne ne peut plus se limiter à la plateforme. Elle doit maîtriser le capteur, la guerre électronique, le logiciel et la production.
Si le ECRS Mk2 tient ses promesses, le Typhoon britannique ne sera pas seulement “un avion encore capable”. Il deviendra un outil plus dangereux, plus complexe à contrer, et plus utile en coalition. Ce n’est pas spectaculaire comme une nouvelle cellule furtive, mais c’est exactement le type de modernisation qui fait basculer un rapport de force, silencieusement, dans le bon sens.
Sources
- Reuters — “UK to spend $608 million on radar upgrade for Typhoon fighter jet”
- Defence Equipment & Support (DE&S) — “State-of-the-art radar production contract secures 1300 UK defence jobs”
- UK Government (GOV.UK) — “Half a billion investment to upgrade RAF Typhoons and secure 1500 British jobs”
- BAE Systems — “New investment to deliver advanced radar for Royal Air Force Typhoon fleet”
- Leonardo UK — “UK government confirms £453m investment in radar for Royal Air Force Typhoon fleet”
- FlightGlobal — “UK signs ECRS Mk2 radar production deal for Royal Air Force’s Tranche 3 Typhoon upgrade”
- Eurofighter — “On Our Radar | Eurofighter Typhoon (ECRS Mk2 overview)”
- The Aviationist — “New RAF Typhoon ECRS Mk2 AESA Radar Upgrade Contract Awarded”
- Journal of Electronic Defense — “Typhoon Profile: ECRS Radars Introduce Electronic Attack Functionality”
- European Security & Defence — “Leonardo Delivers First ECRS Mk2 Radar to BAE Systems”
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