La Belgique achète le F-35, mais n’a pas le ciel pour l’entraîner

F-35 Belgique

En 2025, la Belgique admet que son espace aérien est trop réduit pour entraîner ses F-35. Un aveu révélateur des limites opérationnelles et budgétaires.

En résumé

L’aveu du ministère belge de la Défense en 2025 a provoqué moqueries et interrogations : l’espace aérien belge est trop petit pour entraîner correctement les F-35 nouvellement acquis. Ce constat n’est pas anecdotique. Il met en lumière un décalage profond entre les capacités réelles d’un avion de chasse de cinquième génération et la géographie opérationnelle d’un petit État européen densément peuplé. Avec une vitesse supersonique, un rayon d’action étendu et des besoins complexes en entraînement air-air et air-sol, le F-35 exige des volumes de manœuvre que la Belgique ne peut offrir seule. Résultat : dépendance accrue vis-à-vis de pays voisins, coûts indirects en hausse, et questionnement sur la pertinence stratégique de cet achat. Derrière la formule caricaturale du « ciel trop petit », se dessine un débat sérieux sur l’efficacité militaire, la souveraineté opérationnelle et l’adéquation entre doctrine, budget et territoire.

Le constat officiel d’un espace aérien inadapté

En 2025, le ministère de la Défense de Belgique reconnaît publiquement une contrainte structurelle : le territoire national ne permet pas des vols d’entraînement complets pour le F-35. La superficie du pays atteint environ 30 700 km², avec une largeur maximale d’environ 280 km. À vitesse subsonique élevée, un avion de chasse moderne traverse ce volume en quelques minutes. À vitesse supersonique, la traversée se compte en secondes.

Cette réalité n’est pas nouvelle pour les forces aériennes belges. Elle existait déjà avec les F-16. Mais elle devient critique avec un appareil dont la doctrine d’emploi repose sur la fusion de capteurs, les manœuvres à longue distance et la gestion simultanée de multiples menaces. Le problème n’est pas seulement la vitesse, mais le volume tridimensionnel nécessaire pour simuler des engagements crédibles.

Les caractéristiques du F-35 et leurs exigences spatiales

Le F-35A, version choisie par la Belgique, est un avion de chasse capable d’atteindre Mach 1,6 (environ 1 975 km/h à altitude). Son rayon d’action dépasse 1 000 km en mission air-air sans ravitaillement, et son plafond opérationnel avoisine 15 000 m (49 000 ft).

Un entraînement réaliste implique :

  • des phases de transit,
  • des zones de patrouille,
  • des volumes de combat simulé,
  • des corridors de sécurité pour la furtivité et les capteurs.

Or, en Belgique, la densité du trafic civil, la proximité immédiate des frontières et la faible profondeur stratégique limitent drastiquement ces scénarios. Même en configurant des zones réservées, le temps utile d’entraînement reste court et fragmenté.

La comparaison avec les autres avions de la composante air

Les F-16 précédemment exploités par la Belgique présentaient déjà des contraintes similaires, mais leur doctrine d’emploi était plus tolérante. Moins furtifs, moins dépendants de capteurs intégrés, ils permettaient des entraînements plus courts et plus segmentés.

Avec le F-35, la situation change. L’appareil n’est pas conçu pour des vols circulaires dans un espace restreint, mais pour des missions intégrées sur de vastes théâtres. Comparé à des avions européens comme le Rafale ou l’Eurofighter Typhoon, le F-35 se distingue par une dépendance accrue à la cohérence du scénario et à la durée des phases tactiques. Cela renforce la pression sur l’espace disponible.

La dépendance envers les pays voisins

Face à cette impasse géographique, la Belgique doit négocier des accords permanents avec ses voisins, notamment France et Pays-Bas. Ces coopérations permettent l’accès à des espaces aériens plus vastes, des zones maritimes ou des polygones de tir.

Cette solution est pragmatique, mais elle pose plusieurs problèmes. D’abord, elle réduit l’autonomie d’entraînement. Ensuite, elle introduit des contraintes diplomatiques et calendaires. Enfin, elle génère des coûts indirects : déplacements, carburant, coordination, adaptation des scénarios.

Sur le plan militaire, cela signifie que la montée en compétence des pilotes dépend d’agendas étrangers, ce qui est loin d’être neutre en cas de tension régionale ou de crise.

Les conséquences sur le niveau d’entraînement réel

Un pilote de F-35 doit accumuler un volume d’heures significatif dans des conditions proches du combat. Lorsque l’entraînement est fragmenté, raccourci ou déplacé à l’étranger, la continuité pédagogique en souffre. Les vols deviennent plus coûteux et moins fréquents.

La simulation compense partiellement ces limites. Le F-35 dispose de capacités avancées de simulation embarquée. Mais aucun simulateur ne remplace totalement un entraînement en conditions réelles, notamment pour la gestion du stress, de la météo et du trafic.

À terme, le risque est clair : un avion technologiquement avancé, mais sous-exploité par manque d’environnement adapté.

Le poids budgétaire d’un choix contesté

L’acquisition des F-35 représente un investissement de plusieurs milliards d’euros sur la durée de vie du programme. À cela s’ajoutent les coûts de maintenance, de mise à jour logicielle et d’infrastructure. Lorsque l’entraînement doit être externalisé, la facture s’alourdit encore.

La question devient alors politique : le contribuable finance-t-il un outil dont l’utilisation optimale n’est pas possible sur le territoire national ? L’argument de l’interopérabilité avec l’OTAN est souvent avancé. Il est réel. Mais il ne répond pas entièrement à la problématique de l’efficacité quotidienne.

La pertinence d’autres choix capacitaires

Avec le recul, certains experts estiment que des avions moins exigeants en volume aérien auraient été plus cohérents avec la géographie belge. Des appareils multirôles de génération précédente, modernisés, offrent des capacités crédibles pour la police du ciel et la défense collective, à un coût opérationnel inférieur.

Cela ne signifie pas que le F-35 soit inefficace en soi. Mais son adéquation avec un petit espace aérien est discutable. La question n’est pas technologique, elle est stratégique et territoriale.

F-35 Belgique

Un symbole des limites européennes

Le cas belge dépasse le simple cadre national. Il illustre une tension récurrente en Europe : l’adoption de systèmes conçus pour des puissances disposant de vastes espaces, sans adaptation suffisante aux réalités locales. Dans ce contexte, la coopération devient indispensable, mais elle ne remplace pas une réflexion doctrinale approfondie.

Admettre que le ciel est trop petit n’est pas un aveu d’échec technique. C’est le révélateur d’un décalage entre ambition, moyens et géographie. À long terme, cette lucidité pourrait nourrir des choix plus réalistes, à condition qu’elle ne reste pas un simple sujet de dérision médiatique.

Sources

Communiqués du ministère belge de la Défense
Données publiques sur les performances du F-35A
Rapports parlementaires belges sur le programme F-35
Analyses doctrinales OTAN sur l’entraînement aérien en Europe

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