Le Caire et Pékin ont lancé leur premier exercice aérien conjoint majeur. Avions engagés, missions, message stratégique et effets régionaux.
En résumé
Le 1er janvier 2026, l’Egyptian Air Force et la People’s Liberation Army Air Force ont entamé leur premier exercice aérien conjoint d’ampleur. Cet événement marque un tournant visible dans la relation militaire entre l’Égypte et la Chine, jusqu’ici surtout cantonnée aux domaines industriel et diplomatique. L’exercice, conduit depuis des bases égyptiennes, met en œuvre des avions de combat, des appareils de soutien et des missions complexes allant de la supériorité aérienne à la coordination air-sol. Au-delà de l’entraînement, le message est politique et stratégique. Le Caire diversifie ses partenariats militaires, tandis que Pékin étend sa présence opérationnelle au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Dans une région déjà sous tension, ce rapprochement aérien introduit un nouvel acteur crédible dans les équilibres de puissance et interroge directement les partenaires traditionnels de l’Égypte, au premier rang desquels les États-Unis.
Le lancement d’un exercice symbolique et calculé
Le choix du 1er janvier 2026 n’est pas anodin. Il s’agit d’un signal clair, envoyé dès le début de l’année, montrant que le rapprochement militaire entre Le Caire et Pékin n’est plus théorique. Jusqu’ici, les interactions aériennes se limitaient à des visites officielles, des démonstrations statiques et des coopérations industrielles ponctuelles. Cette fois, il s’agit d’un exercice aérien conjoint majeur, avec déploiement réel de moyens et scénarios tactiques complets.
Pour l’Égypte, accepter un tel exercice implique d’ouvrir ses bases, ses procédures et une partie de sa doctrine à un partenaire non occidental. Pour la Chine, c’est l’opportunité de démontrer sa capacité à opérer loin de son territoire, dans un environnement aérien dense et politiquement sensible. Le caractère inédit de l’exercice réside autant dans son ampleur que dans sa nature opérationnelle.
Les moyens aériens engagés et leur portée militaire
Les avions chinois déployés
La People’s Liberation Army Air Force a engagé des chasseurs multirôles de génération récente, principalement des J-10C, accompagnés d’avions de soutien. Le J-10C, équipé d’un radar AESA et de missiles air-air à longue portée, représente aujourd’hui l’épine dorsale des unités de chasse chinoises déployables. Son rayon d’action dépasse 1 200 kilomètres (environ 750 miles) avec réservoirs externes, ce qui impose une logistique sérieuse pour un déploiement aussi éloigné.
La présence d’avions de transport et de soutien logistique chinois souligne un point clé : Pékin ne cherche plus seulement à montrer ses chasseurs, mais sa capacité à soutenir une opération aérienne complète hors zone Asie-Pacifique.
Les moyens égyptiens engagés
Côté égyptien, l’exercice mobilise une flotte volontairement hétérogène, reflet de la stratégie d’acquisition du Caire. Des Rafale français, des MiG-29M/M2 d’origine russe et des F-16 américains participent aux scénarios. Cette diversité n’est pas décorative. Elle permet de tester l’interopérabilité interne de l’Egyptian Air Force face à un partenaire extérieur unique.
Le Rafale, avec son radar AESA et ses capacités de fusion de données, joue un rôle central dans les missions de commandement tactique. Les MiG-29M, plus rustiques mais robustes, sont employés dans des scénarios de supériorité aérienne classique, tandis que les F-16 assurent des missions de soutien et d’escorte.
Les missions réalisées et leur niveau de complexité
Les scénarios air-air
Les premiers jours de l’exercice sont consacrés à des missions de combat aérien. Dogfights simulés, interceptions à moyenne distance et coordination de patrouilles mixtes figurent au programme. Ces scénarios permettent aux équipages d’évaluer les différences de doctrine, de communication et de gestion de l’espace aérien.
Les échanges sont particulièrement instructifs sur la gestion des engagements au-delà de la portée visuelle, domaine dans lequel la Chine cherche à démontrer la maturité de ses capteurs et de ses missiles.
Les missions air-sol et multi-domaines
L’exercice ne se limite pas au ciel. Des missions air-sol simulées sont intégrées, avec désignation d’objectifs, frappes coordonnées et protection de forces au sol fictives. Cette dimension est essentielle pour l’Égypte, qui fait face à des menaces hybrides sur plusieurs fronts, notamment dans la région du Sinaï et aux frontières libyenne et soudanaise.
La Chine, de son côté, teste la coordination entre chasseurs et plateformes de commandement dans un environnement désertique, très différent des théâtres asiatiques habituels.
La coordination et le commandement
Un aspect central de l’exercice réside dans la coordination du commandement. Langue, procédures radio, règles d’engagement et hiérarchies décisionnelles sont autant de points sensibles. Le simple fait de mener des missions complexes sans incident majeur constitue déjà un succès opérationnel pour les deux forces.

Les motivations stratégiques du Caire
Pour l’Égypte, ce rapprochement avec la Chine s’inscrit dans une logique de diversification stratégique. Le Caire dépend historiquement des États-Unis pour une partie de son équipement et de son soutien militaire. Or, cette dépendance est perçue comme une vulnérabilité politique, notamment face aux conditionnalités liées aux droits humains ou à certaines orientations diplomatiques.
En multipliant les partenariats avec la France, la Russie et désormais la Chine, l’Égypte cherche à élargir sa marge de manœuvre. Un exercice aérien conjoint avec Pékin envoie un message clair : Le Caire dispose d’alternatives crédibles et n’entend pas se laisser enfermer dans une relation exclusive.
Les objectifs chinois au Moyen-Orient et en Afrique du Nord
Pour la Chine, cet exercice dépasse largement le cadre bilatéral. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de projection d’influence militaire, en cohérence avec ses intérêts économiques et politiques. L’Égypte occupe une position géographique clé, au croisement de l’Afrique, du Moyen-Orient et des routes maritimes stratégiques.
En menant un exercice aérien conjoint de grande ampleur, Pékin démontre sa capacité à opérer dans une région traditionnellement dominée par les forces occidentales. Il s’agit d’un signal stratégique adressé autant aux partenaires régionaux qu’aux États-Unis et à leurs alliés.
L’impact régional et les réactions attendues
Ce rapprochement ne passe pas inaperçu. Pour les pays du Golfe, déjà engagés dans des coopérations militaires avec la Chine, l’exercice Égypte–Chine confirme la crédibilité croissante de Pékin comme partenaire sécuritaire. Pour Israël, l’événement est observé avec attention, car il modifie indirectement l’équilibre aérien régional.
Du côté américain, la réaction officielle reste mesurée, mais les cercles militaires suivent de près cette évolution. Un exercice aérien conjoint de cette nature remet en question le monopole occidental sur la formation et l’interopérabilité aérienne au Moyen-Orient.
Ce que révèle cet exercice sur l’évolution des équilibres
L’exercice Égypte–Chine n’est ni anecdotique ni purement symbolique. Il révèle une recomposition progressive des partenariats militaires dans une région clé. L’aviation, par sa visibilité et son rôle central dans les conflits modernes, est un vecteur idéal pour afficher ces changements.
Si cet exercice reste ponctuel, son impact sera limité. En revanche, s’il devient récurrent, il pourrait ouvrir la voie à des coopérations plus profondes, incluant la formation, le soutien logistique et peut-être, à terme, des ventes d’avions de combat chinois au Caire.
Le ciel égyptien est devenu, le temps de quelques semaines, un laboratoire stratégique. Les équilibres régionaux n’ont pas basculé, mais une ligne a été franchie. Et elle sera désormais difficile à effacer.
Sources
– Communiqués officiels des ministères de la Défense égyptien et chinois, janvier 2026.
– Analyses militaires régionales publiées par des centres de recherche spécialisés en sécurité du Moyen-Orient.
– Données techniques publiques sur les flottes aériennes égyptiennes et chinoises.
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