Pourquoi l’US Navy transforme ses porte-avions après le Super Hornet

Super Hornet

L’US Navy transforme ses Carrier Air Wings : F-35C, F/A-XX, drones et Super Hornet Block III redessinent la puissance aéronavale américaine.

En résumé

L’US Navy a engagé une transformation profonde de ses groupes aériens embarqués. Mais parler d’un retrait imminent du F/A-18E/F Super Hornet serait inexact. Le chasseur de Boeing restera un élément majeur des Carrier Air Wings pendant les années 2030 et conservera une capacité opérationnelle jusque dans les années 2040. Le changement se joue ailleurs. La Navy réduit progressivement la dépendance à un appareil qui assurait à lui seul la chasse, la frappe et même une partie du ravitaillement en vol. Le F-35C apporte la furtivité et la fusion de données. Le MQ-25A Stingray doit reprendre le ravitaillement. Et Boeing vient d’être sélectionné pour développer le F/A-XX, futur chasseur embarqué de sixième génération. L’objectif n’est donc pas simplement de remplacer le Super Hornet. Il s’agit de reconstruire le Carrier Air Wing autour d’un système de systèmes, mêlant avions pilotés, capteurs distribués et plateformes sans pilote.

Le Super Hornet reste au cœur des Carrier Air Wings

Le F/A-18 Super Hornet n’est pas encore un avion en fin de carrière opérationnelle. Entré en service dans l’US Navy en 1999 et déployé pour la première fois à bord de l’USS Abraham Lincoln en 2002, il constitue toujours l’ossature de la chasse embarquée américaine.

La structure actuelle d’un Carrier Air Wing l’illustre. Le schéma de référence publié par Naval Air Forces Pacific prévoit environ 44 chasseurs d’attaque répartis entre quatre escadrons. Selon la configuration, un escadron de 12 appareils peut être équipé de F-35C, tandis que les trois autres restent principalement dotés de F/A-18E/F. À cela s’ajoutent généralement cinq EA-18G Growler, quatre E-2D Advanced Hawkeye, des MH-60 et des appareils logistiques.

C’est déjà le modèle observé sur plusieurs groupes aériens. Le Carrier Air Wing 9 embarqué sur l’USS Abraham Lincoln associait ainsi un escadron de F-35C à trois escadrons de Super Hornet. Le Carrier Air Wing 5, basé au Japon et affecté à l’USS George Washington, combine lui aussi F-35C, F/A-18E/F et EA-18G.

Le changement est donc progressif. Le F-35C ne chasse pas immédiatement le Super Hornet du pont. Il vient d’abord travailler avec lui.

Le F-35C remplace progressivement des escadrons de F/A-18E/F

Cette coexistence va toutefois évoluer. La Navy prépare désormais une nouvelle phase de conversion vers le F-35 Lightning II.

Son projet de stationnement prévoit de transformer sept escadrons existants de F/A-18E/F en escadrons de F-35C, soit 70 avions, à raison de dix appareils par unité, sur une période d’environ dix ans. La décision définitive sur l’implantation doit notamment arbitrer entre NAS Lemoore, en Californie, et NAS Oceana, en Virginie.

Le processus est déjà visible. VFA-147 exploite le F-35C au sein du Carrier Air Wing 5. VFA-97 est également passé sur F-35C au sein du Carrier Air Wing 2. En février 2026, VFA-115 a achevé sa propre transition vers l’appareil furtif.

Ce remplacement répond à une logique opérationnelle. Le F-35C peut pénétrer des espaces fortement défendus avec une signature radar réduite. Surtout, ses capteurs et sa fusion de données lui permettent de détecter, classer et transmettre des informations à d’autres avions ou bâtiments du Carrier Strike Group.

Le Super Hornet conserve de son côté des avantages très concrets : charge militaire, disponibilité, polyvalence et maturité logistique. Les deux appareils remplissent donc des fonctions complémentaires plutôt qu’interchangeables.

Super Hornet

Le Block III repousse la retraite du Super Hornet

L’expression « phase-out » doit d’ailleurs être maniée avec prudence. En mars 2024, l’US Navy a encore commandé 17 F/A-18E/F Block III pour 1,3 milliard de dollars. Leur livraison doit commencer durant l’hiver 2026 et s’achever au plus tard au printemps 2027. Il s’agit de la dernière commande américaine connue d’appareils neufs.

La fin de la production n’est toutefois pas la fin du service.

Le programme Service Life Modification transforme des cellules initialement dimensionnées pour environ 6 000 heures de vol afin de porter leur potentiel jusqu’à 10 000 heures. Les appareils modernisés reçoivent aussi progressivement les éléments du standard Block III : cockpit numérique panoramique, architecture informatique modernisée, capacités réseau renforcées et réduction de certaines signatures radar. En avril 2026, Fleet Readiness Center Southwest a achevé sa première transformation Block III entièrement réalisée en interne.

La Navy indique désormais que le Super Hornet restera un appareil important des Carrier Air Wings jusque dans les années 2030 et conservera une capacité de combat significative jusque dans les années 2040.

La plateforme continue même de recevoir de nouvelles armes. En février 2026, l’US Navy a déclaré opérationnelle sur F/A-18E/F la GBU-53/B StormBreaker, ou Small Diameter Bomb II, capable d’engager des cibles mobiles ou fixes par mauvais temps.

Le MQ-25 retire au Super Hornet l’une de ses missions les plus coûteuses

La transformation du Carrier Air Wing ne concerne pas seulement le remplacement des chasseurs. Elle modifie aussi leur emploi.

Pendant des années, des Super Hornet ont assuré le ravitaillement en vol de leurs propres formations grâce au système « buddy tanker ». C’est efficace, mais coûteux. Chaque F/A-18 mobilisé comme ravitailleur est indisponible pour une mission de combat et accumule des heures de vol.

Le MQ-25A Stingray doit progressivement récupérer cette fonction. La Navy a franchi le Milestone C en mai 2026 avant de commander en septembre les trois premiers appareils de production à faible cadence. Les premières livraisons de ce lot sont désormais prévues en 2029. Le programme porte actuellement sur 76 appareils, prototypes et avions d’essais compris.

L’enjeu dépasse le drone lui-même. En retirant des missions de ravitaillement aux Super Hornet, le MQ-25 doit libérer davantage de chasseurs pour la frappe, préserver leurs cellules et augmenter le rayon opérationnel du Carrier Air Wing.

C’est l’une des transformations les plus importantes de l’aviation embarquée américaine : chaque plateforme devient plus spécialisée, mais l’ensemble du groupe aérien devient plus intégré.

Le F/A-XX devient désormais le véritable successeur

La dernière pièce du dispositif vient de tomber.

Le 29 septembre 2026, l’US Navy a sélectionné Boeing pour développer le F/A-XX, son futur chasseur embarqué de sixième génération. Le contrat de développement représente environ 20 milliards de dollars et comprend plusieurs appareils d’essais destinés aux campagnes de qualification, d’intégration des systèmes et d’armement.

Cette décision clarifie considérablement la succession du Super Hornet. Le F-35C doit augmenter la proportion d’avions furtifs dans les Carrier Air Wings, mais le F/A-XX constitue le successeur direct à long terme du F/A-18E/F.

Peu de caractéristiques détaillées sont publiques. La Navy met cependant en avant une portée supérieure, une architecture ouverte, de nouveaux systèmes de mission et une capacité à travailler avec des plateformes pilotées et non pilotées. Le programme doit commencer à remplacer les Super Hornet durant les années 2030.

Le futur groupe aérien ne reposera donc probablement plus sur un seul chasseur multirôle dominant comme le Super Hornet. Il combinera plusieurs niveaux de capacités : F-35C pour la pénétration furtive et la collecte de renseignement, F/A-XX pour le combat aérien de nouvelle génération, EA-18G ou son successeur pour la guerre électronique, E-2D pour le commandement aérien et plateformes sans pilote pour le ravitaillement et, à terme, d’autres missions.

La fin d’une domination plutôt que la disparition d’un avion

Le changement engagé par l’US Navy est plus profond qu’un simple remplacement de cellule.

Pendant près de deux décennies, le F/A-18E/F a pu assurer presque toutes les missions de combat d’un porte-avions : interception, supériorité aérienne, frappe terrestre, lutte antinavire, reconnaissance et ravitaillement. Cette concentration était remarquablement efficace, mais elle reposait lourdement sur une seule famille d’appareils.

La future aviation embarquée américaine suit une autre logique. La furtivité revient au F-35C. Le ravitaillement passe au MQ-25. La guerre électronique reste confiée à l’EA-18G. Le F/A-XX doit apporter portée et supériorité aérienne face aux menaces des prochaines décennies.

Le catalogue des avions de chasse modernes montre à quel point cette évolution reflète une tendance plus large : les performances d’un avion isolé comptent moins qu’autrefois. La capacité décisive se trouve désormais dans la connexion entre capteurs, armes, avions et systèmes sans pilote.

Le Super Hornet ne disparaît donc pas. Il perd progressivement son statut d’appareil autour duquel tout le Carrier Air Wing était construit. Et c’est probablement cela, bien davantage que la fermeture prochaine de sa chaîne de production américaine, qui marque réellement la fin d’une époque.

A propos de admin 2560 Articles
Avion-Chasse.fr est un site d'information indépendant dont l'équipe éditoriale est composée de journalistes aéronautiques et de pilotes professionnels.