Le Rafale entre dans la course au remplacement des F-16 portugais

Dassault Rafale

Dassault propose le Rafale pour remplacer les F-16 portugais et prépare avec Thales et Safran une coopération industrielle au Portugal.

En résumé

Dassault Aviation vient de franchir une nouvelle étape au Portugal. Le 23 septembre 2026, le constructeur français a signé avec AED Cluster Portugal un protocole d’accord destiné à préparer une coopération industrielle autour du Rafale, au nom également de ses partenaires Thales et Safran. L’accord fait suite à une offre Rafale remise officiellement en juillet au gouvernement et à la Força Aérea Portuguesa. Mais Lisbonne n’a encore lancé aucun appel d’offres et n’a choisi aucun appareil. Le remplacement des F-16 portugais se dessine désormais autour de quatre avions publiquement évoqués : le Rafale, le Lockheed Martin F-35A, le Saab Gripen E/F et l’Eurofighter Typhoon. Au-delà des performances militaires, les industriels cherchent déjà à démontrer leur capacité à associer le Portugal à la production, à la maintenance et aux technologies du futur système de combat. La compétition se joue donc autant dans les usines que dans le ciel.

Le protocole avec AED installe officiellement le Rafale au Portugal

La signature a eu lieu le 23 septembre à l’ambassade de France à Lisbonne. Dassault Aviation représentait également Thales et Safran, ses deux principaux partenaires industriels sur le programme Rafale.

Le Memorandum of Understanding conclu avec AED Cluster Portugal vise à identifier des domaines de coopération entre l’écosystème industriel portugais et les entreprises du programme français.

Le calendrier est important.

Dassault avait déjà remis en juillet 2026 une proposition officielle pour le Rafale au gouvernement portugais et à la Força Aérea Portuguesa. L’accord de septembre constitue donc le volet industriel d’une démarche commerciale déjà engagée.

Mais il faut être précis : le Portugal n’a pas sélectionné le Rafale. Le gouvernement n’a même pas encore ouvert le processus formel d’acquisition destiné à remplacer les F-16.

Le ministre portugais de la Défense, Nuno Melo, a indiqué fin juillet que leur remplacement devrait intervenir prochainement, compte tenu de leur âge. Il a également précisé qu’une future décision devrait s’appuyer sur une évaluation technique, une comparaison des solutions disponibles et le contexte géopolitique.

Le MoU signé par Dassault constitue donc une préparation à la compétition, pas son résultat.

La flotte de F-16 approche d’un changement de génération

Le dossier est stratégique pour Lisbonne parce que le F-16 constitue depuis plus de trente ans le cœur de la défense aérienne portugaise.

Les premiers F-16A/B Block 15 sont arrivés au Portugal en juillet 1994 dans le cadre du programme Peace Atlantis I. Vingt avions avaient alors été acquis. Un second lot est ensuite venu renforcer la flotte.

Le Portugal a engagé au début des années 2000 leur transformation au standard Mid-Life Update. Les travaux, réalisés notamment avec OGMA, ont permis de moderniser 40 appareils avant la vente d’une partie de la flotte à la Roumanie.

Reuters évalue aujourd’hui la flotte portugaise à 28 F-16M modernisés.

Ces appareils restent pleinement opérationnels. Quatre F-16M portugais ont encore été déployés en Estonie entre avril et juillet 2026 dans le cadre de la mission Enhanced Air Policing de l’OTAN.

Le problème n’est donc pas une obsolescence brutale. C’est la préparation d’une transition qui engage plusieurs décennies.

Choisir le successeur du F-16 déterminera les capacités de combat portugaises probablement jusqu’aux années 2050 ou au-delà.

Dassault Rafale

Le Rafale apporte une architecture de combat profondément intégrée

Dassault propose un appareil très différent du F-16 actuellement exploité par le Portugal.

Le Rafale est un chasseur bimoteur de 15,3 mètres de long et 10,9 mètres d’envergure. Sa masse maximale au décollage atteint 24,5 tonnes, soit environ 54 000 livres, avec une capacité maximale d’emports externes de 9,5 tonnes, soit près de 21 000 livres.

Ses deux moteurs Safran M88 développent chacun environ 50 kN de poussée à sec et 75 kN avec postcombustion.

Mais l’enjeu principal se trouve désormais dans les capteurs et dans leur intégration.

Thales fournit notamment le radar RBE2 à antenne active AESA. L’appareil associe ses informations à celles de l’Optronique Secteur Frontal, du système d’identification, des missiles et de la suite de guerre électronique SPECTRA.

Le principe consiste à fusionner les informations avant de les présenter au pilote.

Cette architecture permet au Rafale de réaliser des missions de défense aérienne, d’interception, de frappe terrestre, de reconnaissance ou d’action antinavire à partir d’une plateforme commune.

C’est également sur cette architecture que Dassault, Thales et Safran peuvent proposer une coopération dépassant la simple livraison d’avions.

L’industrie portugaise devient un élément central de toutes les offres

L’accord signé avec AED Cluster Portugal n’est pas une particularité française.

Lockheed Martin avait déjà conclu en juin 2025 un protocole avec le même cluster afin d’identifier des entreprises portugaises susceptibles de participer à un éventuel programme F-35.

Airbus et Saab ont également développé leurs relations avec AED Cluster Portugal autour de leurs propositions respectives.

Cette multiplication des accords révèle l’un des véritables enjeux du marché portugais.

Lisbonne ne cherche plus uniquement à acheter des avions. Le gouvernement veut également examiner les effets industriels, technologiques et économiques des programmes de défense.

Le Portugal possède pour cela une base crédible.

AED Cluster Portugal représente désormais plus de 170 membres dans les secteurs aéronautique, spatial et de défense. L’écosystème qu’il représente annonce environ 18 500 emplois, un chiffre d’affaires de 2,1 milliards d’euros et une part d’exportation de 87 %.

Le pays accueille déjà des acteurs comme OGMA, Embraer, Airbus, Critical Software, Thales Edisoft, Tekever, GMV ou Aernnova.

L’enjeu pour les candidats sera donc de préciser ce que signifie réellement « coopération industrielle » : fabrication de composants, développement logiciel, maintenance, ingénierie, soutien du système d’armes, formation ou intégration dans des chaînes d’approvisionnement internationales.

Un MoU ouvre la porte. Il ne garantit aucun volume industriel.

La compétition réunit désormais quatre architectures très différentes

Le futur remplacement des F-16 portugais met face à face quatre conceptions du combat aérien moderne.

Lockheed Martin propose le F-35A, appareil monomoteur de cinquième génération reposant notamment sur sa faible signature radar, sa fusion de données et son intégration dans un vaste écosystème international.

Saab pousse le Gripen E/F, également monomoteur, en mettant en avant une architecture évolutive et un modèle de coopération industrielle déjà développé avec Embraer au Brésil.

Le consortium Eurofighter, réunissant notamment Airbus, BAE Systems et Leonardo, propose le Typhoon bimoteur. Airbus a annoncé le 24 septembre son intention de transmettre à Lisbonne une proposition non sollicitée fin octobre ou début novembre 2026, associant avion, coopération industrielle, financement et coopération militaire.

Dassault arrive avec le Rafale, également bimoteur, et un modèle industriel structuré autour du constructeur français, de Thales, de Safran et de leurs fournisseurs.

Les quatre solutions ne sont donc pas interchangeables.

Elles impliquent des chaînes logistiques différentes, des architectures de maintenance différentes, des systèmes d’armes différents et surtout des relations industrielles et étatiques très différentes sur plusieurs décennies.

Le choix portugais dépassera largement la fiche technique d’un chasseur

Une comparaison limitée à la vitesse maximale, au radar ou au nombre de missiles manquerait l’essentiel.

La Força Aérea Portuguesa doit maintenir quotidiennement la surveillance de l’espace aérien national. Elle participe également aux missions de police du ciel et aux opérations collectives de l’OTAN.

Le futur appareil devra donc s’intégrer dans cette architecture tout en restant financièrement et logistiquement soutenable pour une flotte relativement limitée.

Il faudra mesurer le coût de possession, la disponibilité réelle, la formation, les infrastructures nécessaires, les stocks de pièces, les armements, la capacité de modernisation et le degré d’autonomie laissé à l’utilisateur.

Le Portugal devra également décider du poids qu’il accorde à la coopération industrielle européenne, à l’interopérabilité avec ses alliés et à la participation de ses propres entreprises au programme retenu.

C’est pourquoi aucun vainqueur ne peut aujourd’hui être sérieusement annoncé. Il n’existe encore ni appel d’offres formel ni choix gouvernemental.

La signature de Dassault à Lisbonne change néanmoins la physionomie du dossier. Le Rafale n’est plus simplement un appareil susceptible d’être proposé au Portugal. Une offre a été officiellement remise et son écosystème industriel commence à être structuré.

La compétition pour l’après-F-16 est désormais installée. Et avant même que Lisbonne publie ses critères définitifs, Lockheed Martin, Saab, Airbus et Dassault ont déjà compris que la bataille portugaise ne portera pas seulement sur l’avion. Elle portera sur les décennies de technologie, de maintenance et d’industrie qui l’accompagnent.

A propos de admin 2558 Articles
Avion-Chasse.fr est un site d'information indépendant dont l'équipe éditoriale est composée de journalistes aéronautiques et de pilotes professionnels.