Le Su-57 évolue enfin : pourquoi son nouveau moteur change tout

SU-57 Felon

Moscou a livré un nouveau lot de Su-57 en 2026. Avionique, armement, moteur : ce que l’on sait vraiment de cette version modernisée du Felon.

En résumé

La Russie a bien livré un nouveau lot de Su-57 Felon au début de 2026, mais le récit souvent repris autour d’un appareil déjà pleinement transformé par le moteur Izdeliye 30 demande à être sérieusement nuancé. Le point établi est clair : le 9 février 2026, United Aircraft Corporation a annoncé la livraison à l’armée russe d’un lot important de Su-57 dans une nouvelle configuration technique, avec des systèmes embarqués et un complexe d’armement modernisés. En revanche, rien dans les communications officielles disponibles ne confirme que ces avions de série sont déjà tous équipés du moteur de nouvelle génération longtemps attendu. Ce qui est confirmé, c’est un jalon distinct : le 22 décembre 2025, un Su-57 d’essais a volé avec le nouveau moteur Product 177, présenté par Rostec comme un moteur de cinquième génération. L’enjeu est majeur. Si cette propulsion atteint réellement la maturité industrielle, le Su-57 gagnera en poussée, en endurance, en marge d’évolution et potentiellement en super-croisière réelle. Mais à ce stade, le moteur reste autant un espoir qu’un verdict.

Le nouveau lot livré à Moscou dit quelque chose de précis

L’information de départ est réelle, mais il faut la dater correctement. Le premier lot annuel de Su-57 n’a pas été annoncé en mars 2026. Il l’a été le 9 février 2026. Ce jour-là, Rostec et United Aircraft Corporation ont indiqué avoir remis à la VKS un large batch de Su-57 dans une « nouvelle configuration technique ». La formulation officielle reste prudente. Elle mentionne des systèmes embarqués modernisés et un complexe d’armement amélioré, sans détailler publiquement la composition exacte du standard livré.

Ce flou n’est pas anodin. La Russie cherche à montrer que le programme continue malgré les sanctions, les difficultés industrielles et la guerre en Ukraine. Mais elle ne publie ni le nombre exact d’avions livrés, ni la liste exhaustive des modifications techniques. Cela oblige à séparer les faits établis de la communication stratégique. Le fait établi est le suivant : le Su-57 poursuit sa montée en série, avec une nouvelle tranche d’appareils modernisés. Ce que l’on ignore encore avec certitude, c’est le contenu exact de cette modernisation sur tous les avions du lot.

Le moteur reste le nœud du programme Su-57

Sur le papier, le Su-57 Felon devait se distinguer par un moteur de nouvelle génération offrant plus de poussée, une meilleure efficacité et une vraie capacité de super-croisière. En pratique, le programme a longtemps été freiné par cette brique technologique. Les premiers appareils de série ont été livrés avec un moteur transitoire dérivé de la famille AL-41, souvent désigné comme moteur de premier étage. TASS rappelait déjà que les premiers Su-57 de série avaient été fournis avec ce moteur provisoire, alors que le moteur de nouvelle génération était attendu plus tard.

C’est la raison pour laquelle le sujet moteur est central. Un chasseur furtif de cinquième génération n’est pas seulement défini par sa forme ou ses capteurs. Il l’est aussi par sa propulsion. Un moteur plus puissant et plus efficient change la portée, la vitesse soutenue, la signature thermique, la charge utile et la capacité à alimenter des systèmes énergivores. Dans le cas du Su-57, cela influence directement sa crédibilité face au F-22, au F-35 ou aux futurs avions de combat occidentaux. Sans ce saut moteur, le Su-57 reste un appareil avancé, mais incomplet dans sa promesse initiale.

Le nouveau moteur russe avance, mais il n’est pas encore un acquis de série

Le jalon technique réellement confirmé date du 22 décembre 2025. Rostec a annoncé ce jour-là le premier vol d’un Su-57 équipé du moteur Product 177, présenté comme un moteur de cinquième génération. Le groupe russe précise que ce moteur apporte une poussée accrue, une meilleure consommation sur l’ensemble des régimes et une durabilité supérieure. TASS a rapporté une poussée avec postcombustion de 16 000 kilogrammes-force, soit environ 157 kilonewtons, ce qui représente un bond sensible par rapport aux moteurs de transition utilisés sur les appareils livrés auparavant.

Ce point est important pour une raison simple : l’expression Izdeliye 30 est souvent utilisée comme un mot-valise pour désigner le futur moteur définitif du Su-57, mais la communication russe la plus récente met surtout en avant Product 177 et sa version export 177S. The Aviationist relève que les désignations se superposent partiellement dans l’espace public russe, ce qui entretient la confusion. Ce qui est clair, en revanche, c’est que le moteur présenté fin 2025 est encore au stade des essais en vol sur un appareil de test, et non officiellement validé comme standard déjà généralisé sur le lot livré en février 2026. C’est la nuance essentielle.

Les performances attendues changeraient réellement le profil du Felon

Si le nouveau moteur entre en production stabilisée, ses effets seraient loin d’être cosmétiques. Le premier bénéfice tient à la poussée. Une réserve de puissance plus élevée améliore l’accélération, la montée, la reprise à haute altitude et la capacité à emporter davantage d’armements tout en conservant de bonnes performances. Dans une guerre aérienne moderne, cela compte autant que la vitesse maximale. Un avion capable de reprendre rapidement de l’énergie après une manœuvre, ou de rester plus longtemps dans une enveloppe tactique favorable, gagne un avantage concret.

Le deuxième bénéfice concerne la super-croisière. La Russie et certains médias proches du programme affirment que le nouveau moteur doit permettre au Su-57 de maintenir une vitesse supersonique sans postcombustion. C’est un enjeu majeur, car la super-croisière réduit la consommation par rapport à un vol supersonique sous postcombustion, tout en limitant la signature infrarouge. Mais il faut rester rigoureux : cette capacité est fortement suggérée par les déclarations russes et par les caractéristiques mises en avant à Dubaï, pas encore démontrée publiquement en service opérationnel sur un lot de série identifié. La prudence s’impose.

Le troisième bénéfice tient à l’efficacité énergétique. Rostec insiste sur une consommation réduite à tous les régimes. Cela signifie potentiellement plus d’autonomie, plus de rayon d’action ou davantage de marge pour des profils de mission complexes. Dans le contexte russe, c’est crucial. Les opérations à longue distance, les frappes depuis l’arrière et la nécessité d’éviter certaines zones couvertes par les défenses adverses exigent une aviation capable de durer en vol sans dépendre systématiquement d’un soutien lourd.

La modernisation visible touche aussi les capteurs et la survivabilité

Sur les avions livrés en février 2026, un point a émergé rapidement dans les analyses ouvertes : plusieurs observateurs ont identifié une évolution du système 101KS, le dispositif opto-électronique embarqué du Su-57. TASS a rapporté que les avions du nouveau lot semblaient avoir reçu de nouveaux capteurs passifs capables de mieux détecter et suivre des menaces aériennes par signature thermique. Ce point est plus important qu’il n’y paraît. Un système passif n’émet pas. Il détecte sans se dévoiler. Cela améliore à la fois la discrétion et la survie de l’appareil.

Pour un chasseur comme le Su-57, qui cherche à compenser une furtivité probablement moins aboutie que celle du F-22 ou du F-35 par une combinaison de capteurs, de guerre électronique et de missiles longue portée, ces améliorations sont centrales. L’avion ne vit pas seulement par sa cellule. Il vit par la qualité de sa détection, sa fusion de données et sa capacité à engager sans être engagé. Dans cette logique, une modernisation des capteurs vaut parfois autant qu’une augmentation brute de vitesse.

SU-57 Felon

L’armement évolue, mais les affirmations sur l’IA doivent être maniées avec précaution

L’autre partie du récit concerne les armements air-sol guidés par IA et les leçons tirées de la guerre en Ukraine. Là encore, il faut être franc. Les communications officielles consultables ne confirment pas explicitement que le lot livré en février 2026 embarque déjà des munitions air-sol « guidées par IA » au sens où on l’entend dans la littérature occidentale. Ce qui est confirmé, c’est une modernisation du complexe d’armement. Rostec a aussi insisté depuis 2024 sur la capacité du Su-57 à employer une gamme étendue de munitions de précision contre des objectifs aériens, terrestres et navals.

Cela ne signifie pas que le lien avec l’Ukraine est faux. Il est même probable qu’il soit réel. Le conflit a montré la valeur des frappes à distance, de la résilience face au brouillage, de la coordination entre capteurs et de l’adaptation rapide des chaînes de ciblage. Il serait logique que la Russie cherche à intégrer des modes de traitement algorithmique plus avancés dans ses systèmes de mission, ses munitions rôdeuses ou ses armes guidées. Mais, à ce stade, le dossier public ne permet pas d’affirmer proprement que le Su-57 livré en février 2026 dispose déjà d’un système pleinement opérationnel de coordination de munitions air-sol guidées par IA. Il faut donc distinguer l’inférence tactique de la preuve documentaire.

Le vrai impact opérationnel se joue dans la profondeur du dispositif russe

Même avec ces réserves, la modernisation du Su-57 a une portée opérationnelle réelle. Le Su-57 n’est pas conçu comme un simple intercepteur de prestige. Il doit agir comme plateforme de pénétration, capteur avancé, coordinateur d’effets et porteur de missiles longue portée. Si la propulsion progresse, si les capteurs s’améliorent et si les armements gagnent en précision et en traitement autonome, l’avion devient plus crédible pour des missions de première vague contre des défenses modernes.

L’impact est aussi industriel et politique. Moscou veut prouver trois choses : que le programme Su-57 n’est pas gelé, que les sanctions n’ont pas stoppé sa modernisation, et que l’industrie russe est encore capable de faire mûrir un moteur de nouvelle génération. Le problème est que ce type de démonstration se juge moins sur les annonces que sur la cadence. Or la Russie reste très discrète sur le nombre exact d’appareils livrés et sur la diffusion réelle du nouveau moteur dans les unités. C’est là que se jouera la crédibilité du programme au cours des prochains mois.

Le moteur dira si le Su-57 change vraiment de catégorie

Le nouveau lot de 2026 montre que le Su-57 Felon continue d’évoluer. Sur ce point, il n’y a pas de doute. L’avion reçoit de nouveaux capteurs, une architecture d’armement améliorée et, probablement, des raffinements directement inspirés du retour d’expérience du conflit en Ukraine. Mais la question décisive reste la même qu’il y a cinq ans : la Russie peut-elle industrialiser à cadence crédible le moteur qui doit donner au Su-57 sa pleine stature ?

Si la réponse devient oui, le Su-57 gagnera en autonomie, en puissance, en endurance et en discrétion thermique. Il passera d’un chasseur prometteur mais partiellement transitoire à un appareil beaucoup plus cohérent. Si la réponse reste floue, le moteur continuera de séparer la communication russe de la réalité de flotte. Et dans ce programme, c’est précisément cette frontière qui compte le plus.

Sources

Rostec, UAC has Delivered the New Su-57 and Su-34 to the Ministry of Defence of the Russian Federation, 29 mars 2025
TASS, Su-57 fighters delivered to Russian Aerospace Forces got new tracking sensors — experts, 10 février 2026
TASS, Russia’s top brass to get first Su-57 fifth-generation fighter in December, 2 novembre 2020
TASS, First serial-produced Su-57 fighter to be delivered by year’s end, 7 décembre 2020
TASS, Russia’s Su-57 fighter with fifth-generation engine begins flight tests, 22 décembre 2025
Rostec, The Su-57 Made Its First Flight with the Product 177, an Advanced Fifth-Generation Engine, 22 décembre 2025
Rostec, UEC First Demonstrated the Fifth Generation 177S Aircraft Engine in the Middle East, 19 novembre 2025
The Aviationist, Russia’s Su-57 Flies with New Izdeliye 177 ‘Gen. 5’ Engine, 22 décembre 2025

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