Trump frappe fort : un décret lie les rachats d’actions à la livraison d’armes. Les cinq premiers contractants de défense ont versé 18 milliards de dollars aux actionnaires.
En résumé
Le Pentagone s’apprête à publier une liste de contractants de défense défaillants qui feront l’objet de restrictions sur les rachats d’actions et le versement de dividendes. Cette mesure découle d’un décret présidentiel signé le 7 janvier 2026 par Donald Trump, qui lie directement les versements aux actionnaires aux calendriers de livraison d’armements. Les cinq plus grands contractants de défense ont versé environ 8 milliards de dollars en dividendes et racheté pour 10 milliards de dollars d’actions au cours des douze derniers mois. Trump reproche à l’industrie sa lenteur de production et ses coûts élevés, ciblant spécifiquement RTX et sa filiale Raytheon. Les entreprises désignées disposeront de 15 jours pour soumettre des plans de remédiation approuvés par leur conseil d’administration.
Le décret présidentiel qui bouleverse Wall Street
Le 7 janvier 2026, Donald Trump a signé un décret exécutif intitulé “Prioritizing the Warfighter in Defense Contracting”. Le texte affirme qu’après des années de priorités mal placées, de nombreux contractants de défense ont été incités à privilégier les rendements pour les investisseurs plutôt que les combattants de la nation. Cette directive marque un tournant radical dans les relations entre Washington et l’industrie de l’armement.
Le décret stipule que, avec effet immédiat, les contractants ne sont autorisés d’aucune manière, forme ou façon à verser des dividendes ou à racheter des actions, jusqu’au moment où ils seront capables de produire un produit supérieur, dans les délais et le budget. Le ton est sans équivoque. Trump ne laisse aucune marge de manœuvre aux industriels.
Le décret déclare une politique selon laquelle les contractants de défense majeurs ne devraient pas s’engager dans des rachats d’actions ou des versements de dividendes au détriment des exigences d’approvisionnement du Département de la Guerre ou des augmentations nécessaires de la capacité de production de défense. L’administration Trump estime que les États-Unis ne produisent pas suffisamment d’équipements militaires assez rapidement pour répondre aux besoins actuels.
Le président a également exigé un plafonnement des rémunérations. Trump a déclaré que jusqu’à ce que ces entreprises construisent de nouvelles usines de production, aucun dirigeant ne devrait être autorisé à gagner plus de 5 millions de dollars. Cette mesure vise directement les packages de rémunération jugés exorbitants des PDG du secteur.
La liste noire attendue avec anxiété
Les contractants de défense se préparent à ce que le Pentagone publie, dès vendredi, une liste d’entreprises qui seraient soumises à des restrictions potentielles sur les rachats d’actions et le versement de dividendes, près d’un mois après que le président Donald Trump a signé un décret liant les paiements aux actionnaires aux calendriers de livraison d’armes. L’annonce était initialement prévue pour le 6 février 2026, soit 30 jours après la signature du décret.
Le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a déclaré que les contractants de défense ont été notifiés et informés qu’aujourd’hui marque le début d’une période d’examen prolongée au cours de laquelle le Pentagone fera des déterminations de non-conformité. La publication définitive a finalement été reportée pour permettre des négociations approfondies.
La liste, dont les dirigeants de l’industrie affirment qu’elle a été entourée de secret, identifiera les contractants que le Pentagone juge sous-performants sur leurs contrats tout en distribuant des profits aux actionnaires, selon trois personnes familières avec le dossier. Des questions subsistent sur l’inclusion des sous-traitants et sur la définition exacte du terme “contractant de défense”.
Hegseth et son équipe ont été chargés de travailler avec chaque entreprise pour remédier aux problèmes et, en cas d’échec, d’engager des actions immédiates pour obtenir des réparations par divers canaux légaux et réglementaires, tels que le Defense Production Act. Le Pentagone dispose d’un arsenal juridique considérable pour forcer les industriels à se plier aux nouvelles règles.
Les cinq géants dans le collimateur
Pour les cinq plus grandes entreprises de défense — Lockheed Martin, Northrop Grumman, General Dynamics, L3Harris et RTX — les enjeux sont élevés : elles ont versé environ 8 milliards de dollars en dividendes au cours des 12 derniers mois et racheté environ 10 milliards de dollars d’actions, selon les données de Morgan Stanley. Ces chiffres placent ces groupes au centre des préoccupations présidentielles.
Lockheed Martin illustre parfaitement la stratégie critiquée par Trump. Lockheed a dépensé 2,25 milliards de dollars en rachats d’actions au cours des neuf mois se terminant le 28 septembre, tout en versant 2,33 milliards de dollars en dividendes. Le premier contractant de défense américain consacre donc des sommes considérables à la rémunération de ses actionnaires.
Northrop Grumman suit la même logique. Northrop Grumman a dépensé 1,17 milliard de dollars en rachats d’actions au cours des neuf mois se terminant le 30 septembre et versé 964 millions de dollars en dividendes aux actionnaires pendant cette période. Le constructeur du bombardier B-21 Raider privilégie lui aussi le retour financier.
Les actions de General Dynamics, Lockheed Martin et Northrop Grumman ont chacune chuté d’environ 3 % suite aux commentaires de Trump. Les marchés financiers ont immédiatement sanctionné ces annonces. L’incertitude pèse désormais sur la valorisation boursière de l’ensemble du secteur.
RTX et Raytheon dans la tourmente
Donald Trump a ciblé nommément RTX et sa filiale Raytheon. Trump a affirmé que Raytheon a été le moins réactif aux besoins du Département de la Guerre, le plus lent à augmenter son volume, et le plus agressif en matière de dépenses pour ses actionnaires plutôt que pour les besoins et les demandes de l’armée américaine. L’attaque présidentielle est frontale et sans précédent.
Il a déclaré que le Pentagone coupera ses liens commerciaux avec Raytheon à moins qu’elle n’intensifie ses investissements dans les usines et les équipements, ajoutant que dans aucune circonstance l’entreprise ne peut effectuer davantage de rachats d’actions dans l’intervalle. La menace est explicite. RTX risque de perdre une partie substantielle de son chiffre d’affaires.
Le Département de la Défense a attribué à RTX un contrat-cadre de 20 ans d’un montant de 50 milliards de dollars pour fournir un large éventail de besoins militaires, notamment des systèmes et la production d’articles finis, des pièces de rechange, des services et d’autres types de soutien. Ce contrat massif place RTX dans une position de dépendance vis-à-vis du gouvernement fédéral.
Basée en Virginie, l’entreprise a annoncé des ventes dépassant 80 milliards de dollars en 2024. RTX figure parmi les plus grands contractants de défense au niveau mondial. Sa capacité à maintenir ces revenus dépend désormais de sa conformité aux nouvelles exigences présidentielles.
Les actions de RTX, la société mère de Raytheon, ont glissé de 2 % supplémentaires dans les échanges après la clôture après avoir chuté de 2,5 %. Les investisseurs anticipent des turbulences majeures pour le groupe industriel.
Le mécanisme de contrôle et de sanction
Le secrétaire doit, dans les 30 jours suivant la date du décret et de manière continue par la suite, identifier les contractants pour les armes critiques, fournitures et équipements qui ont effectué tout rachat d’actions ou distribution d’entreprise pendant une période alléguée de sous-performance ou de priorité, d’investissement ou de vitesse de production insuffisants. Le processus d’identification s’inscrit dans la durée et ne se limite pas à un exercice ponctuel.
Une fois qu’un contractant est identifié, le secrétaire doit notifier le contractant et doit, si nécessaire, s’engager avec le contractant pour résoudre les problèmes identifiés dans la notification. Le dialogue reste privilégié dans un premier temps. L’administration souhaite obtenir des changements volontaires avant de recourir à la contrainte.
Lorsque cela est permis par la loi existante, le contractant aura la possibilité de soumettre un plan de remédiation dans les 15 jours suivant la notification. Tout plan de remédiation doit être approuvé par le conseil d’administration du contractant. L’implication du conseil d’administration vise à garantir un engagement au plus haut niveau de gouvernance.
Le décret autorise également le secrétaire, dans les 60 jours, à s’assurer que les futurs contrats de défense, y compris les renouvellements, comportent des dispositions interdisant les rachats d’actions et les distributions d’entreprise pendant les périodes de sous-performance. Les nouvelles clauses contractuelles institutionnaliseront ces restrictions.

La rémunération des dirigeants sous surveillance
Dans les 60 jours suivant le décret, le secrétaire de la défense doit s’assurer que tout futur contrat avec tout contractant de défense nouveau ou existant, y compris un renouvellement, stipule que la rémunération incitative des dirigeants soit liée à certaines mesures de performance, telles que la livraison dans les délais et l’augmentation de la production, entre autres. Les bonus ne seront plus indexés sur les performances financières à court terme.
Le décret indique également que les contrats futurs doivent autoriser le secrétaire à, lors de la détermination qu’un contractant connaît de tels problèmes, plafonner les salaires de base des dirigeants aux niveaux actuels avec des ajustements pour l’inflation permis. Le gel des salaires constitue une arme dissuasive puissante pour contraindre les entreprises à modifier leur comportement.
Le décret instruit les secrétaires d’État et du Commerce de considérer et de cesser le plaidoyer pour la participation de tout contractant identifié dans les ventes militaires étrangères ou commerciales directes. Les entreprises défaillantes pourraient perdre le soutien diplomatique américain pour leurs exportations.
Pour toute société cotée en bourse ainsi identifiée par le Département de la Défense, le décret demande au président de la Securities and Exchange Commission d’envisager de modifier la règle 10b-18 pour interdire l’utilisation de l’abri réglementaire pertinent par ces sociétés identifiées. La SEC pourrait supprimer les protections juridiques habituellement accordées aux rachats d’actions.
Les réactions de l’industrie et du Congrès
Stan Soloway, président et PDG de Celero Strategies et expert en acquisition fédérale, a déclaré que le décret semble présumer que tout dépassement de coût est la faute du contractant sans reconnaître que tous les dépassements de coûts ne sont pas créés égaux. Les experts soulignent la complexité des programmes de défense.
Le décret est rempli de vagues et d’ambiguïtés. Il va être très intéressant de déterminer comment ils mesurent l’investissement adéquat, la priorisation et autres. Les critères d’évaluation restent flous. Les entreprises ne disposent pas de référentiel clair pour s’auto-évaluer.
Le représentant Ken Calvert de Californie, principal responsable des crédits de défense à la Chambre, a prédit qu’il s’agirait d’une longue liste, déclarant que l’époque de la sous-performance et de la surfacturation est terminée. Les élus républicains soutiennent massivement l’initiative présidentielle.
La sénatrice Elizabeth Warren a déclaré que les contractants de défense escroquent les contribuables américains depuis des décennies et qu’il faudrait voir ce qui se passe à la fin de la semaine et si Hegseth livre vraiment. L’opposition démocrate partage étonnamment les critiques sur l’industrie de la défense.
La sénatrice Deb Fischer du Nebraska a déclaré que connaître les raisons pour lesquelles les entreprises figurent sur la liste pourrait dicter l’action du Congrès dans la loi d’autorisation de la défense nationale. Le législatif pourrait prolonger par la loi les mesures du décret.
Les zones d’ombre juridiques et pratiques
Le gouvernement dispose déjà d’un ensemble complet d’outils dans sa boîte à outils pour inciter, récompenser ou pénaliser les entreprises en fonction de leurs performances, et le décret s’appuie en partie sur des mécanismes que le Département de la Défense utilise déjà. Les avocats spécialisés estiment que le cadre légal existant permet déjà une action gouvernementale.
Ce qui est différent, cependant, ce sont les recours sur lesquels l’administration se concentre — et le principal défi dans la mise en œuvre de ce décret sera de définir les paramètres clés auxquels les contractants seront tenus responsables. La définition des seuils de performance constituera l’enjeu central des prochains mois.
Le décret envisage spécifiquement de tirer parti des mécanismes d’application existants en vertu du Defense Production Act, qui comprend des sanctions pénales et civiles. Le recours au DPA confère au gouvernement des pouvoirs extraordinaires habituellement réservés aux périodes de guerre.
Des questions subsistent sur la question de savoir si les sous-traitants seront nommés et sur la largeur avec laquelle le Pentagone définira le terme contractant de défense. Le terme pourrait potentiellement englober des entreprises commerciales ayant un travail limité avec le Pentagone. Amazon ou Microsoft pourraient théoriquement tomber sous le coup du décret.
L’impact sur les marchés financiers et les actionnaires
Les contractants ont recherché des conseils juridiques sur les restrictions, qui pourraient affecter des milliards de dollars de paiements aux actionnaires. Les cabinets d’avocats spécialisés en droit des contrats publics connaissent une activité intense depuis la signature du décret.
Les dirigeants de RTX, General Dynamics, Northrop Grumman et L3Harris ont tous affirmé leur engagement envers les dividendes alors qu’ils dévoilaient leurs prévisions financières pour 2026. Les entreprises tentent de rassurer leurs investisseurs sur la pérennité des versements.
Seth Seifman de JP Morgan a déclaré que le montant de liquidités que ces entreprises s’attendent à générer devrait leur laisser la possibilité de payer leur dividende et d’investir davantage dans l’entreprise, et dans la mesure où quelque chose doit céder, ce seront les rachats d’actions, car ils sont considérés comme plus discrétionnaires. Les analystes anticipent un maintien des dividendes au détriment des buybacks.
Les investisseurs institutionnels détiennent des participations massives dans ces sociétés. BlackRock, Vanguard et State Street figurent parmi les principaux actionnaires. Ces fonds indiciels s’inquiètent de l’impact du décret sur les rendements futurs. La pression sur les cours de bourse pourrait se maintenir pendant plusieurs trimestres.
Les fonds de pension publics américains, fortement investis dans le secteur de la défense, subissent déjà des pertes latentes. La volatilité du secteur complique la gestion de leurs portefeuilles. Certains gestionnaires d’actifs envisagent de réduire leur exposition aux valeurs de défense.
Les perspectives d’avenir pour l’industrie
Les contractants de défense devraient envisager de mener des auto-évaluations proactives de leurs performances contractuelles et de mettre à jour les programmes de conformité internes pour s’aligner sur les nouvelles restrictions sur les rachats d’actions, les dividendes et la rémunération des dirigeants. Les départements juridiques travaillent d’arrache-pied pour anticiper les conséquences.
Compte tenu de la rapidité des délais d’identification et de remédiation, les contractants de défense devraient envisager de mener des auto-évaluations proactives de leurs performances contractuelles. Le délai de 15 jours pour soumettre un plan de remédiation impose une réactivité maximale.
Le décret déclare qu’après des années de priorités mal placées, les contractants de défense traditionnels ont été incités à privilégier les rendements pour les investisseurs plutôt que les combattants de la nation. L’administration Trump souhaite réorienter fondamentalement les incitations économiques du secteur.
En décembre, certains experts ont écrit que la mise en œuvre d’un décret ciblant les entreprises de défense pourrait entraîner une série de problèmes réglementaires et juridiques, notamment sur la question de savoir si des entreprises comme Amazon ou Microsoft pourraient être considérées comme des contractants de défense en raison de leurs contrats avec l’armée et les agences de renseignement américaines. Le périmètre d’application demeure incertain.
L’administration Trump remodèle profondément les règles du jeu entre Washington et l’industrie de défense. Le décret du 7 janvier 2026 n’est pas une simple déclaration d’intention. Il s’accompagne de mécanismes coercitifs puissants qui peuvent frapper durement les entreprises récalcitrantes. Les cinq géants de l’armement américain — Lockheed Martin, Northrop Grumman, General Dynamics, L3Harris et RTX — font face à un dilemme stratégique. Continuer à privilégier les actionnaires risque de leur coûter leurs contrats les plus lucratifs. Réorienter massivement les investissements vers la capacité de production exigera des arbitrages douloureux et pénalisera les cours de bourse à court terme.
La publication imminente de la liste des entreprises défaillantes constituera un test de crédibilité pour le Pentagone. Si la liste se révèle trop courte, l’administration passera pour faible. Si elle englobe un trop grand nombre d’entreprises, elle risque de déstabiliser l’ensemble de la base industrielle de défense. Les prochaines semaines détermineront si cette politique constitue une révolution durable ou une déclaration à effet médiatique. Une certitude demeure : le rapport de forces entre l’État et les industriels de l’armement vient de basculer radicalement.
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