A3-001 : Saab dévoile son futur drone de combat furtif

Saab unmanned fighter drone

Saab dévoile l’A3-001, un drone de combat furtif et supersonique destiné à accompagner le Gripen dans les espaces aériens les plus contestés.

En résumé

Saab a dévoilé les 21 et 22 août 2026 à Linköping la maquette grandeur nature de l’A3-001, son concept de futur drone de combat collaboratif. L’appareil doit compléter le Gripen E et les futurs chasseurs suédois plutôt que les remplacer. Sans dérive verticale, doté d’une cellule aux formes furtives et prévu pour le vol supersonique, l’A3 vise les missions où exposer un pilote devient particulièrement risqué : guerre électronique, suppression des défenses aériennes ennemies, reconnaissance avancée et frappe de précision. Aucun moteur ni armement définitif n’a encore été sélectionné. L’A3-001 reste donc un concept industriel et non un prototype volant. Mais Saab développe parallèlement des démonstrateurs A1 et A2 dans le cadre des travaux financés par la Försvarets materielverk. Des appareils sans pilote aux performances proches d’un chasseur doivent voler avant 2030. Une éventuelle capacité opérationnelle dérivée de l’A3 pourrait ensuite apparaître au milieu des années 2030.

Le dévoilement de l’A3-001 donne une forme au futur combat aérien suédois

Les photographies sont trompeuses. L’appareil présenté à Malmen Air Base, près de Linköping, ressemble à un avion prêt à voler. Il s’agit pourtant d’une maquette à l’échelle 1.

Saab l’a présentée à la presse le 21 août, avant son exposition publique pendant les journées aériennes des 22 et 23 août célébrant le centenaire de la Flygvapnet.

L’A3-001 matérialise une réflexion engagée depuis plusieurs années. En mars 2024, la Försvarets materielverk, ou FMV, avait demandé à Saab d’étudier différentes architectures d’un futur système de combat aérien. Le programme suédois ne porte volontairement pas sur un seul avion. Il examine des solutions habitées et non habitées organisées en système de systèmes.

En octobre 2025, Stockholm a accéléré le projet avec un contrat d’environ 2,6 milliards de couronnes suédoises couvrant la période 2025-2027. Il finance études, technologies et démonstrateurs.

L’A3 n’est toutefois pas directement financé comme futur avion de série. Saab le présente comme sa propre vision d’une capacité susceptible d’entrer en service au milieu des années 2030 si la Suède décide de poursuivre cette voie.

La cellule sans empennage place la furtivité au centre du concept

La première caractéristique de l’A3-001 est son absence de dérive verticale.

Ce choix n’est pas esthétique. Les empennages verticaux créent des surfaces susceptibles de réfléchir les ondes radar. Les supprimer permet de mieux contrôler la surface équivalente radar, mais complique la stabilité et le contrôle de l’appareil.

La cellule adopte une architecture très intégrée. Le fuselage se fond progressivement dans une voilure delta complexe. Les bords d’attaque et de fuite suivent des orientations soigneusement choisies. Plusieurs ouvertures présentent des découpes en dents de scie. Celles-ci permettent de disperser ou de canaliser les réflexions électromagnétiques plutôt que de renvoyer directement l’énergie vers le radar émetteur.

La tuyère est également profondément intégrée dans la partie arrière et entourée de formes dentelées. Cette architecture peut contribuer à réduire les signatures radar et infrarouge, même si Saab ne publie évidemment aucune valeur chiffrée.

Le concept privilégie aussi l’emport interne. C’est essentiel. Des missiles ou des bombes suspendus sous les ailes dégradent fortement la discrétion radar.

Saab vise en parallèle une capacité supersonique. Le constructeur cherche donc un compromis beaucoup plus exigeant que celui d’un drone subsonique classique : furtivité, vitesse, autonomie, charge militaire et survivabilité doivent coexister.

Saab unmanned fighter drone

Le drone doit pénétrer là où envoyer un Gripen devient trop dangereux

L’intérêt militaire de l’A3 apparaît dans la répartition des risques.

Un Gripen E coûte cher, mais son pilote est encore plus difficile à remplacer. Dans un espace protégé par des radars modernes, des systèmes sol-air longue portée et des chasseurs adverses, la Suède veut pouvoir envoyer une plateforme sans équipage plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres devant l’avion piloté.

L’A3 pourrait ainsi rechercher des radars, localiser des émissions électromagnétiques et transmettre leurs coordonnées au Gripen. Il pourrait également assurer du brouillage électronique, lancer des armes ou provoquer l’activation des défenses adverses afin de révéler leur position.

C’est le principe de la suppression des défenses aériennes ennemies, ou SEAD. L’objectif n’est pas nécessairement de détruire immédiatement chaque radar. Il suffit parfois de le forcer à s’éteindre ou de perturber son fonctionnement pour ouvrir temporairement un corridor à d’autres avions.

Saab mentionne également la frappe de précision et des missions de combat aérien.

L’A3 devient alors davantage qu’un simple « loyal wingman ». Il pourrait agir comme un capteur déporté et un effecteur avancé, tout en échangeant ses informations avec le Gripen, le GlobalEye et d’autres plateformes.

Le moteur et les dimensions montrent que le programme reste ouvert

Il faut cependant distinguer clairement ambition et capacité acquise.

Saab n’a pas encore sélectionné le moteur. Peter Nilsson, responsable d’Advanced Programs, a indiqué que l’utilisation d’une motorisation apparentée à celle du Gripen E faisait partie des possibilités.

Le Gripen E utilise le RM16, version suédoise du General Electric F414-GE-39E, qui délivre environ 98 kN de poussée avec postcombustion. Réutiliser cette famille de moteurs réduirait les risques industriels et pourrait créer des synergies logistiques.

Mais ce choix n’est pas arrêté.

Saab avait présenté en 2024 plusieurs architectures de futurs appareils, dont un drone supersonique de plus de cinq tonnes qui préfigurait visiblement l’A3. Le constructeur ne publie cependant pas encore de masse, de rayon d’action, de plafond, de vitesse maximale ou de charge militaire définitifs pour l’A3-001.

Attribuer aujourd’hui des performances précises à l’appareil serait donc prématuré.

Les démonstrateurs A1 et A2 doivent transformer le concept en données réelles

Le programme devient plus concret avec les démonstrateurs.

Saab travaille sur une progression technologique passant par A1, A2 puis A3. Les premiers appareils permettront d’évaluer différentes architectures, notamment avec ou sans empennage vertical.

Le calendrier est ambitieux. Saab affirme vouloir faire voler des démonstrateurs sans équipage présentant des caractéristiques comparables à celles d’un chasseur avant 2030. Peter Nilsson a évoqué pour le premier appareil une échéance d’environ 18 mois, ce qui placerait un premier vol vers la fin de 2027 ou le début de 2028 si le calendrier est tenu.

Cette méthode permet à la Suède d’éviter de figer trop tôt son futur système.

Un drone sans dérive peut être excellent en matière de furtivité mais plus complexe à contrôler. Une configuration différente peut offrir un meilleur compromis aérodynamique. Les démonstrateurs doivent précisément permettre de mesurer ces arbitrages plutôt que de les résoudre uniquement par simulation.

L’A3 prépare moins un remplaçant du Gripen qu’une nouvelle architecture de guerre

L’élément le plus intéressant du programme est finalement ce que Saab ne fait pas. Le constructeur ne présente pas l’A3-001 comme le successeur direct du Gripen.

Il cherche à distribuer les capacités entre plusieurs plateformes.

Le Gripen conserverait le pilote, la puissance de calcul, certains armements et la capacité de décision. Le GlobalEye apporterait une vision à longue portée. Des drones avancés pourraient pénétrer plus profondément, brouiller, détecter ou frapper. Des plateformes moins coûteuses pourraient compléter cet ensemble pour les missions où une furtivité extrême n’est pas nécessaire.

Cette approche répond à une évolution profonde du combat aérien. Face à des défenses multicouches, concentrer capteurs, armes et pilote dans un seul appareil crée une plateforme extraordinairement performante, mais également extrêmement précieuse.

L’A3-001 propose une autre logique : accepter de déplacer une partie de cette valeur vers des machines sans équipage.

Saab affirme d’ailleurs que le futur drone devra coûter nettement moins cher qu’un Gripen. Ce point sera décisif. Un appareil furtif, supersonique, doté de capteurs sophistiqués et d’une forte autonomie peut rapidement devenir presque aussi complexe qu’un chasseur habité.

Toute la crédibilité de l’A3 dépendra donc de cet équilibre. La Suède ne cherche pas seulement à construire un avion sans pilote. Elle tente de déterminer quelles fonctions méritent encore un cockpit et lesquelles peuvent être confiées à une machine. C’est cette frontière, davantage que la forme spectaculaire de l’A3-001, qui définira la prochaine génération du combat aérien.

Avion de chasse est le site d’infos aériennes militaires.

Sources

Saab — Saab showcases full-scale uncrewed aircraft concept, 22 août 2026.

Saab — Saab receives order from FMV for continued future fighter concept studies, 14 octobre 2025.

Saab — Saab receives order for Swedish future fighter concept studies, 22 mars 2024.

Saab — Saab achieves AI milestone with Gripen E, 11 juin 2025.

The Aviationist — Saab Unveils A3-001 Collaborative Combat Aircraft Concept, 22 août 2026.

The War Zone — Saab Unveils Stealthy Supersonic “Fighter Drone” Concept, 21 août 2026.

FlightGlobal — Saab takes wraps off new “loyal wingman” concept, août 2026.

AeroTime — Saab unveils new uncrewed combat air system concept, 22 août 2026.

Lentoposti — Saab esitteli Linköpingissä uuden hävittäjän kokoisen miehittämättömän A3-ilma-aluskonseptin, 22 août 2026.

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