Une étude publiée début février juge les plans USAF trop faibles face à Pékin: 500 avions de combat en plus seraient nécessaires d’ici 2030.
En résumé
Une étude du Mitchell Institute, publiée le 9 février 2026 et largement reprise dans le débat mi-février, avance un chiffre brutal: l’US Air Force devrait ajouter environ 500 avions de combat à ses trajectoires pour conserver un avantage crédible face à la Chine vers 2030. L’idée n’est pas de “faire du volume” pour le plaisir, mais d’éviter une impasse opérationnelle: une flotte trop petite et trop peu disponible ne peut pas soutenir une campagne dans le Pacifique occidental, surtout si la Chine sanctuarise son territoire derrière des défenses denses et des salves de missiles. Les auteurs demandent au moins 300 chasseurs F-47 et 200 bombardiers B-21 Raider, au lieu des intentions actuelles (185 F-47 et “au moins” 100 B-21). Le nerf de la guerre est double: la supériorité aérienne dépend de la masse réellement projetable, et cette masse coûte cher. Le rapport évoque un besoin d’augmentation budgétaire de l’ordre de 40 milliards de dollars par an pour accélérer les cadences.
La recommandation des 500 avions et ce qu’elle révèle
La formule “500 avions supplémentaires” est volontairement choc. Elle désigne, dans le rapport du Mitchell Institute (“Strategic Attack: Maintaining the Air Force’s Capacity to Deny Enemy Sanctuaries”, daté du 9 février 2026), un écart entre l’ambition stratégique américaine et la trajectoire d’achats actuellement envisageable.
Le cœur de la recommandation est clair. Il faut une force de pénétration suffisante pour frapper dans la profondeur, y compris sur le continent chinois, afin de casser le rythme des attaques aériennes et de missiles. Le rapport propose au minimum:
- 200 B-21, pour disposer d’un parc de bombardiers furtifs capable de durer dans le temps.
- 300 F-47, pour bâtir un volume de chasse de nouvelle génération réellement “campagne-compatible”.
Le diagnostic est moins spectaculaire que le chiffre, mais plus inquiétant. Les auteurs décrivent une armée de l’air qui sait mener des raids d’exception, mais qui pourrait ne pas tenir un affrontement prolongé. Ils opposent une “raid force” à une “campaign force”. Autrement dit: une flotte calibrée pour une opération unique, pas pour une guerre qui dure.
La réalité du format USAF et le piège de la disponibilité
Le débat public confond souvent inventaire et puissance réelle. Or la puissance, c’est ce qui décolle, ce qui peut être régénéré, et ce qui peut être perdu sans ruiner la stratégie.
L’US Air Force dispose d’une flotte totale d’environ 5 025 aéronefs. Mais un taux moyen de disponibilité en mission autour de 62% a été cité comme un niveau préoccupant par la presse spécialisée américaine. À ce niveau, cela signifie qu’environ 1 900 appareils peuvent être indisponibles à un instant donné. Le chiffre est lourd de conséquences dans un scénario Indo-Pacifique: la distance, la cadence, et l’usure y mangent les marges.
Pour les avions de combat, les ordres de grandeur sont utiles. L’inventaire “total force” aligne environ 2 027 chasseurs (toutes composantes), et une force de bombardement autour de 124 appareils (B-1, B-2, B-52). Mais ces totaux agrègent l’entraînement, la transformation, la maintenance lourde, et des cellules non déployables immédiatement.
C’est là que la contrainte devient politique. Quand la flotte est petite, chaque décision de retrait “pour financer le futur” fait baisser la masse disponible à court terme. Et quand la masse baisse, la stratégie se rigidifie: on évite de risquer les plateformes rares, on reste à distance, on accepte que l’adversaire tire depuis des zones protégées.
C’est exactement l’argument central du rapport: sans réserve d’attrition et sans volume projetable, on se condamne à la prudence… face à un adversaire qui, lui, mise sur l’agression rapide.
La montée en puissance chinoise et la logique de sanctuarisation
Le rapport du Mitchell Institute insiste moins sur “combien d’avions chinois” que sur une réalité opérationnelle: la Chine organise un environnement où son territoire continental sert de base arrière protégée.
Cette sanctuarisation repose sur un empilement:
- Des défenses sol-air modernes, denses, et intégrées.
- Une capacité de frappes à longue portée (balistiques, croisière, hypersoniques) pour menacer les bases, les ports et les pistes dans la région.
- Une aviation de chasse et de bombardement en progression, soutenue par des moyens de détection et de commandement (AEW&C) et des capacités de guerre électronique.
Le rapport officiel du Département de la Défense américain sur la Chine souligne aussi une dynamique technologique continue: mise en avant d’armes air-air comme le PL-15, progrès dans les missiles, et présentation de nouvelles plateformes à Zhuhai, dont le J-35A et le J-15D. Ce type de signal compte, car il traduit une ambition industrielle: produire, itérer, déployer.
Les estimations sur le J-20 varient selon les sources, mais la tendance fait consensus: la flotte grandit et la production s’accélère. Le Pentagone reconnaît en parallèle que la combinaison “profondeur géographique + A2/AD” est conçue pour empêcher les forces américaines d’opérer librement dans les premières chaînes d’îles. C’est une stratégie de verrouillage, pas seulement une course aux avions.
Les avions nécessaires et la raison du duo F-47 et B-21
Pourquoi le rapport met-il l’accent sur les F-47 et les B-21, plutôt que sur un simple “plus de F-35” ?
Parce que le problème n’est pas seulement la furtivité. C’est l’endurance opérationnelle dans un espace immense, face à des menaces denses, avec des bases menacées.
Le B-21 est présenté comme le pivot de la frappe pénétrante à longue distance. L’idée est simple: frapper en profondeur, rapidement, et de façon répétable, même si l’adversaire tente de bloquer l’accès par des salves de missiles et des défenses aériennes. Le rapport rappelle qu’une force de 200 B-21, combinée aux B-52 conservés, multiplierait la capacité de sorties de frappe longue portée par rapport à la force actuelle.
Le F-47, lui, est décrit comme un chasseur pensé pour la guerre “de l’intérieur”, pas seulement pour tirer de loin. Le rapport lui attribue un rayon de combat supérieur à 1 000 milles nautiques (≈ 1 852 km, 1 000 NM), une charge interne plus importante que les autres chasseurs occidentaux, et une furtivité large bande. L’objectif n’est pas de remplacer un F-22 par un F-47, point final. C’est de remettre du volume dans la chasse de pénétration, celle qui escorte, ouvre des couloirs, détruit les défenses, et impose un tempo.
La logique de l’attrition et du tempo
Le rapport pose une question que beaucoup évitent: combien d’avions peut-on perdre sans perdre la guerre ?
Une flotte de niche peut être brillante, mais fragile. Avec seulement 20 B-2 dans l’inventaire, chaque perte est un traumatisme stratégique. Le rapport cite l’exemple d’une opération récente ayant mobilisé l’ensemble des B-2 disponibles, pour souligner la limite: on peut réussir un coup, mais pas répéter une campagne à ce rythme.
Même logique côté chasse: si 185 F-47 ne font que remplacer les F-22, on ne crée pas de surplus. On ne crée pas de réserve. On ne crée pas de capacité de rotation. La guerre moderne demande une pression continue. Et la pression continue demande une masse d’avions, de pilotes, de pièces, et de munitions.
Le rôle des plateformes “pont” et des drones de combat
Le rapport ne dit pas “tout miser sur le futur”. Il assume un besoin de transition. Il recommande de maintenir plus longtemps certaines flottes, et d’acheter à cadence maximale des plateformes disponibles, notamment le F-35A et le F-15EX, pour éviter le trou capacitaire.
Il pousse aussi l’idée de systèmes collaboratifs: des drones de combat associés aux avions pilotés. Ils ne remplacent pas le chasseur, mais ils augmentent la densité, compliquent la défense adverse, et limitent la consommation de plateformes très chères sur des missions à risque.

Le mur budgétaire et la vérité du coût
C’est ici que le débat devient inconfortable, et qu’il faut être net.
Le rapport estime que des augmentations budgétaires d’au moins 40 milliards de dollars par an seraient nécessaires pour accélérer les acquisitions, notamment en doublant le rythme d’achat du B-21. Il rappelle aussi que l’addition d’une centaine de B-21 et d’une centaine de F-47 supplémentaires représente des coûts initiaux massifs. D’autres estimations publiques évoquent un ordre de grandeur “au-delà de 100 milliards de dollars” pour l’effort additionnel.
Le problème n’est pas seulement “trouver l’argent”. C’est accepter une hiérarchie. Si la supériorité aérienne est la condition de la manœuvre américaine dans le Pacifique, alors la flotte doit cesser d’être une variable d’ajustement budgétaire.
Sinon, le pays choisit implicitement une stratégie de contournement: plus de missiles tirés de loin, plus de dépendance aux chaînes de ciblage, plus de pari sur des réseaux qui peuvent être brouillés, détruits, ou saturés. Le rapport insiste sur ce point: le stand-off a sa place, mais il ne suffit pas. Et il peut coûter très cher par effet produit, surtout si l’adversaire casse les maillons de renseignement et de communication.
Les leviers réalistes d’ici 2030 et les limites à ne pas masquer
Il faut distinguer ce qui est souhaitable et ce qui est possible.
D’ici 2030, il est peu probable que 200 B-21 et 300 F-47 soient déjà livrés et pleinement opérationnels. Les cycles industriels et la montée en puissance prennent du temps. Le rapport lui-même parle d’un effort à engager “aussi vite que possible”, ce qui revient à reconnaître que le calendrier est tendu.
En revanche, plusieurs leviers sont crédibles à court terme:
- Ralentir les retraits d’avions critiques tant que les remplaçants ne sont pas en quantité.
- Stabiliser les cadences d’achat du F-35 et du F-15EX, pour éviter un effondrement de volume.
- Investir dans la maintenance et la chaîne logistique pour relever le taux de disponibilité, parce qu’un point de disponibilité gagné équivaut parfois à des dizaines d’avions “créés” sans achat.
- Renforcer la résilience des bases (durcissement, dispersion, réparation rapide de piste), car une flotte moderne clouée au sol ne sert à rien.
- Accélérer l’intégration de drones de combat collaboratifs, pour densifier les effets sans attendre des centaines de cellules pilotées.
Mais il y a une limite qu’il faut dire franchement. Si l’US Air Force reste sur une trajectoire qui remplace à peine l’existant, elle peut conserver une excellence technologique, tout en perdant l’ascendant opérationnel dans une campagne. La Chine n’a pas besoin de “dominer partout”. Elle a besoin de rendre le Pacifique occidental trop coûteux, trop risqué, trop incertain. Une flotte américaine trop petite l’y aide.
La question stratégique qui s’impose à Washington
Le rapport du Mitchell Institute pousse Washington à choisir, sans détour, entre deux visions.
La première consiste à accepter un effort de masse: plus d’avions de pénétration, plus de stocks, plus de capacité à durer. C’est cher, mais c’est cohérent avec l’objectif de dissuasion.
La seconde consiste à rester sur un modèle “réduit mais sophistiqué”, en espérant que la technologie compensera le volume. C’est séduisant sur le papier. C’est aussi une recette classique pour se retrouver à court d’options quand la crise devient réelle.
La supériorité aérienne n’est pas un trophée. C’est un rapport de forces, mesuré en sorties, en pertes acceptables, en capacité à frapper et à encaisser. Une étude qui parle de 500 avions “manquants” ne fait pas de poésie. Elle dit, très concrètement, qu’un avantage peut disparaître non pas par défaite tactique, mais par sous-dimensionnement structurel.
Sources
Defense News, “US Air Force needs 500 next-gen fighters, bombers to beat China, think tank says”, 9 février 2026.
The Mitchell Institute for Aerospace Studies, “Strategic Attack: Maintaining the Air Force’s Capacity to Deny Enemy Sanctuaries” (Policy Paper Vol. 64), février 2026.
Air & Space Forces Magazine, “New Report: Air Force Needs 200 B-21s, 300 F-47s to Deny Enemy ‘Sanctuaries’”, 4 février 2026.
Business Insider, “Air Force Needs 500 Sixth-Gen Fighters, Bombers for China Fight: Report”, 12 février 2026.
Defense News, “Air Force aircraft readiness plunges to new low, alarming chief”, 6 mars 2025.
Air & Space Forces Magazine, “2025 USAF & USSF Almanac: Equipment”, 2025.
U.S. Department of Defense, “Annual Report to Congress: Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2025”, publié le 23 décembre 2025.
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