Le porte-avions Charles de Gaulle à la tête du plus vaste exercice militaire français depuis la guerre froide.
Le 29 janvier 2026, le porte-avions Charles de Gaulle a quitté la base navale de Toulon avec son groupe aéronaval pour participer à ORION 26, exercice militaire d’ampleur inédite qui mobilise 12 500 militaires français et des forces de 24 pays partenaires. À bord du fleuron de la Marine nationale, 20 Rafale Marine sont déployés pour des simulations de combat de haute intensité en Atlantique. Cet entraînement s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu marqué par la nécessité de préparer les armées européennes à des engagements majeurs.
En résumé
Le porte-avions Charles de Gaulle a appareillé de Toulon le 29 janvier 2026 pour rejoindre l’Atlantique dans le cadre d’ORION 26. Cet exercice militaire, qui se déroule du 8 février au 30 avril, constitue le plus vaste entraînement interarmées organisé par la France depuis la fin de la guerre froide. Il mobilise 12 500 militaires français, 25 navires dont le porte-avions, 140 aéronefs, 1 200 drones, ainsi que des moyens cyber et spatiaux. Des forces de 24 pays, principalement européens mais aussi américains et émiriens, participent à cet entraînement qui vise à préparer les armées à un conflit de haute intensité. L’édition 2023 d’ORION avait coûté 35 millions d’euros. L’exercice teste la capacité de la France à entrer en premier sur un théâtre d’opérations et à commander une coalition multinationale dans un cadre OTAN.
Le Charles de Gaulle au cœur d’une démonstration de puissance navale
Le départ du groupe aéronaval français de Toulon marque le lancement de la phase maritime d’ORION 26. Le porte-avions Charles de Gaulle, seul bâtiment à propulsion nucléaire d’Europe occidentale, constitue l’élément central de cette armada. Long de 260 mètres et affichant un déplacement de 42 000 tonnes, ce navire amiral peut embarquer jusqu’à 40 aéronefs et 2 000 marins.
Pour cette mission, le groupe aérien embarqué comprend 20 Rafale Marine au standard F3R, deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye et plusieurs hélicoptères. La Marine nationale dispose d’une flotte totale de 42 Rafale Marine, répartis entre trois flottilles de chasse. Le choix d’embarquer 20 avions pour ORION 26 représente un compromis entre capacité opérationnelle et disponibilité des appareils pour d’autres missions.
Le porte-avions a effectué sa remontée en puissance dès septembre 2025 avec l’accueil de jeunes pilotes pour leur qualification, puis en novembre avec un stage de mise en condition opérationnelle. Le bâtiment ne reviendra à Toulon qu’en avril 2026, après plusieurs mois d’opérations intensives.
Une armada internationale de 25 navires en Atlantique
Le groupe aéronaval français n’opère pas seul. L’exercice ORION 26 réunit 25 grandes unités navales, dont des frégates françaises et alliées, deux porte-hélicoptères amphibies, un sous-marin nucléaire d’attaque et un bâtiment ravitailleur. Cette concentration de moyens navals constitue l’une des plus imposantes armadas réunies ces dernières années par les marines alliées en Atlantique.
Des navires de guerre de plusieurs nations européennes accompagnent le Charles de Gaulle. La frégate italienne Andrea Doria était présente à Toulon avant l’appareillage. Des unités britanniques, espagnoles, grecques et norvégiennes participent également à l’exercice. Cette dimension multinationale vise à renforcer l’interopérabilité entre les marines alliées dans un contexte où l’OTAN cherche à accroître sa présence militaire, notamment en réponse aux tensions sur le flanc oriental de l’Europe.
Le choix de l’Atlantique comme zone d’opération marque un changement par rapport à ORION 23, qui s’était déroulé principalement en Méditerranée. Le porte-avions français ne s’était pas rendu en Atlantique depuis 2020, année où son déploiement dans le nord de l’Europe avait été perturbé par la crise sanitaire. Cette zone représente un espace de manœuvre stratégique pour la défense des intérêts européens.
Un exercice de combat de haute intensité sans précédent
ORION 26 se distingue par son ampleur et son niveau de réalisme. Du 8 février au 30 avril 2026, l’exercice mobilise simultanément 12 500 militaires français aux côtés de plusieurs milliers de soldats alliés venus de 24 pays. Au-delà du groupe aéronaval, l’exercice engage trois brigades interarmes, 140 avions et hélicoptères, 1 200 drones de tous types, des moyens cyber et 20 capteurs spatiaux.
L’entraînement se déroule en plusieurs phases sur environ quatre mois. La première phase, engagée depuis le 6 janvier, consiste en une planification opérationnelle élaborée selon un processus commun avec les alliés. La phase de déploiement débute le 8 février avec une opération d’entrée en premier depuis la façade atlantique, incluant des opérations amphibies et aéroportées. Une troisième phase, du 7 au 30 avril, intègre les forces françaises dans un exercice de l’OTAN, permettant de tester l’insertion dans les structures de commandement otaniennes.
Le scénario d’ORION 26 s’inspire directement d’un scénario élaboré par l’OTAN. Il intègre les évolutions récentes du champ de bataille observées notamment en Ukraine. Les armées françaises testent des innovations dans les domaines des drones, du brouillage satellite et de la guerre électronique. L’objectif affiché est de reproduire l’ensemble des phases d’un conflit moderne, de la conflictualité hybride jusqu’à l’engagement de haute intensité.
Les trois brigades terrestres et la dimension aérienne
Au-delà de la composante navale, ORION 26 mobilise des moyens terrestres et aériens considérables. L’armée de Terre déploie un état-major de niveau corps d’armée et trois brigades interarmes, représentant plus de 10 000 combattants et environ 3 000 véhicules. Entre 15 et 20 % des forces engagées proviennent de pays alliés.
Sur le plan aérien, 140 aéronefs participent à l’exercice, auxquels s’ajoutent 40 hélicoptères et deux drones MALE (moyenne altitude longue endurance). L’Armée de l’Air et de l’Espace déploie également six systèmes de défense sol-air. Cette masse aérienne permet de tester la coordination entre les différentes composantes dans un environnement multi-domaines.
La dronisation constitue un axe d’effort majeur. Avec 1 200 drones de combat et de spécialité, ORION 26 doit permettre d’accélérer dans ce domaine crucial. L’édition 2023 avait révélé l’urgence de progresser sur les systèmes robotisés, enseignement renforcé par les observations du conflit ukrainien.
L’exercice se déploie sur environ 15 départements français, y compris la Guyane. Cette empreinte géographique étendue permet aux armées de s’entraîner avec leur matériel dans des conditions réalistes, en terrain libre et au contact de la population civile.
La coordination interministérielle au cœur de la préparation
ORION 26 ne se limite pas à un entraînement militaire. Tout au long de l’exercice, 12 ministères sont mobilisés pour tester la réactivité et la coordination entre acteurs civils et militaires. Cette dimension interministérielle culmine les 30 et 31 mars avec un war game impliquant les commandements territoriaux en métropole et en Guyane, ainsi que les représentants des ministères et des préfectures.
L’objectif est de vérifier la résilience nationale face aux menaces hybrides. Dans un conflit moderne, l’adversaire ne se contente pas d’actions militaires. Il mène également des cyberattaques, des campagnes de désinformation et des actions de sabotage sur le territoire national. ORION 26 simule ces rétroactions adverses pour préparer l’ensemble des services de l’État.
La réserve opérationnelle joue un rôle majeur dans cet exercice. Les réservistes ne sont pas cantonnés à des fonctions périphériques. Ils renforcent directement les unités d’active et participent pleinement aux missions. Leurs compétences issues du monde civil, qu’elles soient techniques, numériques, logistiques ou médicales, apportent une valeur ajoutée concrète.
Les collectivités territoriales et un tissu d’acteurs privés sont également impliqués. Cette coordination civilo-militaire sans précédent vise à renforcer la capacité collective à agir, commander et coopérer face à une crise majeure touchant le territoire national.

Un signal politique adressé aux alliés et aux adversaires
ORION 26 s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement tendu. Les compétiteurs stratégiques de l’Europe et de l’OTAN multiplient les actions hybrides visant à fragiliser la cohésion occidentale. La guerre en Ukraine a rappelé la nécessité de disposer d’armées capables de faire face à un affrontement de haute intensité contre un adversaire symétrique.
L’exercice permet de démontrer la capacité de la France à entrer en premier sur un théâtre d’opérations et à mener une coalition internationale. Il constitue un signal stratégique adressé aux adversaires potentiels, prouvant l’état de préparation des armées françaises et leur légitimité à assumer un rôle central dans la défense européenne.
ORION 26 prépare également la prise d’alerte de l’Allied Reaction Force de l’OTAN. À partir de l’été 2026, la France assumera le commandement de la force de projection de l’OTAN, qui compte 300 000 hommes. L’armée de Terre armera le poste de commandement de la composante terrestre, tandis que l’Armée de l’Air et de l’Espace sera certifiée dans le cadre de cette mission. La Marine nationale est de facto la seule nation hors États-Unis à pouvoir prendre le commandement de groupes aéronavals incluant des unités américaines.
La participation américaine à ORION 26 intervient dans un contexte diplomatique complexe, marqué par les déclarations du président Donald Trump sur le Groenland. Les militaires français tempèrent néanmoins ces tensions politiques. La coopération opérationnelle entre forces américaines et françaises se poursuit normalement, les deux pays restant alliés au sein de l’OTAN.
Les enseignements d’ORION 23 et les évolutions de 2026
La première édition d’ORION, qui s’était déroulée entre février et mai 2023, avait mobilisé plus de 12 000 militaires français et alliés. Elle avait engagé 2 300 véhicules, 60 aéronefs, 26 navires de surface, 100 drones de combat, six systèmes de défense sol-air et 20 satellites. Son coût s’était élevé à 35 millions d’euros.
ORION 23 avait permis d’identifier plusieurs points de fragilité. L’exercice avait notamment révélé l’urgence d’accélérer la dronisation des armées et de renforcer les capacités de défense antiaérienne au niveau divisionnaire. Pour l’armée belge, qui avait déployé plus de 600 militaires et 150 véhicules, l’exercice avait été particulièrement exigeant. Dès les premiers jours, le groupement tactique belge avait perdu une compagnie complète lors d’une frappe d’artillerie adverse simulée.
ORION 26 reprend cette base éprouvée tout en cherchant à tester de nouvelles méthodes d’action. L’exercice accorde une place centrale à l’entraînement au combat multi-domaines et à la conduite d’opérations complexes dans un environnement dégradé. Les chaînes de soutien logistique sont particulièrement mises à l’épreuve. Dans un conflit de haute intensité, la capacité à approvisionner, réparer, ravitailler et soigner conditionne la tenue dans la durée.
Les systèmes d’information et de communication font l’objet d’une attention particulière. ORION 26 teste des réseaux sécurisés et résilients capables d’absorber des volumes massifs d’échanges et de fonctionner en situation dégradée. Le commissariat numérique de défense et les outils de simulation renforcent le réalisme de l’ensemble.
Un budget militaire en augmentation pour la haute intensité
ORION 26 s’inscrit dans une trajectoire plus large de réarmement des armées françaises. Après plusieurs décennies de réductions budgétaires, la France a engagé depuis 2017 une remontée en puissance de ses capacités militaires. La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit un budget de plus de 400 milliards d’euros, soit une augmentation d’un tiers par rapport à la période précédente.
Cette augmentation vise à moderniser les équipements, mais aussi à reconstituer des stocks de munitions jugés préoccupants en cas de conflit prolongé. La France livre également des équipements à l’Ukraine, dont 30 obusiers autopropulsés Caesar d’une valeur unitaire de 7,5 millions d’euros, et forme 2 000 soldats ukrainiens sur son territoire.
Un exercice de l’ampleur d’ORION 26 nécessite des investissements importants. Les heures de vol, le carburant, les cycles de maintenance, les pièces de rechange et les jours de formation représentent des coûts immédiats. Si l’édition 2023 avait coûté 35 millions d’euros, le budget de l’édition 2026 n’a pas été communiqué publiquement. Ces dépenses sont néanmoins considérées comme essentielles pour révéler des failles qui, en temps de crise, coûteraient bien plus cher.
La suite du déploiement du Charles de Gaulle reste ouverte
Habituellement, les déploiements du Charles de Gaulle sont détaillés par le ministère des Armées, qui communique largement sur les objectifs et les régions visitées. Pour cette mission, la communication reste particulièrement restreinte. Le contexte géostratégique instable conduit les autorités à ménager des marges de manœuvre en fonction de l’évolution de la situation internationale.
Pour le moment, seule la participation du groupe aéronaval à ORION 26 est confirmée. Après l’exercice en avril, plusieurs options s’offrent au commandement français. Le groupe aéronaval devrait logiquement poursuivre son déploiement vers l’Europe du Nord, région où la France et l’OTAN cherchent à accroître leur présence militaire.
Une présence française dans le Grand Nord s’inscrirait dans la réponse aux pressions exercées sur les alliés européens. Le porte-avions Charles de Gaulle a déjà évolué dans ces eaux et pourrait y retourner pour des exercices avec les marines nordiques. Cette option permettrait également de tester les capacités du groupe aéronaval dans des conditions arctiques.
Toutefois, en cas de crise au Moyen-Orient, notamment si les tensions avec l’Iran dégénèrent, l’armada française pourrait être repositionnée dans des eaux plus chaudes. Elle contribuerait alors à protéger les approvisionnements énergétiques européens transitant par le golfe Arabo-Persique, ainsi que les pays alliés et les implantations militaires françaises dans la région.
Cette flexibilité illustre la valeur du groupe aéronaval comme outil diplomatique et militaire. Capable de parcourir 1 000 kilomètres par jour grâce à sa propulsion nucléaire, le Charles de Gaulle offre à la France une autonomie d’action et une capacité de projection de puissance unique en Europe.
ORION 26 représente bien plus qu’un simple exercice militaire. Il constitue une répétition stratégique pensée pour révéler les forces et les fragilités des armées françaises avant qu’une crise réelle ne les impose. Dans un continent qui réapprend la vulnérabilité, cet entraînement devient un message adressé aux partenaires, aux adversaires et aux opinions publiques. La puissance ne se mesure pas seulement en équipements, mais en capacité à les intégrer dans un ensemble cohérent et à tenir un rang sans se couper du collectif européen et atlantique.
Sources:
Ministère des Armées et des Anciens combattants, defense.gouv.fr
Mer et Marine, meretmarine.com
Le Journal du Dimanche, lejdd.fr
France Bleu, francebleu.fr
Forces Operations Blog, forcesoperations.com
Epoch Times, epochtimes.fr
Air & Cosmos, air-cosmos.com
Wikipedia, Exercice Orion et Charles de Gaulle
La Nouvelle Tribune, lanouvelletribune.info
Ecostylia, ecostylia.com
France 24, france24.com
Enderi, enderi.fr
Forum militaire, forum-militaire.fr
Zone Militaire, opex360.com
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