À Farnborough, KAI présente un KF-21 commandant douze drones. Une architecture ambitieuse qui révèle les progrès et les limites de la Corée.
En résumé
Au Farnborough International Airshow 2026, Korea Aerospace Industries a présenté une formation de combat articulée autour d’un KF-21 Boramae, de quatre drones de combat collaboratifs MUCCA et de huit appareils plus légers SUCA. Le dispositif forme une architecture à deux niveaux. Le chasseur piloté commanderait les quatre grands drones, qui pourraient à leur tour transporter ou coordonner les appareils légers.
Cette présentation est technologiquement ambitieuse. Elle ne constitue toutefois pas la démonstration en vol d’une escadrille de treize aéronefs. KAI a testé séparément un démonstrateur piloté par son système d’intelligence artificielle K-AI Pilot. Les MUCCA et SUCA restent encore en développement.
La Corée du Sud n’est pas la première nation engagée dans les collaborative combat aircraft. Les États-Unis et l’Australie sont plus avancés en essais. Mais l’architecture coréenne à deux niveaux montre que Séoul ne veut plus seulement produire un chasseur national. Le pays prépare un véritable système de combat aérien connecté.
Le dispositif présenté à Farnborough dépasse le simple « loyal wingman »
Korea Aerospace Industries, plus connue sous le nom de KAI, a profité du Farnborough International Airshow 2026 pour exposer sa vision du combat aérien futur. La formation présentée associe un KF-21, quatre MUCCA et huit SUCA.
Le KF-21 Boramae occupe le sommet de cette organisation. Le pilote ne contrôlerait pas directement chaque mouvement des douze appareils. Il attribuerait plutôt des objectifs généraux : reconnaître une zone, rechercher un radar, protéger un axe d’approche ou engager une cible identifiée.
Les quatre Medium Unmanned Collaborative Combat Aircraft, ou MUCCA, constitueraient le premier niveau non piloté. Ces appareils à réaction accompagneraient le chasseur et opéreraient devant lui dans les secteurs les plus dangereux. Chaque MUCCA pourrait ensuite mettre en œuvre des Small Unmanned Collaborative Aircraft, ou SUCA, plus légers.
KAI décrit donc une formation hiérarchisée. Le KF-21 commande la mission. Les MUCCA fournissent la portée, les capteurs et les armements. Les SUCA apportent le nombre, la dispersion et une capacité à accepter davantage de risques.
Cette architecture diffère d’une formation classique dans laquelle un avion piloté est accompagné par un ou deux drones comparables. Elle cherche à créer une escadrille complète autour d’un seul équipage humain.
L’intérêt militaire est évident. Un KF-21 ne dispose que d’un nombre limité de capteurs, de missiles et de points d’emport. Les appareils non pilotés augmentent son champ de surveillance et le nombre d’armes disponibles. Ils permettent aussi de placer les capteurs plus près de l’adversaire sans exposer immédiatement le pilote.
La formation présentée reste un concept et non une démonstration opérationnelle
La présentation de Farnborough doit être interprétée avec précision. KAI n’a pas fait voler simultanément un KF-21, quatre MUCCA et huit SUCA. L’entreprise a exposé une architecture, des maquettes et une trajectoire technologique.
Cette distinction est essentielle. Faire voler un drone de manière autonome entre plusieurs points constitue déjà un travail complexe. Faire coopérer treize aéronefs dans un espace contesté est d’un autre ordre.
KAI a néanmoins dépassé le stade de la simple image numérique. Son Adaptable Aerial Platform sert de démonstrateur au système K-AI Pilot. Lors des essais présentés en 2025, ce dispositif pouvait suivre un itinéraire, contourner une zone représentant la portée d’un missile sol-air et reconnaître certaines catégories de cibles.
Le démonstrateur apprend progressivement de nouveaux comportements. KAI travaille notamment sur la reconnaissance automatique, l’évitement d’obstacles et la coordination de plusieurs appareils.
Ces essais constituent une base crédible. Ils ne prouvent pas encore la capacité à gérer un combat aérien dynamique. Un drone doit alors distinguer les aéronefs amis et ennemis, interpréter les ordres, éviter les collisions et réagir à la perte de ses communications. Il doit aussi continuer sa mission malgré le brouillage, les fausses informations et les cyberattaques.
La difficulté principale réside dans le logiciel, davantage que dans la cellule du drone.
Le MUCCA doit combiner furtivité, capteurs et puissance de feu
Le MUCCA est le principal drone de combat collaboratif de la formation. KAI lui attribue une masse maximale au décollage de 5 420 kg, soit 11 950 livres. Il serait propulsé par un turboréacteur développant environ 1 860 kg de poussée, soit 4 100 livres.
Sa charge utile annoncée atteint environ 545 kg. Une soute interne doit permettre d’emporter des armements sans trop dégrader la signature radar. Des points d’emport externes sont également envisagés sous les ailes.
KAI évoque une portée de 926 à 1 111 km, soit 500 à 600 milles nautiques. Les caractéristiques définitives peuvent encore évoluer. Le MUCCA reste un appareil en développement et non un produit qualifié.
Son nez doit être modulaire. Selon la mission, il pourrait recevoir un radar à antenne active AESA, un système infrarouge de recherche et de poursuite ou un équipement électro-optique. Cette modularité permettrait de produire plusieurs variantes à partir d’une cellule commune.
Un MUCCA doté d’un radar pourrait rechercher des avions ennemis. Un autre pourrait écouter leurs émissions sans activer lui-même de capteur. Une troisième configuration pourrait emporter des systèmes de guerre électronique pour brouiller une défense antiaérienne.
Le drone servirait aussi de plateforme de frappe. Il pourrait employer des missiles air-air ou des armes air-sol. Sa présence devant le KF-21 obligerait l’adversaire à traiter plusieurs menaces simultanément.
Le terme « attritable » souvent employé pour cette catégorie d’appareils ne signifie pas jetable. Le MUCCA serait trop sophistiqué pour être volontairement sacrifié à chaque mission. Il devrait normalement revenir à sa base, tout en étant considéré comme plus acceptable à perdre qu’un chasseur piloté et son équipage.

Le SUCA apporte une seconde couche plus légère et plus risquée
Le SUCA représente le niveau inférieur du système. Sa masse maximale au décollage annoncée n’est que de 220 kg, soit 485 livres. Il se rapproche davantage d’un petit drone tactique à réaction ou d’une munition intelligente réutilisable que d’un véritable avion de combat.
Dans la formation présentée à Farnborough, les huit SUCA seraient transportés ou lancés par les quatre MUCCA. Chaque grand drone pourrait ainsi déployer deux appareils plus légers.
Le SUCA pourrait progresser encore plus loin dans la zone adverse. Sa petite taille faciliterait la dispersion des capteurs. Plusieurs appareils pourraient rechercher les émissions d’un radar, trianguler leur origine ou créer de fausses pistes.
Ils pourraient également servir de relais de communication. Dans ce scénario, les SUCA établiraient un réseau entre le KF-21, les MUCCA et d’autres unités. La destruction d’un appareil ne ferait pas nécessairement disparaître l’ensemble de la liaison.
Leur intérêt tient aussi à leur coût potentiel. Un commandement militaire peut accepter de perdre un petit drone pour contraindre une batterie sol-air à activer son radar. Cette émission permet ensuite à un autre appareil de localiser la batterie et de l’attaquer.
Cette logique transforme le rapport de force. L’objectif n’est plus seulement de protéger chaque plateforme. Il consiste à préserver la mission globale, même lorsque certaines composantes sont détruites.
Le véritable défi sera de commander douze appareils sans saturer le pilote
La formation de KAI ne fonctionnera que si les drones possèdent une autonomie élevée. Un pilote de KF-21 ne peut pas télépiloter douze aéronefs tout en surveillant son radar, ses armes, son carburant et les menaces qui l’entourent.
Le système doit donc fonctionner par intentions. Le pilote pourrait ordonner à un groupe de surveiller un secteur ou de neutraliser une menace. Les drones détermineraient ensuite leurs trajectoires et répartiraient les tâches.
Cette autonomie suppose une fusion rapide des informations. Chaque plateforme doit connaître la position des autres, comprendre leurs capacités disponibles et mettre à jour la situation tactique. Le système doit aussi décider quel capteur est le mieux placé pour observer et quel appareil doit transmettre ou rester silencieux.
Les communications constituent une vulnérabilité majeure. Un adversaire technologiquement avancé tentera de brouiller les liaisons, de localiser leurs émissions ou d’injecter de fausses données. Les appareils doivent donc disposer d’une autonomie locale et continuer à fonctionner pendant une interruption temporaire du réseau.
La version biplace du KF-21 pourrait faciliter la conduite de ce type de mission. Le pilote avant se concentrerait sur l’avion, tandis qu’un second membre d’équipage gérerait le groupe de drones. KAI n’a cependant pas confirmé publiquement que cette répartition serait retenue pour la formation exposée à Farnborough.
La question de l’emploi des armes reste également centrale. La capacité technique d’un drone à identifier et attaquer une cible ne signifie pas qu’il recevra le droit de le faire seul. Le niveau d’autorisation humaine dépendra des règles militaires, du contexte et de la fiabilité démontrée par les algorithmes.
La Corée du Sud n’est pas la première dans la course aux CCA
La formation coréenne est originale, mais elle ne constitue pas une première mondiale en matière de combat collaboratif.
L’Australie et Boeing travaillent depuis 2017 sur le MQ-28 Ghost Bat. Le programme a dépassé les 100 vols d’essai. L’appareil a réalisé un tir contre une cible aérienne et participé en 2026 à un exercice multinational conduit avec les États-Unis. Il est aujourd’hui l’un des projets occidentaux les plus avancés.
L’United States Air Force développe de son côté ses Collaborative Combat Aircraft avec General Atomics et Anduril. Elle prévoit d’acquérir plus de 150 appareils opérationnels avant la fin de la décennie. Des contrats de production initiale ont déjà été attribués.
En Europe, Airbus travaille sur l’U740 Valkyrie pour une première capacité allemande envisagée en 2029, puis sur le plus grand U760 Ravenstorm. BAE Systems a présenté à Farnborough le Brontanax, dont le premier vol est annoncé pour 2027.
La Chine explore également le contrôle de drones depuis des avions pilotés. La version biplace du Chengdu J-20 est souvent associée à cette mission, même si les informations publiques sur son niveau réel de maturité restent limitées.
La Corée n’est donc pas en tête des essais en vol. Son avance relative se situe ailleurs. KAI propose une architecture nationale complète, construite autour d’un chasseur déjà entré en production et d’une famille de drones de tailles différentes.
Le schéma à deux niveaux, avec des CCA capables de déployer leurs propres appareils, figure parmi les concepts les plus structurés publiquement présentés. Mais son originalité ne doit pas être confondue avec une maturité opérationnelle.
Les 11 à 21 milliards de dollars restent une estimation très incertaine
Une estimation comprise entre 11 et 21 milliards de dollars a été évoquée pour donner corps à l’ambition exposée par KAI. Cette fourchette ne correspond pas à un budget définitivement adopté par le gouvernement sud-coréen.
L’écart entre les deux montants montre l’incertitude du programme. Son prix dépendra du nombre d’escadrilles, du coût réel des MUCCA, de la quantité de SUCA consommée pendant les entraînements et des investissements nécessaires dans les communications et les infrastructures.
Le logiciel d’autonomie représentera aussi une part importante du financement. Il faudra développer les algorithmes, les tester dans des milliers de situations et les valider contre des menaces capables de brouiller ou de tromper les capteurs.
Les missiles et autres équipements de mission s’ajouteront au prix des plateformes. Un drone relativement économique peut devenir coûteux lorsqu’il reçoit un radar AESA, un système de guerre électronique, une liaison sécurisée et plusieurs armements guidés.
Il faudra enfin financer les simulateurs, les stations de préparation, la maintenance, les pièces de rechange et l’entraînement des équipages. Le coût d’un système dépasse celui des aéronefs.
La Corée du Sud dispose des moyens industriels nécessaires, mais ses programmes aériens subissent déjà une forte pression financière. La production des 80 KF-21 Block II était évaluée en mars 2026 à 18 440 milliards de wons, contre 14 240 milliards précédemment. L’inflation, la faiblesse du won et les difficultés d’approvisionnement expliquent une grande partie de cette hausse.
Le projet CCA devra donc démontrer un gain opérationnel réel. Il ne suffira pas de multiplier les appareils autour du KF-21. Le système devra offrir davantage de puissance militaire pour chaque unité monétaire investie.
L’avancée coréenne repose sur une stratégie industrielle progressive
La présentation de Farnborough intervient au moment où le KF-21 franchit une étape décisive. Le développement du chasseur a débuté en 2015. Les prototypes ont réalisé environ 1 600 vols et validé près de 13 000 conditions d’essai.
Le programme prévoit 40 KF-21 Block I principalement consacrés au combat aérien, puis 80 Block II dotés de capacités air-sol plus développées. La Republic of Korea Air Force vise donc une flotte de 120 appareils.
La Corée du Sud ne maîtrise pas encore tous les composants. Le KF-21 utilise notamment deux moteurs General Electric F414 produits localement sous accord industriel. Plusieurs équipements restent issus de fournisseurs étrangers.
Mais le pays a développé des éléments stratégiques comme le radar AESA, une partie des systèmes de guerre électronique, les logiciels de mission et l’intégration générale de l’avion. Plus de 600 entreprises coréennes participent au programme, avec un objectif de localisation d’environ 65 %.
Les MUCCA, SUCA et K-AI Pilot prolongent cette démarche. Séoul construit les capacités les unes après les autres. Le pays a commencé par produire sous licence. Il a ensuite développé des avions d’entraînement, le FA-50, des hélicoptères et enfin le KF-21. Il aborde désormais les systèmes autonomes et le combat collaboratif.
Un autre programme illustre cette profondeur industrielle. L’Agency for Defense Development et Korean Air ont présenté en 2025 le démonstrateur furtif LOWUS, destiné lui aussi aux opérations en équipe avec des avions pilotés. La coexistence de plusieurs initiatives peut générer des doublons. Elle montre aussi que l’effort ne repose plus sur une seule entreprise.
Le projet révèle une Corée ambitieuse mais encore derrière les leaders
La présentation de KAI dit beaucoup de l’évolution de la Corée du Sud. Le pays ne cherche plus seulement à rattraper les constructeurs occidentaux sur les chasseurs conventionnels. Il veut participer directement à la définition de la prochaine génération de combat aérien.
Cette ambition est crédible parce qu’elle repose sur un appareil existant. Le KF-21 vole, a achevé sa campagne principale d’essais et entre en production. KAI ne dessine donc pas un écosystème autour d’un chasseur hypothétique prévu pour 2040.
La faiblesse du projet réside dans l’écart entre l’architecture présentée et les preuves disponibles. Les États-Unis et l’Australie disposent déjà de CCA ayant réalisé des essais complexes. KAI doit encore faire voler le MUCCA, démontrer la récupération ou la réutilisation du SUCA, puis connecter l’ensemble au KF-21.
Le contrôle de quatre drones, puis de huit appareils supplémentaires, exigera une autonomie robuste. Il faudra démontrer que celle-ci fonctionne face au brouillage et aux erreurs de reconnaissance. Un système performant dans un environnement d’essai peut devenir beaucoup moins fiable face à un adversaire qui cherche activement à le tromper.
Le programme de Farnborough n’est donc pas encore une révolution opérationnelle. Il constitue une déclaration de capacité industrielle. La Corée du Sud affirme qu’elle possède désormais les avions, les électroniciens, les producteurs de radars et les spécialistes de l’intelligence artificielle nécessaires pour construire son propre système de combat aérien.
La prochaine étape sera plus difficile que la présentation d’une maquette. Il faudra faire voler la formation, lui faire prendre des décisions utiles et prouver qu’elle reste contrôlable lorsque les communications se dégradent. C’est à ce moment que l’ambition coréenne pourra être comparée aux programmes américains et australiens. D’ici là, KAI a surtout démontré que Séoul comprend parfaitement la direction prise par la guerre aérienne.