L’US Air Force vise 1 509 chasseurs en 2035 face à la Chine

USAF avion de chasse

Face à la montée des J-20 chinois, l’US Air Force vise 1 509 chasseurs en 2035. Budgets, industriels et limites d’un objectif décisif pour le Pacifique.

En résumé

L’US Air Force a présenté au Congrès américain, le 16 octobre 2026, une nouvelle évaluation de ses besoins : 1 509 avions de chasse à l’horizon 2035 pour maintenir ses capacités opérationnelles face à la Chine. Ce format correspond à un niveau de risque militaire modéré. Une posture moins risquée nécessiterait 1 723 appareils.

Le projet repose principalement sur les F-35A de Lockheed Martin, les F-15EX et les futurs F-47 de Boeing. Pourtant, les commandes prévues pour 2027 restent insuffisantes pour assurer le renouvellement souhaité.

La pression chinoise augmente rapidement. Selon le Royal United Services Institute, Pékin produirait désormais environ 120 chasseurs furtifs J-20 par an.

Les États-Unis doivent donc accélérer leur production, moderniser leurs infrastructures, développer les drones de combat et améliorer la disponibilité de leurs appareils. L’enjeu dépasse le nombre de chasseurs : il concerne la capacité américaine à soutenir une guerre aérienne prolongée dans le Pacifique.

Le Pentagone revoit ses besoins à la hausse pour 2035

Le 16 octobre 2026, l’US Air Force a transmis au Congrès son nouveau rapport Long-Term USAF Fighter Force Structure. Présenté à la presse quatre jours plus tard par le lieutenant-général David Tabor, il fixe un objectif de 1 509 chasseurs affectés aux forces de combat en 2035, contre 1 288 prévus pour l’exercice 2027.

Ce chiffre correspond à une posture opérationnelle présentant un risque modéré. Pour atteindre un niveau de risque faible, l’armée de l’air estime désormais avoir besoin de 1 723 appareils, contre 1 558 dans son évaluation de 2025.

La distinction est importante. Le chiffre retenu ne représente pas le nombre d’avions simultanément disponibles pour combattre. L’inventaire dit Combat-Coded Total Aircraft Inventory comprend également des appareils de remplacement et des réserves destinées à compenser les pertes.

La composition envisagée pour 2035 se répartit ainsi :

  • 40 % de F-35A, soit environ 603 appareils.
  • 20 % de F-22 et F-47, soit environ 302 appareils.
  • 20 % de F-15E et F-15EX, soit environ 302 appareils.
  • 20 % de F-16, soit environ 302 appareils.

Cette répartition traduit une stratégie associant chasseurs furtifs, appareils polyvalents et plateformes capables d’emporter un armement important.

La modernisation de la flotte repose sur trois programmes industriels

Lockheed Martin occupe une place centrale avec le F-35 Lightning II. Sa furtivité, son radar AESA et sa fusion de données permettent de détecter, identifier et partager des informations sur les menaces dans un environnement fortement défendu.

La modernisation Block 4 doit renforcer ses capacités électroniques et son armement, mais elle a accumulé des retards.

Boeing fournit le F-15EX Eagle II, destiné notamment à remplacer les F-15 vieillissants. Non furtif, cet appareil présente une capacité d’emport élevée. Il peut assurer des missions de défense aérienne et lancer des missiles à longue portée, en complément des chasseurs furtifs.

Le troisième programme est le F-47 de sixième génération, attribué à Boeing en mars 2025. Conçu pour remplacer le F-22, il doit offrir une autonomie accrue, une furtivité améliorée et une coordination avec des drones autonomes.

Son premier vol est attendu en 2028. L’USAF envisage au moins 185 exemplaires, sans calendrier de livraison opérationnelle suffisamment établi pour garantir cet objectif en 2035.

GE Aerospace et Pratt & Whitney travaillent parallèlement sur les technologies de propulsion adaptative du programme NGAP.

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Les budgets américains ne garantissent pas encore les livraisons

Le projet de budget 2027 prévoit des investissements importants dans les avions de combat :

  • 7,4 milliards de dollars pour 38 F-35.
  • 3 milliards de dollars pour 24 F-15EX.
  • 5,04 milliards de dollars pour la recherche et le développement du F-47.
  • Environ 1,1 milliard de dollars pour l’acquisition de Collaborative Combat Aircraft (CCA).

Ces enveloppes comprennent, selon les programmes, des dépenses autres que le seul prix d’achat des appareils.

L’USAF prévoit ainsi 62 nouveaux chasseurs en 2027, alors qu’elle considère depuis plusieurs années qu’un rythme d’environ 72 acquisitions annuelles est nécessaire au renouvellement de sa flotte.

Autre difficulté : le financement de 14 des 38 F-35 dépend d’une enveloppe supplémentaire de 2,34 milliards de dollars soumise à une procédure budgétaire distincte. Son adoption reste incertaine.

Les contrats pluriannuels envisagés pour les F-35 et F-15EX pourraient sécuriser les investissements industriels. Ils exigent cependant un engagement financier durable du Congrès.

La Chine accélère sa production de chasseurs modernes

L’expansion de l’aviation chinoise explique largement cette réévaluation.

Selon une étude publiée en janvier 2026 par le Royal United Services Institute, la Chine disposait d’environ 300 Chengdu J-20 en service à la mi-2025, contre seulement une cinquantaine en 2020.

La cadence de fabrication des versions J-20A et J-20S aurait atteint 120 appareils par an fin 2025. Si cette dynamique se maintient, le RUSI envisage environ 1 000 J-20 en service en 2030. Il s’agit d’une projection, pas d’un effectif confirmé.

La Chine développe également ses J-16, dont environ 450 exemplaires auraient été livrés fin 2025. Le J-35 furtif entre progressivement en production, tandis que les démonstrateurs J-36 et J-XDS/J-50 témoignent de travaux sur une génération supplémentaire d’avions de combat.

Pékin progresse aussi dans les missiles air-air PL-15 et PL-17, les radars AESA et les avions de détection avancée KJ-500.

Cette évolution modifie le rapport de forces autour de Taïwan. La Chine bénéficie de bases proches du théâtre d’opérations, tandis que les Américains doivent projeter leurs forces sur plusieurs milliers de kilomètres.

Les difficultés industrielles et opérationnelles menacent les objectifs

L’objectif américain reste techniquement envisageable, mais sa réalisation en 2035 demeure incertaine.

Le principal problème ne concerne pas uniquement les usines. Le rapport de 2026 fait état d’un taux de disponibilité des chasseurs de seulement 53,9 %, contre une référence opérationnelle de 70 %.

L’âge moyen des appareils dépasse 31 ans. Les F-16, F-15E et A-10 nécessitent des opérations d’entretien plus fréquentes, tandis que les stocks de pièces et les capacités de maintenance restent contraints.

Les retards de production des F-15EX et les difficultés de modernisation des F-35 compliquent également le calendrier. Le Congressional Budget Office anticipait d’ailleurs une diminution de la flotte de chasse jusqu’en 2030 avant son redressement.

Washington mise parallèlement sur les drones CCA. General Atomics développe le FQ-42A Vengeance, tandis qu’Anduril produit le FQ-44A Fury. L’USAF souhaite disposer d’au moins 500 CCA en 2032.

Ces appareils semi-autonomes pourront accompagner les chasseurs pilotés, assurer des missions de reconnaissance, de brouillage ou d’attaque et multiplier les plateformes engagées. Ils ne constituent toutefois pas encore un remplacement direct des avions pilotés dans le calcul des 1 509 chasseurs.

La supériorité américaine dépendra surtout de sa capacité à combattre dans le Pacifique

Atteindre 1 509 avions ne suffira pas à garantir la supériorité aérienne américaine.

La priorité consiste à disposer d’appareils capables d’opérer à grande distance, avec suffisamment de carburant, de missiles et de soutien logistique. Les ravitailleurs KC-46A, les systèmes de surveillance et les communications sécurisées deviennent aussi importants que les chasseurs eux-mêmes.

Les bases américaines de Guam et du Japon doivent également résister aux frappes chinoises. Cela suppose des abris renforcés, des défenses antimissiles, des pistes réparables rapidement et des stocks de munitions répartis entre plusieurs installations.

La doctrine Agile Combat Employment répond à cette nécessité en dispersant les unités sur différents aérodromes pour réduire leur vulnérabilité.

L’USAF doit enfin pouvoir compter sur le Japon, l’Australie et ses autres partenaires régionaux pour soutenir ses opérations.

Le calendrier constitue désormais la principale faiblesse américaine. La Chine fabrique déjà ses chasseurs modernes à un rythme élevé, alors que Washington doit simultanément financer le F-47, augmenter les livraisons de F-35, renouveler ses F-15 et développer ses drones.

L’avantage américain dépendra moins de l’inventaire annoncé pour 2035 que du nombre d’appareils réellement disponibles, armés et capables de combattre dès les premières heures d’un conflit.

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