Le Rafale F5 change de dimension avec son drone de combat

Rafale F5 et drone

La France accélère le Rafale F5 et son drone de combat furtif. Derrière l’annonce, un choix industriel, nucléaire et stratégique face au F-35 et au blocage du SCAF.

En résumé

Le Rafale F5 n’est pas une simple mise à jour. C’est un pivot. Paris a confirmé que ce standard, attendu à partir de 2030, intégrera un drone de combat furtif dérivé des acquis du programme nEUROn. L’objectif est clair : faire entrer l’aviation de combat française dans une logique de combat collaboratif où un chasseur piloté agit avec un vecteur non habité capable de pénétrer plus loin, plus vite et avec moins de risque humain. Le signal est aussi industriel. La France veut conserver une base technologique souveraine, au moment où le SCAF/FCAS s’enlise entre exigences françaises et allemandes de plus en plus divergentes. Le sujet n’est donc pas seulement technique. Il est doctrinal, budgétaire et politique. Le Rafale F5 sert à la fois de réponse au F-35, de relais vers l’après-2040 et de filet de sécurité si le programme franco-germano-espagnol continue de se fragmenter.

Le choix français d’accélérer le Rafale F5 n’a rien d’un simple calendrier

Le cadre officiel existe déjà dans le droit français. La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit explicitement que le standard F5 du Rafale sera développé sur la période, avec, noir sur blanc, un drone accompagnateur issu des travaux du démonstrateur nEUROn. Ce point est important : il ne s’agit plus d’une idée de salon ou d’un concept marketing. C’est une orientation capacitaire inscrite dans la planification nationale.

Le ministère des Armées a ensuite durci le message en 2025. Sa communication officielle sur le Rafale F5 explique que ce standard, attendu pour 2030, doit « décupler » les capacités opérationnelles et qu’il sera accompagné d’un drone furtif de combat. Autrement dit, Paris ne prépare pas seulement un Rafale amélioré ; il prépare un système de combat plus large, articulé autour d’un avion habité, de capteurs, d’armes et d’un vecteur non habité plus pénétrant.

Le lancement formel du programme de drone a été annoncé le 8 octobre 2024 par Sébastien Lecornu, lors des 60 ans des Forces aériennes stratégiques à Saint-Dizier. Dassault l’a présenté comme le complément du futur Rafale F5 « après 2030 », avec une contribution à la supériorité technologique et opérationnelle de l’armée de l’Air et de l’Espace à l’horizon 2033. Le jalon n’est donc pas flou : Rafale F5 vers 2030, drone furtif vers 2033.

Le drone “Loyal Wingman” français marque un changement de doctrine

Le terme “Loyal Wingman” est commode, mais il faut être précis. Le futur drone français n’est pas un simple ailier télépiloté chargé de servir de leurre. Dassault indique qu’il sera conçu pour le combat collaboratif, avec des caractéristiques de furtivité, une capacité d’emport en soute interne, et un contrôle autonome avec homme dans la boucle. Cela signifie que la machine pourra exécuter une part de la mission avec une forte autonomie décisionnelle locale, mais sous supervision humaine pour les choix critiques.

C’est là que la rupture est nette. Jusqu’ici, la logique dominante restait celle du chasseur multirôle piloté, même enrichi par la fusion de données. Avec le tandem Rafale F5 + UCAV, la France bascule vers une architecture où la survivabilité et l’efficacité viennent aussi de la distribution du risque. Le pilote conserve la décision tactique d’ensemble. Le drone, lui, peut avancer dans les zones les plus denses en défenses sol-air, capter, brouiller, frapper ou ouvrir un passage. Le gain n’est pas seulement offensif. Il réduit l’exposition du pilote dans les premières minutes d’un raid.

Le sujet A2/AD est central. Les zones de déni d’accès modernes agrègent radars longue portée, missiles sol-air multicouches, guerre électronique, liaisons de données et, de plus en plus, détection passive. Face à cela, envoyer un avion habité seul devient coûteux en risque et en ressources. Un drone furtif autonome, plus sacrifiable qu’un chasseur piloté, permet de saturer, sonder ou désorganiser cette bulle défensive. C’est précisément la logique que recherchent aujourd’hui les grandes puissances aériennes. L’annonce française s’inscrit dans cette tendance, mais avec une ambition souveraine et non sous dépendance américaine.

Le futur appareil hérite du nEUROn, mais change d’échelle

Le nEUROn n’était qu’un démonstrateur, mais un démonstrateur sérieux. Le programme a été lancé en 2003, piloté par Dassault avec six pays européens, et son premier vol a eu lieu en décembre 2012. Plus de 170 vols d’essais ont été réalisés, selon Dassault. C’est ce socle qui sert aujourd’hui de base technologique. Il faut le rappeler car cela change tout : la France ne part pas d’une page blanche. Elle capitalise sur plus de vingt ans de travaux réels en furtivité, aérodynamique, architecture système et intégration d’un UCAV.

La nouvelle machine n’est toutefois pas un nEUROn rebaptisé. Plusieurs sources spécialisées indiquent qu’elle sera d’une taille proche de celle d’un Mirage 2000, donc bien plus imposante que le démonstrateur initial. Aviation Week la décrit comme un appareil de gabarit voisin du Mirage 2000, et d’autres analyses convergent vers une masse au décollage nettement supérieure au nEUROn, de l’ordre de celle des premiers Mirage 2000. Cela suggère un UCAV conçu non pour démontrer, mais pour porter du carburant, des capteurs et des armements internes avec une vraie endurance tactique.

Autre indice lourd : plusieurs sources techniques évoquent l’usage d’un Safran M88, le moteur du Rafale. Si cette architecture est confirmée, la logique industrielle est limpide. Réutiliser un moteur déjà produit, déjà soutenu et déjà connu des forces réduit le risque de développement et accélère la mise en production. C’est une approche française classique : innover sur l’architecture d’ensemble, tout en limitant les paris inutiles sur les briques critiques quand le calendrier est serré.

Le lancement industriel pose un problème très concret de cadence

Parler de “lancement industriel” suppose de regarder les usines, pas seulement les maquettes. Sur ce terrain, la France a déjà sécurisé une base de charge : la DGA a commandé 42 Rafale fin 2023, la cinquième tranche dite “tranche 5”. Dassault a précisé que cette commande garantissait l’activité de production pour la décennie suivante. Le premier appareil de cette tranche doit être livré à partir de 2027 selon la communication officielle.

Mais cela ne suffit pas. L’industrie Rafale vit désormais sous contrainte de cadence. Reuters rapportait en mars 2025 que Dassault visait 25 livraisons de Rafale sur l’année 2025, après une forte hausse de ses ventes et avec un carnet très chargé. D’autres éléments publiés ensuite montrent que le groupe a livré 26 Rafale en 2025, tout en gardant une cadence encore inférieure à trois avions par mois. Le verrou n’est donc pas la demande. Le verrou est la montée en rythme de toute la chaîne : structures, moteurs, électronique, sous-traitance et essais.

La cible affichée est plus élevée. Des communications industrielles de 2025 indiquent des taux de production planifiés à 4 appareils par mois. Le signal politique de mars 2025 allait dans le même sens : Emmanuel Macron a annoncé l’accélération des commandes de Rafale, tandis que Reuters et Le Monde relevaient que Dassault devrait monter de son rythme actuel vers quatre avions par mois à l’horizon 2028. Si le Rafale F5 arrive en parallèle, la pression sur la base industrielle française sera double : continuer à livrer des F4/F4.x, puis basculer progressivement vers le F5 sans casser la cadence.

Le futur drone ajoute encore une couche de complexité. Un UCAV furtif n’est pas un simple produit supplémentaire. Il réclame des procédés spécifiques, des tolérances plus strictes, une gestion avancée des matériaux, des logiciels critiques et une chaîne d’essais différente. La vraie question n’est donc pas “peut-on le développer ?”. La France a déjà prouvé qu’elle savait le faire. La vraie question est : peut-elle le produire à cadence utile tout en tenant le Rafale export, le Rafale France et la préparation du standard F5 ? C’est là que se jouera la crédibilité du lancement industriel.

Rafale F5 et drone

La souveraineté technologique est le vrai moteur du programme

Le discours officiel de Dassault est limpide : le couple Rafale F5 + UCAV doit garantir l’indépendance de la France et sa supériorité capacitaire pour les décennies à venir. Ce vocabulaire n’est pas décoratif. Il traduit une lecture dure du marché : le F-35 n’est pas seulement un avion performant, c’est un écosystème de dépendance logicielle, de soutien et d’interopérabilité centré sur les États-Unis. Pour Paris, conserver un système de combat national de premier rang est un choix de souveraineté, pas un simple choix d’achat.

Le Rafale F5 aura aussi une place dans la dissuasion. Les documents publics rappellent qu’il devra emporter l’ASN4G, le futur missile nucléaire aéroporté appelé à succéder à l’ASMP-A. En mars 2025, Emmanuel Macron a en outre annoncé environ 1,5 milliard d’euros pour remettre à niveau la base de Luxeuil, appelée à accueillir deux escadrons de Rafale F5 à l’horizon 2035. Cela relie directement le F5 à la posture nucléaire française. Peu d’avions en Europe portent un tel niveau de souveraineté stratégique.

C’est aussi ce qui distingue le F5 du débat européen abstrait sur le “6e génération”. Le standard F5 n’est pas un substitut complet au chasseur du futur, mais il est un pont crédible. Il prolonge le Rafale jusqu’aux années 2060 selon certaines analyses, il modernise la composante nucléaire, il introduit le combat collaboratif, et il laisse à la France une marge de manœuvre si le programme suivant déraille. Vu sous cet angle, le F5 n’est pas un plan B. C’est une assurance-vie stratégique.

Le blocage du SCAF pousse Paris à sécuriser son propre tempo

Il faut être franc : la crise du SCAF/FCAS n’est plus un simple différend industriel passager. Les tensions entre Dassault et Airbus sur la gouvernance du futur chasseur n’ont jamais été réellement purgées, et elles sont désormais aggravées par une divergence politique de fond entre Paris et Berlin. La France veut un appareil capable d’opérations embarquées et de mission nucléaire. L’Allemagne n’a pas ce besoin. À partir de là, le cahier des charges commun devient de plus en plus artificiel.

Ces derniers jours, plusieurs sources convergentes ont signalé que Berlin questionnait ouvertement l’intérêt d’un futur chasseur commun dans le cadre actuel. Reuters rapporte qu’en interne, un scénario est désormais envisagé : abandonner le développement d’un avion de combat commun tout en maintenant, éventuellement, une coopération sur les drones et le combat cloud. Dit autrement, le FCAS pourrait survivre comme architecture de systèmes, tout en perdant son cœur politique initial : le chasseur unique.

Dans le même temps, l’hypothèse d’un rapprochement allemand avec le GCAP mené par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon a cessé d’être marginale. Le Monde rapportait le 20 février 2026 que Londres, Rome et Tokyo envisagent d’attirer l’Allemagne. Reuters avait déjà indiqué en décembre 2025 que Rome citait Berlin parmi les pays intéressés. Rien n’est acté, mais la seule existence de ce scénario change l’équation. Paris ne peut plus suspendre sa planification à l’idée d’un consensus européen qui s’éloigne.

C’est ici que le Rafale F5 prend tout son sens. Il donne à la France un calendrier qu’elle contrôle. Il protège la continuité industrielle de Dassault. Il préserve une base souveraine de technologies clés. Et il évite que l’aviation de combat française entre dans les années 2030 avec un trou capacitaire au moment même où la concurrence américaine, britannique et asiatique accélère. Le message implicite est simple : si l’Europe veut coopérer, très bien ; si elle se divise, la France avance quand même.

La prochaine bataille se jouera moins sur l’annonce que sur l’exécution

Le pari français est cohérent. Le Rafale F5 et son drone furtif répondent à un besoin opérationnel réel, à une exigence nucléaire spécifique et à une crise européenne désormais structurelle. Sur le papier, la logique est solide. Dans les ateliers et dans les bureaux d’études, elle sera beaucoup plus rude. Il faudra tenir les délais, monter les cadences, absorber la complexité logicielle, sécuriser les sous-traitants et éviter que la promesse de souveraineté ne soit ralentie par des goulets industriels.

Ce qui se joue dépasse le seul Rafale. Si la France réussit, elle prouvera qu’elle peut encore faire émerger, seule ou presque, un système de combat avancé mêlant avion habité, UCAV furtif, autonomie supervisée et dissuasion. Si elle échoue, le marché européen se refermera encore davantage autour des solutions américaines ou des coalitions concurrentes. L’enjeu n’est donc pas seulement de produire un nouvel avion. Il est de savoir si Paris peut encore imposer son rythme dans la guerre aérienne du prochain quart de siècle.

Sources

Ministère des Armées, « Rafale standard F5 : à la pointe de la technologie », 17 juin 2025
Légifrance, Loi n° 2023-703 du 1er août 2023 relative à la programmation militaire 2024-2030
Dassault Aviation, « Unmanned combat aerial vehicle program kicks off as part of the Rafale F5 standard », 8 octobre 2024
Dassault Aviation, « Dassault Aviation receives an order for 42 Rafales for the French Air and Space Force », 12 janvier 2024
Reuters, « Macron says France will order more Rafale warplanes than planned », 18 mars 2025
Reuters, « France’s Dassault Aviation reports strong sales growth », 5 mars 2025
Reuters, « Merz questions German need for future manned fighter jet amid FCAS trouble », 18 février 2026
Reuters, « Germany seeking more F-35 jets as European fighter program falters », 19 février 2026
Le Monde, « Italy, the UK and Japan hope to bring Germany on board their next-generation fighter jet project », 20 février 2026
Aviation Week, « French UCAS Due For Service Entry With Rafale F5 », 16 juin 2025

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