Un cinquième exemplaire du chasseur furtif de sixième génération de Chengdu a volé fin juillet 2026, révélant une architecture encore en mutation entre stabilité et innovation.
En résumé
Des images diffusées le 23 juillet 2026 montrent ce qui semble être un cinquième prototype du chasseur furtif chinois désigné officieusement J-36. Développé par Chengdu Aircraft Corporation, cet appareil sans empennage à trois réacteurs combine des entrées d’air DSI récentes avec des tuyères encastrées proches du tout premier prototype. Cette apparente hésitation technique traduit en réalité une campagne d’essais méthodique, destinée à trouver le meilleur compromis entre furtivité, poussée et contrôle. Avec un rayon d’action estimé à plus de 4 000 kilomètres, l’appareil pourrait menacer directement les avions ravitailleurs et les radars volants adverses dans le Pacifique. Le calendrier chinois, très en avance sur celui de Washington, inquiète désormais ouvertement le Pentagone.
Un cinquième exemplaire repéré au-dessus du Sichuan
Le 23 juillet 2026, des vidéos amateurs ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux chinois. Elles montrent un grand chasseur furtif sans empennage évoluant dans le ciel de la province du Sichuan, berceau historique de Chengdu Aircraft Corporation. Les spécialistes de l’aviation militaire y ont rapidement reconnu ce qu’ils appellent, faute de désignation officielle, le J-36 — un nom dérivé du numéro « 36 » repéré sur le fuselage d’un des tout premiers exemplaires photographiés.
Ce cinquième appareil se distingue par un détail technique révélateur : il associe des entrées d’air de type DSI (diverterless supersonic intake), déjà vues sur les prototypes les plus récents, à des tuyères d’échappement encastrées, une configuration que l’on croyait abandonnée depuis le premier exemplaire dévoilé en décembre 2024. Cette combinaison inattendue suggère que Chengdu ne suit pas une progression strictement linéaire d’un prototype à l’autre, mais teste en parallèle plusieurs architectures pour identifier la meilleure synthèse possible entre discrétion radar, efficacité propulsive et contrôle en vol.
Aucune autorité militaire ou industrielle chinoise n’a confirmé officiellement l’identité de l’appareil ni le nombre exact de cellules construites à ce jour. Les analystes évoquent toutefois au moins trois à cinq prototypes distincts observés en vol depuis le premier survol du 26 décembre 2024, une date que beaucoup d’observateurs associent, non sans ironie, à l’anniversaire de Mao Zedong.
Une architecture sans empennage taillée pour la furtivité
Le J-36 rompt avec la formule classique des chasseurs de cinquième génération comme le J-20 chinois, le F-22 ou le F-35 américains. Il ne possède ni dérive verticale ni plans horizontaux de queue. Cette absence d’empennage réduit fortement la surface équivalente radar de l’appareil, car ce sont précisément ces surfaces saillantes qui renvoient le plus efficacement les ondes radar vers leur émetteur.
Le revers de cette conception réside dans le contrôle du tangage. Un chasseur classique utilise ses plans horizontaux, situés loin du centre de gravité, comme un levier puissant pour lever ou abaisser le nez rapidement. Sans cet organe, un appareil sans empennage doit s’appuyer uniquement sur des surfaces mobiles intégrées à la voilure, les élevons, couplées à des lois de pilotage numériques extrêmement sophistiquées. Des séquences filmées récemment ont montré le J-36 réalisant un virage montant serré, démontrant une manœuvrabilité inédite pour ce type de configuration et confirmant que Chengdu maîtrise désormais ce défi aérodynamique longtemps jugé insurmontable.
La voilure adopte une forme en double delta, avec une cassure du bord d’attaque créant deux angles de flèche distincts. Le fuselage, large et effilé au niveau du nez, abrite un cockpit à sièges côte à côte plutôt qu’en tandem, une disposition qui facilite la coordination entre deux membres d’équipage pour la gestion des capteurs et des systèmes d’armes.
Trois réacteurs pour une puissance et une autonomie inédites
La caractéristique la plus singulière du J-36 reste sa motorisation à trois réacteurs, une configuration qu’aucun autre chasseur au monde n’a jamais adoptée. Deux hypothèses circulent chez les experts occidentaux. La première évoque une puissance insuffisante des réacteurs chinois actuels, contraignant les ingénieurs à ajouter un troisième moteur pour atteindre les performances visées. La seconde suggère que ce réacteur central, positionné dorsalement, alimenterait des systèmes de forte puissance électrique — capteurs actifs, guerre électronique, voire de futures armes à énergie dirigée — plutôt que la seule propulsion.
Les estimations de poids au décollage se situent entre 50 et 70 tonnes, largement au-dessus des 37 tonnes du J-20. Cette masse considérable autorise une réserve de carburant interne très importante, cohérente avec un rayon d’action annoncé au-delà de 4 000 kilomètres, voire jusqu’à 5 000 kilomètres selon certaines évaluations. À titre de comparaison, le rayon d’action opérationnel du J-20 dépasse rarement 2 000 kilomètres. Cette autonomie place le J-36 dans une catégorie hybride, à mi-chemin entre le chasseur de supériorité aérienne et le bombardier régional furtif, un rôle proche de celui autrefois envisagé pour le programme JH-XX.
Les longueurs estimées varient selon les sources entre 22 et 30 mètres, pour une envergure comprise entre 19 et 21 mètres. Ces dimensions dépassent largement celles du J-20 comme du F-22, et se rapprochent de celles d’un bombardier tactique plutôt que d’un chasseur pur.

Des tuyères qui trahissent un arbitrage stratégique
La section arrière du J-36 constitue sans doute l’élément le plus scruté par les analystes. Sur plusieurs prototypes intermédiaires, des tuyères plates et bidimensionnelles étaient apparues, rappelant la solution retenue par Lockheed Martin sur le F-22 et suggérant une capacité de vectorisation de la poussée. Le cinquième prototype semble pourtant être revenu, au moins partiellement, à des tuyères encastrées en forme de tranchée, similaires à celles du tout premier exemplaire.
Ce choix illustre un arbitrage classique en matière de conception furtive. Une tuyère profondément encastrée dissimule mieux les parties chaudes du réacteur, réduisant la signature infrarouge et radar de l’arrière-appareil. Une tuyère plate et orientable, en revanche, offre une autorité de contrôle supplémentaire par déviation du flux de poussée, un atout précieux pour un appareil sans empennage disposant de peu de surfaces aérodynamiques classiques. Le retour partiel à la configuration encastrée pourrait donc traduire une priorité accrue donnée à la discrétion à l’arrière de l’appareil, quitte à sacrifier une partie du contrôle par poussée vectorielle, ou bien une intégration plus poussée des deux approches au sein d’un même système.
Un armement pensé pour frapper loin et fort
Les images satellite ont révélé des soutes internes considérablement plus vastes que celles du J-20, capables potentiellement d’emporter le missile air-air longue portée PL-17, dont la portée atteindrait environ 500 kilomètres. Un tel armement changerait la donne tactique dans le Pacifique : il permettrait au J-36 de menacer directement les avions ravitailleurs, les avions de détection avancée et les plateformes de patrouille maritime, bien avant qu’ils n’entrent en contact avec la chasse adverse. En forçant ces appareils de soutien à opérer beaucoup plus loin des zones contestées, Pékin réduirait mécaniquement l’endurance et la réactivité des forces aériennes coalisées le long des première et deuxième chaînes d’îles.
Le rapport de force face aux programmes occidentaux
Le rapport annuel 2025 du Pentagone sur la puissance militaire chinoise a marqué un tournant en reconnaissant officiellement les progrès rapides des programmes chinois de sixième génération, citant explicitement le J-36 de Chengdu et le J-50 de Shenyang. Washington cible officiellement 2035 pour une capacité opérationnelle initiale, mais certains experts estiment que la cadence des essais en vol chinois pourrait permettre un déploiement limité dès 2030.
Du côté américain, le programme concurrent F-47, confié à Boeing dans le cadre du projet Next Generation Air Dominance, vise un premier vol en 2028. Des démonstrateurs technologiques auraient toutefois volé en secret dès 2019, selon les déclarations du président américain lors de l’annonce du choix de Boeing. L’écart calendaire affiché entre les deux programmes s’est nettement resserré, voire inversé, ce qui explique la tonalité inhabituellement alarmiste des évaluations officielles américaines.
Une campagne d’essais qui redéfinit les priorités industrielles chinoises
Le cas du cinquième prototype montre surtout que Chengdu n’avance pas selon une trajectoire linéaire simple. L’entreprise semble comparer simultanément plusieurs combinaisons d’entrées d’air, de tuyères, de trains d’atterrissage et de détails structurels, avant d’arrêter une configuration définitive. Des rumeurs, non confirmées officiellement, évoquent même le début d’une production à cadence réduite. En l’absence de données standardisées, de numéros de série identifiables ou de transfert vers une unité d’évaluation militaire, cette hypothèse doit toutefois rester traitée avec prudence.
Ce qui ressort clairement de cette cinquième apparition, c’est la réduction méthodique du risque technique par les ingénieurs chinois, aircraft après aircraft. Loin de signaler un programme figé, ce cinquième prototype démontre au contraire une industrie aéronautique capable d’itérer vite, de tester large, et de préparer sans détour l’aviation de combat qui façonnera les rapports de force aériens du Pacifique pour les décennies à venir.
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