Officiellement retiré, le F-117 vole encore. Pourquoi l’US Air Force exploite toujours ce chasseur furtif jusqu’en 2034.
En résumé
Le 3 janvier 2026, plusieurs observateurs ont de nouveau aperçu un F-117 Nighthawk au-dessus du Nevada Test and Training Range. L’événement n’a rien d’anecdotique. Bien que retiré du service actif en 2008, cet avion furtif continue d’être exploité par l’US Air Force dans un cadre discret mais structuré. Une flotte réduite est maintenue en état de vol pour des missions de Red Air, d’évaluation de capteurs adverses et de recherche sur les revêtements furtifs. Un contrat en cours, actif jusqu’en 2034, encadre ces activités. Le F-117 n’est plus un avion de combat opérationnel, mais il demeure un outil d’essai unique. Sa géométrie, sa signature radar atypique et ses matériaux anciens offrent un banc d’expérimentation irremplaçable pour préparer les conflits futurs et tester les défenses aériennes modernes.
La réapparition d’un avion officiellement retiré
Le F-117 est censé appartenir au passé. Retiré du service opérationnel depuis près de vingt ans, il n’apparaît plus dans les inventaires publics de l’US Air Force. Pourtant, son apparition régulière dans le ciel du Nevada confirme une réalité moins connue.
Le Nevada Test and Training Range, vaste zone d’essais couvrant plus de 12 000 km², reste le cœur des activités expérimentales américaines. C’est là que le F-117 poursuit une seconde vie, loin des bases opérationnelles classiques. Les vols observés ne sont ni accidentels ni exceptionnels. Ils s’inscrivent dans un programme encadré, assumé, mais volontairement peu médiatisé.
La flotte concernée serait limitée à une dizaine d’appareils, issus des cellules stockées à Tonopah. Ces avions sont maintenus en condition de vol avec un niveau de modernisation minimal, suffisant pour répondre à des besoins très spécifiques.
Le rôle du F-117 dans les missions de Red Air
Le premier usage actuel du F-117 concerne les missions dites de Red Air, c’est-à-dire la simulation d’adversaires lors d’exercices de combat aérien. Contrairement aux avions classiques utilisés dans ce rôle, le F-117 apporte une dimension singulière : la furtivité passive.
Face à des pilotes de F-22 ou de F-35, le Nighthawk permet de simuler une cible difficilement détectable par les radars conventionnels. Il oblige les équipages à travailler leurs procédures de détection multi-spectrale, de fusion de données et de coordination inter-plateformes.
Sa vitesse subsonique, limitée à environ 1 040 km/h, et son absence de radar embarqué ne sont pas des handicaps dans ce rôle. Au contraire, elles forcent les forces bleues à s’appuyer sur leurs capteurs externes, leurs AWACS et leurs réseaux de combat collaboratif.
Le F-117 n’imite pas un chasseur moderne chinois ou russe. Il sert plutôt de cible furtive imparfaite, réaliste, et surtout connue dans ses limites. C’est précisément ce qui en fait un outil pédagogique efficace.
Un laboratoire volant pour la furtivité
Au-delà de l’entraînement, le F-117 est un banc d’essai volant. Sa conception date des années 1970, avec des choix technologiques aujourd’hui dépassés. Mais cette obsolescence apparente est un atout.
La cellule facettée du Nighthawk, associée à des revêtements absorbants de première génération, offre une base idéale pour tester l’évolution des matériaux furtifs. Contrairement aux avions de cinquième génération, le F-117 peut recevoir des revêtements expérimentaux sans compromettre des capacités opérationnelles critiques.
Les ingénieurs américains l’utilisent pour évaluer la dégradation des signatures radar, infrarouges et électromagnétiques dans le temps. Ils analysent aussi l’impact des conditions climatiques, de l’usure et des réparations de terrain sur la furtivité réelle.
Ces travaux sont essentiels. La furtivité moderne n’est pas figée. Elle évolue face à des radars multi-bandes, à des capteurs passifs et à des algorithmes de traitement de plus en plus sophistiqués.
Pourquoi le F-117 reste pertinent face aux capteurs modernes
Un argument revient souvent : pourquoi utiliser un avion ancien alors que des F-35 ou des B-21 existent ? La réponse tient en un mot : contrôle.
Le F-117 est totalement maîtrisé par les ingénieurs. Sa signature est connue, mesurée, documentée depuis des décennies. Cela permet de comparer précisément les performances de nouveaux radars ou systèmes optroniques face à une référence stable.
Lorsqu’un radar détecte un F-117 à une distance donnée, les analystes savent exactement ce que cela signifie. Ils peuvent isoler les progrès du capteur, sans être parasités par des variables inconnues liées à des technologies encore classifiées.
En ce sens, le Nighthawk agit comme un étalon de furtivité. Il ne représente pas le sommet technologique actuel, mais une base de comparaison indispensable.
Les contraintes techniques d’un avion ressuscité
Maintenir en vol un avion conçu il y a plus de quarante ans n’est pas anodin. Le F-117 repose sur une structure en grande partie métallique, avec des matériaux composites limités. Ses moteurs General Electric F404, bien que robustes, nécessitent une maintenance attentive.
La disponibilité réelle de la flotte resterait modeste, probablement inférieure à 50 %, ce qui suffit pour des missions d’essai ponctuelles. Les vols sont planifiés, courts, et concentrés sur des profils spécifiques.
L’avionique n’a pas été modernisée en profondeur. Les systèmes de navigation et de communication sont adaptés au strict nécessaire. Le F-117 ne cherche plus à combattre, mais à être observé, mesuré et analysé.

Le cadre contractuel jusqu’en 2034
L’exploitation continue du F-117 repose sur un contrat à long terme, actif jusqu’en 2034. Ce cadre juridique et budgétaire confirme que l’US Air Force ne considère pas ces vols comme transitoires.
Le coût exact n’est pas public, mais il reste marginal comparé aux budgets des programmes de nouvelle génération. Maintenir une poignée d’avions en état de vol coûte bien moins cher que de mobiliser des plateformes modernes pour des essais risqués ou destructifs.
Ce contrat couvre la maintenance, le soutien logistique, les équipages et les activités de recherche associées. Il garantit une continuité rare dans le domaine aéronautique militaire.
Le message stratégique envoyé aux adversaires
Voir un F-117 voler encore en 2026 n’est pas seulement une curiosité technique. C’est aussi un signal stratégique. Il montre que les États-Unis investissent dans la compréhension fine de la furtivité, y compris de ses limites.
Alors que la Chine et la Russie développent des radars à ondes métriques, des réseaux passifs et des capteurs distribués, le maintien du F-117 traduit une volonté d’anticipation. Tester ses propres faiblesses reste l’un des moyens les plus efficaces de progresser.
Le Nighthawk rappelle aussi une réalité souvent oubliée : une technologie ne disparaît jamais vraiment. Elle évolue, se transforme, et trouve parfois une seconde vie inattendue.
Une plateforme irremplaçable malgré son âge
Aucun autre avion ne combine à ce point une furtivité historique, une architecture simple et une disponibilité contrôlée. Les drones furtifs pourraient, à terme, remplir un rôle similaire. Mais ils n’offrent pas encore la même flexibilité en matière d’essais habités et de scénarios complexes.
Le F-117 continue donc d’occuper une niche très précise. Il n’est plus un outil de frappe. Il est devenu un outil de connaissance.
Ce que révèle la longévité du F-117
Le maintien en service discret du F-117 interroge la manière dont les armées gèrent leurs patrimoines technologiques. Retirer un avion du service ne signifie pas l’abandonner. Cela peut signifier le repositionner.
Le Nighthawk n’est plus un symbole de domination aérienne. Il est devenu un instrument d’apprentissage stratégique. Tant que la furtivité restera un enjeu central, il conservera une utilité.
Son apparition régulière dans le ciel du Nevada n’est pas un vestige du passé. C’est un rappel très contemporain : comprendre la guerre de demain passe parfois par les machines d’hier.
Sources
- US Air Force – déclarations sur l’utilisation des plateformes expérimentales
- Nevada Test and Training Range – documentation officielle
- Lockheed Martin – historique et données techniques du F-117
- Rapports budgétaires du Department of Defense
- Analyses spécialisées de l’aviation militaire américaine
Avion-Chasse.fr est un site d’information indépendant.