Le US Marine Corps confirme la retraite finale du Harrier en 2026. Fin d’une capacité unique et transition vers le F-35B.
En résumé
Le 2 janvier 2026, le United States Marine Corps a confirmé que l’AV-8B Harrier II atteindra officiellement son sundown en septembre 2026. Une seule unité reste aujourd’hui active, le squadron VMA-223, ultime dépositaire d’une capacité qui a marqué l’aviation de combat embarquée et expéditionnaire américaine pendant plus de quatre décennies. Cette décision ne relève pas d’un symbole, mais d’un arbitrage opérationnel, technique et budgétaire. L’avion à décollage court et atterrissage vertical, longtemps indispensable aux opérations depuis des bases sommaires et des navires amphibies, arrive au terme de son potentiel. Sa succession est assurée par le F-35B, plus polyvalent et mieux intégré aux réseaux de combat modernes. Le retrait du Harrier acte la fin d’une philosophie opérationnelle unique et l’entrée du Marine Corps dans une ère entièrement numérique et furtive.
L’annonce officielle d’un retrait désormais irréversible
Le calendrier n’est plus flou. En confirmant la date de septembre 2026 pour la retraite complète de l’AV-8B Harrier II, le Marine Corps met fin à des années de reports progressifs. Depuis 2020, la flotte était déjà en décroissance rapide. Plusieurs escadrons avaient été dissous ou convertis, laissant un seul squadron opérationnel chargé d’assurer la transition.
Le terme de sundown n’est pas anodin. Il ne désigne pas une simple mise en réserve, mais la fin de toute activité opérationnelle, de formation et de déploiement. Les derniers appareils seront retirés des inventaires actifs, certains rejoignant des musées, d’autres servant de sources de pièces ou de plateformes d’essais au sol.
Cette annonce intervient dans un contexte budgétaire tendu. Le maintien en service d’une flotte vieillissante devenait de plus en plus coûteux, sans offrir de gains opérationnels comparables à ceux des plateformes plus récentes.
Le Harrier, pilier historique de l’aviation expéditionnaire
Introduit au sein du Marine Corps à la fin des années 1980, l’AV-8B Harrier II a profondément transformé la manière de concevoir l’appui aérien rapproché. Sa capacité de décollage court et atterrissage vertical permettait d’opérer depuis des pistes de 300 m (1 000 ft), voire depuis des routes renforcées ou des ponts de navires amphibies.
Dans les conflits asymétriques comme dans les opérations conventionnelles, cette flexibilité était décisive. Le Harrier pouvait être positionné au plus près des forces au sol, réduisant les délais d’intervention et limitant la dépendance à des bases aériennes majeures.
Avec une masse maximale au décollage d’environ 14 tonnes (31 000 lb) et une charge militaire proche de 4 tonnes (9 000 lb), l’avion offrait un compromis rare entre puissance de feu et souplesse d’emploi. Il n’était pas conçu pour la supériorité aérienne, mais pour frapper vite, près, et repartir.
Une flotte usée par des décennies d’engagements
Si le Harrier a longtemps rendu des services essentiels, son vieillissement structurel est devenu impossible à ignorer. La majorité des cellules encore en service dépasse les 30 ans, avec des milliers d’heures de vol accumulées dans des environnements exigeants.
Le système de propulsion, basé sur un moteur unique à tuyères orientables, impose des contraintes thermiques et mécaniques sévères. La maintenance du Harrier est réputée lourde, avec des taux de disponibilité souvent inférieurs à 60 % sur les dernières années.
Les coûts de soutien ont augmenté de manière constante. Chaque heure de vol mobilise davantage de techniciens, de pièces rares et de contrôles structurels. À performances constantes, l’équation économique n’était plus tenable face à des plateformes plus modernes.
Les limites opérationnelles face aux menaces actuelles
Le Harrier II reste un avion subsonique, dépourvu de furtivité et d’une capacité de survie adaptée aux environnements fortement défendus. Dans un contexte marqué par la prolifération de systèmes sol-air modernes, de radars multi-bandes et de capteurs passifs, son emploi devient risqué.
Son avionique, bien que modernisée par touches successives, ne permet pas une intégration native dans les réseaux de combat collaboratif actuels. La fusion de données reste limitée, tout comme la capacité à exploiter pleinement les informations issues de capteurs externes.
Ces faiblesses ne posaient pas toujours problème dans des théâtres permissifs. Elles deviennent rédhibitoires face à des adversaires disposant de capacités anti-accès crédibles.
Le rôle symbolique du dernier squadron VMA-223
Le maintien d’un unique squadron actif n’a pas qu’une fonction opérationnelle. Il s’agit aussi d’un choix symbolique et organisationnel. VMA-223 assure la transmission des savoir-faire, la formation finale des équipages et la clôture progressive du cycle de vie du Harrier.
Ce squadron joue un rôle clé dans la gestion de la transition vers le F-35B. Les pilotes et mécaniciens les plus expérimentés participent à la capitalisation du retour d’expérience, notamment sur l’emploi depuis des plateformes amphibies et des bases austères.
La dissolution programmée de VMA-223 en 2026 marquera la fin d’une lignée remontant à la Seconde Guerre mondiale, ce qui explique l’attention particulière portée à cette phase finale.

Le F-35B comme successeur assumé, mais différent
Le remplacement du Harrier par le F-35B ne se limite pas à un échange de cellules. Il s’agit d’un changement de doctrine. Le F-35B conserve la capacité de décollage court et atterrissage vertical, mais l’intègre dans une architecture beaucoup plus large.
Avec sa furtivité, ses capteurs avancés et sa capacité de fusion de données, le F-35B agit autant comme capteur que comme tireur. Il peut détecter, analyser et partager l’information bien au-delà de sa propre portée de tir.
En revanche, cette sophistication a un coût. Le F-35B est plus cher à l’achat et à l’heure de vol. Il nécessite une logistique plus structurée et une infrastructure numérique robuste. La rusticité du Harrier, capable d’opérer dans des conditions très dégradées, disparaît en partie.
Les conséquences doctrinales pour le Marine Corps
La fin du Harrier oblige le Marine Corps à repenser certains scénarios d’emploi. L’appui aérien rapproché depuis des sites extrêmement sommaires devient plus contraint. La dépendance aux réseaux, aux capteurs et à la protection électronique augmente.
En contrepartie, le Marine Corps gagne en portée informationnelle et en survivabilité dans des conflits de haute intensité. L’aviation expéditionnaire se transforme en aviation connectée, intégrée à un combat multi-domaines.
Ce basculement est cohérent avec les priorités stratégiques américaines, notamment dans l’Indo-Pacifique, où la capacité à opérer face à des systèmes anti-accès complexes est déterminante.
Une page se tourne sans nostalgie excessive
Le Harrier II occupe une place particulière dans l’histoire militaire américaine. Il a démontré qu’une aviation tactique pouvait s’affranchir des infrastructures classiques et suivre les forces au sol au plus près.
Son retrait n’est pas un aveu d’échec, mais la reconnaissance lucide de ses limites dans un monde où la technologie, la connectivité et la survivabilité priment. Le Marine Corps ne renonce pas à l’expéditionnaire. Il en redéfinit les contours.
Lorsque le dernier AV-8B quittera la piste en 2026, ce ne sera pas un simple adieu à un avion. Ce sera la fin d’une manière de faire la guerre depuis les airs, remplacée par une autre, plus discrète, plus intégrée, et nettement plus exigeante.
Sources
- United States Marine Corps – communication officielle du 2 janvier 2026
- Rapports budgétaires du Department of Defense
- Données techniques historiques sur l’AV-8B Harrier II
- Publications doctrinales du Marine Corps sur la transition vers le F-35B
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