France : Exercice Topaze de dispersion d’urgence pour le Rafale

Dassault Rafale

Ordre surprise, 20 Rafale dispersés en 8 heures : ce que l’exercice Topaze dit sur la survie des bases, la logistique et la frappe de rétorsion.

En résumé

Le 27 janvier 2026, la 30e Escadre de Chasse a reçu un ordre de dispersion sans préavis dans le cadre de l’exercice Topaze. Vingt Rafale ont quitté la base aérienne 118 de Mont-de-Marsan pour être répartis sur quatre sites, dont un aéroport civil. L’objectif est clair : éviter qu’une frappe massive sur une base principale ne neutralise d’un coup une part significative de la force aérienne. L’exercice a testé la vitesse de décision, la chaîne de commandement, la sécurité des emprises, et la capacité à maintenir le soutien technique et l’armement loin de l’infrastructure habituelle. Le scénario ne s’arrête pas au simple « desserrement » : vingt-quatre heures plus tard, les équipages ont enchaîné avec une mission de frappe simulée au SCALP, depuis les sites de déploiement. Topaze rappelle un fait brut : la résilience se construit par la logistique et les hommes, autant que par l’avion sur le terrain.

Le déclenchement surprise et la mécanique de la dispersion

Le principe est simple. Éviter qu’une base devienne un piège. Dans les faits, c’est une manœuvre lourde, sous contrainte de temps.

Dans l’exercice, l’alerte est présentée comme imminente. La décision est donc de « sortir » rapidement une partie significative des avions. Le message est explicite : on ne teste pas un déplacement de convenance. On teste la capacité à continuer la guerre après une première salve.

Ce point mérite d’être dit franchement. Une base de chasse moderne concentre des avions, des munitions, du carburant, des moyens de commandement, des ateliers, et des personnes. Une frappe bien préparée peut viser la piste, les dépôts, et les parkings en quelques minutes. Si la base est bloquée, les avions survivants deviennent inutiles.

Le scénario d’attaque et l’autorité qui décide

La dispersion est pilotée au niveau de la manœuvre chasse. Elle n’est pas une décision « locale » prise dans l’urgence au dernier moment. Dans le cas Topaze, la manœuvre est annoncée comme orchestrée par la BAAC, et replacée dans une logique de continuité opérationnelle : l’activité ne doit pas s’interrompre, même sous pression.

C’est là que la notion de chaîne C2 devient centrale. Sans liens décision-action fiables, une dispersion ne sert qu’à sauver des cellules. Or le but militaire est de sauver une capacité à produire des missions, donc des effets.

Le choix des sites et ce qu’il révèle

Le déploiement a envoyé 20 avions vers Cognac, Cazaux, Mérignac et Clermont-Ferrand. Le choix est parlant. On mixe des sites militaires et des sites à usage civil.

On n’est pas sur une logique de pistes très courtes façon « route ». Le Rafale n’est pas conçu pour cela. On est sur une logique française plus pragmatique : multiplier les terrains crédibles, disponibles, et assez équipés pour soutenir un minimum d’activité.

Les chiffres de piste éclairent ce réalisme. Clermont-Ferrand dispose d’une piste principale de 3 015 m (9 892 ft). Bordeaux-Mérignac annonce deux pistes, dont une à 3 100 m (10 171 ft). Cognac et Cazaux offrent des longueurs autour de 2 400 m (environ 7 900 ft). Ce sont des marges confortables pour des opérations de chasse, y compris avec charges et carburant.

La raison d’être d’un exercice de dispersion en 2026

Topaze est inspiré par une idée devenue banale en Ukraine : frapper les bases pour casser le rythme. Même sans détruire beaucoup d’avions, on peut neutraliser une force en rendant la piste inutilisable, en brûlant du carburant, ou en saturant la défense par la répétition.

C’est un changement de mentalité pour des forces aériennes occidentales. Pendant des années, on a surtout optimisé la projection depuis des bases établies. La haute intensité remet l’accent sur un problème plus rude : survivre aux premières heures.

Dans ce contexte, la dispersion vise trois choses, très concrètes.

D’abord, réduire le risque de perte massive. On passe d’un point unique de vulnérabilité à plusieurs points plus difficiles à frapper simultanément.

Ensuite, compliquer la planification adverse. Une frappe préparée sur un site connu est plus simple qu’une frappe sur quatre sites, dont un civil, avec des mouvements rapides.

Enfin, conserver la capacité d’action. Ce dernier point compte plus que les deux autres. Sauver des avions qui ne peuvent pas combattre ne sert à rien.

Les exigences techniques du Rafale hors de sa base

Le discours « empreinte réduite » est séduisant. Il doit être recadré. Il ne s’agit pas de faire de la chasse avec deux camions et un jerrican. Il s’agit de déplacer une partie d’une usine, puis de la faire tourner.

Pour autant, l’exercice valide une réalité utile : le Rafale peut fonctionner avec une empreinte logistique réduite par rapport à des déploiements lourds, à condition d’avoir un terrain d’accueil déjà structuré.

Le minimum vital à garantir

Il faut une piste, mais pas seulement. Il faut aussi une gestion du trafic, des procédures, des secours, et des moyens de sécurité.

Il faut du carburant au bon standard, avec contrôle qualité. Et il faut du débit. Un avion de chasse consomme vite. Une dispersion qui fait la queue au ravitaillement devient vite une dispersion « immobilisée ».

Il faut aussi de la donnée. Météo, planification, menaces, coordination, déconfliction. Le lien entre ceux qui décident et ceux qui exécutent doit tenir, même en situation dégradée. C’est une contrainte parfois plus dure que la contrainte de piste.

Le vrai verrou : armement et maintenance

Le point dur est connu : maintenir la disponibilité. L’avion peut se poser ailleurs. La question est : peut-il repartir, armé, et au bon tempo ?

Cela demande des équipes de mécaniciens, des spécialistes avionique et moteur, des outillages, des pièces, et une discipline de sécurité stricte. Sur une base principale, tout est sur place. Sur un site d’accueil, tout doit être emporté, ou déjà disponible.

L’armement est encore plus contraignant. Stockage, sûreté, manutention, préparation. On ne « bricole » pas un armement complexe au bord d’une piste civile sans procédures béton.

C’est pour cela que le jour 2 de Topaze est le vrai test. Les publications officielles indiquent qu’un raid SCALP a été mené depuis les sites de déploiement, en riposte simulée à l’attaque de la BA 118. Les mécaniciens auraient armé les avions dès la veille au soir. Le message est net : ce n’était pas seulement une dispersion de survie. C’était une dispersion qui conserve une capacité de frappe.

Les unités concernées et l’ordre de grandeur humain

Vous demandez « combien de personnes ». La réponse exacte n’a pas été donnée publiquement. Mais on peut cadrer un ordre de grandeur sérieux, sans raconter d’histoires.

La 30e Escadre de Chasse regroupe des unités Rafale, dont le 2/30 Normandie-Niémen et le 3/30 Lorraine, cités comme impliqués. L’exercice implique aussi des équipes de soutien, de planification, de commandement, et de protection.

Le point clé est celui-ci : disperser multiplie les besoins. Un seul site principal concentre les spécialistes. Quatre sites demandent de dupliquer des fonctions critiques, même si une partie du support reste centralisée.

Pour estimer, un repère parlementaire est utile. En 2023, un déploiement présenté comme expéditionnaire a mobilisé 3 Rafale et 80 aviateurs, à grande distance, avec une base à « créer » en partie. Le contexte est différent, mais le ratio donne un ordre de grandeur : quelques dizaines de personnes par avion, quand il faut être autonome.

Topaze est en France. Les terrains d’accueil existent. Donc le besoin par avion est probablement plus faible. Mais l’exercice concerne 20 avions et quatre sites. Même en réduisant fortement le ratio, on arrive vite à plusieurs centaines de personnels engagés, entre les détachements, les soutiens, les fonctions de commandement, et la sécurité. C’est un coût humain. C’est aussi la limite structurelle de la dispersion.

Dassault Rafale

Les résultats crédibles et les limites qu’il faut regarder en face

Le succès le plus clair est chiffré. 20 avions dispersés vers quatre sites « aujourd’hui », et une exécution rapide présentée comme une course contre la montre. C’est un test de tempo.

Le deuxième succès, plus exigeant, est la séquence de frappe au SCALP depuis les sites de déploiement. Cela valide au moins trois choses : l’armement a suivi, la planification a suivi, et les équipages ont pu opérer depuis des emprises différentes.

Maintenant, il faut regarder les zones grises.

La première, c’est la protection. Disperser, c’est multiplier les points à défendre. Et la menace la plus probable sur un site secondaire, ce sont les drones et le sabotage, pas forcément un missile de croisière. Protéger un site civil ou mixte demande des procédures et des renforts. Sinon, on déplace juste la vulnérabilité.

La deuxième, c’est la discrétion. Un Rafale sur un aéroport civil se photographie en dix secondes. En temps de crise, cela peut aider la dissuasion. Cela peut aussi aider un adversaire. Il faudra choisir une ligne de communication cohérente, parce que la transparence permanente peut être une faiblesse.

La troisième, c’est la durée. Topaze valide une fenêtre courte, très dynamique. La haute intensité pose une question plus dure : tenir plusieurs jours sous pression, avec réparation, réapprovisionnement, fatigue, et communications dégradées. Une dispersion « 48 heures » n’est pas une dispersion « une semaine ».

Les enseignements doctrinaux pour la haute intensité

Topaze s’inscrit dans une tendance claire. Réapprendre la guerre distribuée. Les pays nordiques ont historiquement structuré des systèmes de dispersion, parfois avec des logiques très radicales de segments de route. La France ne suit pas ce modèle à l’identique. Elle capitalise sur son maillage d’aérodromes.

Le cœur du sujet devient alors un sujet d’État. Pré-négocier l’accueil. Pré-positionner certains stocks. Répéter avec les acteurs civils. Travailler la cohabitation avec la DGAC, les exploitants, et les forces de sécurité intérieure. Sans ce travail, la dispersion restera un exercice « possible », mais pas une compétence « reproductible ».

Le dernier enseignement est le plus important. La survivabilité des bases ne se joue pas seulement sur le mouvement. Elle se joue aussi sur le durcissement : abris, leurres, défense sol-air, lutte anti-drone, réparation rapide de piste, et protection des dépôts. La dispersion est une jambe. Le durcissement est l’autre.

La fin de l’idée de base sanctuarisée

Topaze dit quelque chose de simple, et un peu inquiétant. Les grandes bases fixes sont des points de gravité. Donc des points de cible.

La Armée de l’Air et de l’Espace montre ici une capacité utile : déplacer vite, maintenir l’activité, et démontrer qu’un avion de combat moderne comme le Rafale peut continuer à produire des effets après un choc initial.

Mais l’exercice rappelle aussi une vérité moins confortable. Disperser coûte cher. En personnes. En logistique. En sécurité. Et cela crée de nouvelles vulnérabilités, parce que les lignes de soutien se multiplient.

La suite logique n’est donc pas de célébrer. C’est de durcir et de répéter. Plus souvent. Dans des conditions plus dégradées. Et avec une obsession : éviter qu’un « beau jour d’exercice » se transforme, un jour, en réflexe insuffisant face à une attaque réelle.

Sources

Armée de l’air et de l’espace, publication LinkedIn « Exercice #TOPAZE – jour 2 » (29 janvier 2026).
CDAOA, publication LinkedIn sur la dispersion TOPAZE et la chaîne C2 (27 janvier 2026).
Assemblée nationale, rapport évoquant le déploiement MORANE (3 Rafale, 80 aviateurs) et le format Rafale.
Aéroport de Bordeaux-Mérignac, page infrastructure (longueurs de piste).
Aeroport . fr, fiche Aéroport de Clermont-Ferrand Auvergne (piste 3015 x 45).
Base aérienne 120 Cazaux, données de piste (2400 m).
Cognac-Châteaubernard (BA 709), données de pistes.
Saab, présentation du concept Bas 90 (contexte doctrinal de dispersion).

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