L’Égypte demande 24 Rafale supplémentaires à Dassault Aviation

Rafale Egypte

L’Égypte demande une offre à Dassault Aviation pour 24 Rafale supplémentaires, avec l’objectif potentiel de porter sa flotte à 78 appareils.

En résumé

L’Égypte prépare potentiellement une troisième commande de Rafale. Selon des informations publiées début septembre 2026, Le Caire a adressé à Dassault Aviation une Request for Proposal portant sur 24 Rafale supplémentaires. Une RFP demande une proposition technique et commerciale détaillée mais ne constitue pas encore une commande. Si les discussions aboutissent, l’Egyptian Air Force disposerait à terme de 78 Rafale, après les 24 appareils commandés en 2015 et les 30 supplémentaires acquis en 2021. Le mouvement répond à un problème structurel : l’Égypte exploite encore plus de 200 F-16, dont plusieurs dizaines ont été livrés dans les années 1980 et 1990. Le Rafale apporte une avionique plus moderne, une meilleure guerre électronique et un accès à une gamme d’armements français. Cette demande intervient aussi alors que Le Caire approfondit sa coopération militaire avec Pékin. L’Égypte cherche moins un fournisseur unique qu’une plus grande autonomie dans ses choix d’armement.

La demande égyptienne ouvre la voie à une troisième commande

L’information est importante, mais son statut doit être correctement compris.

Selon La Tribune, l’Égypte a adressé à Dassault Aviation une Request for Proposal, ou RFP, portant sur 24 nouveaux Rafale. Plusieurs publications spécialisées ont ensuite repris cette information les 1er, 2 et 3 septembre 2026.

Une RFP n’est pas une commande.

Elle invite un industriel à remettre une offre précisant notamment les caractéristiques techniques, le prix, le financement, le soutien, le calendrier de livraison et éventuellement les armements associés. Une négociation peut ensuite commencer.

Dassault Aviation n’a pas confirmé publiquement l’existence d’un futur contrat et a refusé de commenter les informations rapportées par la presse française. À ce stade, aucun prix, aucun calendrier de livraison et aucune répartition entre monoplaces et biplaces n’ont été annoncés.

Le standard précis des avions n’est pas non plus officiellement connu. Il serait donc prématuré d’affirmer que les 24 appareils seraient nécessairement des Rafale F4, même si ce standard constitue aujourd’hui la référence pour les nouvelles productions.

Le Rafale est devenu un pilier de l’aviation égyptienne

La relation entre Le Caire et le Dassault Rafale remonte à 2015.

Cette année-là, l’Égypte devient le premier client export du Rafale avec une commande de 24 appareils. Le contrat s’inscrivait dans un ensemble comprenant également une frégate FREMM et des armements.

L’Égypte revient ensuite vers Dassault Aviation en 2021 avec une deuxième commande portant sur 30 avions supplémentaires.

Le total commandé atteint alors 54 appareils.

Dassault Aviation indiquait à l’époque que l’Egyptian Air Force deviendrait la deuxième force aérienne mondiale, après l’Armée de l’Air et de l’Espace française, à exploiter une flotte aussi importante de Rafale.

Les 30 appareils du deuxième contrat doivent compléter progressivement la flotte jusqu’à la fin de 2026.

Une nouvelle acquisition de 24 chasseurs porterait donc le total théorique à 78 Rafale.

Les 78 Rafale ne constitueraient pas le plus gros contrat export

Une nuance est nécessaire.

Avec 78 avions, l’Égypte ne deviendrait pas le premier client étranger du Rafale en nombre total d’appareils commandés. Les Émirats arabes unis ont signé en décembre 2021 un contrat portant sur 80 Rafale au standard F4.

Le Caire disposerait néanmoins de l’une des plus importantes flottes de Rafale hors de France et surtout d’une expérience opérationnelle du type beaucoup plus ancienne que celle des futurs opérateurs.

Cette continuité compte. Ajouter 24 Rafale à une flotte existante coûte moins cher en formation, infrastructures et logistique que d’introduire un nouveau modèle de chasseur.

Les F-16 vieillissants créent un problème de renouvellement massif

La logique industrielle ne suffit pas à expliquer cette troisième tranche.

Le véritable problème de l’Egyptian Air Force s’appelle le F-16 Fighting Falcon.

L’Égypte a reçu environ 240 F-16 dans le cadre des différentes phases du programme Peace Vector. Plus de 200 seraient encore exploités selon les inventaires disponibles.

Une partie importante de cette flotte est ancienne.

Le premier lot comprenait 42 F-16 Block 15 livrés à partir de 1982. Quarante Block 32 ont ensuite rejoint l’Égypte à partir de 1986. Puis 47 Block 40 ont été livrés au début des années 1990.

Ces trois premières tranches représentent 129 appareils livrés entre 1982 et 1995.

Même après modernisation, l’âge des cellules devient une contrainte. En 2026, les premiers F-16 égyptiens ont plus de quarante ans.

Une flotte éventuelle de 78 Rafale ne remplacerait d’ailleurs pas numériquement l’ensemble de ces appareils. Elle représenterait seulement environ 60 % des 129 F-16 appartenant aux trois premiers lots.

Le problème de renouvellement égyptien est donc beaucoup plus vaste qu’une seule commande de 24 avions.

Rafale Egypte

Le Rafale apporte surtout des capacités que le F-16 égyptien n’offre pas

Le Rafale n’est pas simplement plus récent.

Sa valeur réside dans son architecture de combat.

Le chasseur français associe radar à antenne active RBE2 AESA, système optronique frontal, liaison de données, suite de guerre électronique SPECTRA et fusion des informations recueillies par les différents capteurs.

SPECTRA constitue notamment une différence importante. Le système détecte et identifie les émissions électromagnétiques hostiles puis participe aux fonctions d’alerte, de brouillage et de protection de l’appareil.

Le Rafale peut également employer une gamme étendue d’armements français.

Le MICA assure les engagements air-air. Le Meteor offre une capacité d’interception à longue portée. L’AASM Hammer permet des frappes de précision. Le missile de croisière SCALP-EG apporte une capacité de frappe à longue distance contre des objectifs terrestres.

La configuration exacte accessible à l’Égypte dépend cependant des autorisations d’exportation françaises. Il ne faut donc pas automatiquement considérer que chaque Rafale export dispose de l’intégralité des équipements et armements français.

La relation avec la Chine complique le choix égyptien

La demande égyptienne arrive dans un contexte diplomatique particulièrement intéressant.

L’Egyptian Air Force a récemment organisé avec la Chine l’exercice Eagles of Civilization 2026. Des J-16 chinois ont notamment opéré aux côtés des Rafale égyptiens.

Cette coopération montre que Le Caire ne souhaite pas dépendre exclusivement de Washington ou de Paris.

La Chine pousse parallèlement ses propres avions de combat sur le marché export. Le J-10CE constitue notamment une option crédible dans plusieurs pays qui recherchent un chasseur moderne sans dépendre entièrement de l’écosystème américain.

La visite de Xi Jinping en Égypte début septembre 2026 a encore renforcé cette dimension. Pékin et Le Caire ont affiché leur volonté d’approfondir leurs relations économiques, diplomatiques et militaires.

Cela ne signifie pas que l’Égypte abandonne ses partenaires occidentaux. C’est précisément l’inverse : Le Caire cherche à multiplier ses options.

Le Rafale permet à l’Égypte de réduire sa dépendance américaine

L’histoire du F-16 explique cette stratégie.

L’Égypte est l’un des principaux bénéficiaires de l’aide militaire américaine depuis plusieurs décennies. Mais l’utilisation et la modernisation de ses F-16 restent dépendantes des décisions politiques de Washington.

Les livraisons d’équipements américains ont notamment été perturbées après le renversement de Mohamed Morsi en 2013.

Pour Le Caire, diversifier ses fournisseurs constitue donc une forme d’assurance stratégique.

La flotte égyptienne mélange déjà F-16 américains, Rafale français, Mirage 2000 et MiG-29M russes. Cette diversité augmente les coûts logistiques et complique la formation. Mais elle empêche aussi un fournisseur unique de disposer d’un levier total sur la puissance aérienne du pays.

Une troisième commande de Rafale renforcerait clairement le pilier français de cette architecture.

La décision finale dira davantage que le nombre d’avions

Le chiffre de 24 Rafale supplémentaires attire naturellement l’attention. Mais les détails d’un éventuel contrat seront plus intéressants que le volume lui-même.

Il faudra observer le standard demandé, les armements autorisés, les conditions de financement, le calendrier des livraisons et la proportion entre versions monoplace et biplace.

Le Rafale est aujourd’hui une solution relativement logique pour l’Égypte. L’avion est déjà intégré à ses forces, ses pilotes sont formés et ses infrastructures existent. Ajouter une nouvelle tranche permettrait donc d’augmenter rapidement les capacités sans introduire une nouvelle chaîne logistique.

Mais 24 avions ne régleront pas seuls le vieillissement d’une flotte de F-16 acquise par centaines.

Le choix de l’Égypte révèle surtout une transformation plus profonde. Le Caire veut conserver les États-Unis comme partenaire, renforcer son lien militaire avec la France et développer simultanément sa relation avec la Chine. Dans le Moyen-Orient de 2026, la question n’est plus seulement de savoir quel chasseur possède le meilleur radar. Elle est aussi de savoir quel fournisseur laissera le plus de liberté politique à son client.

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