E-7 Wedgetail, ECRS Mk2, NEXUS et GCAP : Londres investit dans les capteurs et réseaux qui doivent multiplier l’efficacité de ses chasseurs.
En résumé
Le Royaume-Uni ne se contente plus d’acheter des chasseurs performants. Il reconstruit l’architecture de capteurs, de communications et de commandement qui doit permettre aux F-35, Typhoon et futur GCAP d’opérer comme les éléments d’un même système. Le E-7 Wedgetail doit restaurer l’alerte avancée aéroportée abandonnée avec le retrait de l’E-3D Sentry. Le radar AESA ECRS Mk2 transformera 40 Typhoon en puissantes plateformes de détection et de guerre électronique. Au sol, GUARDIAN et le cloud de combat NEXUS doivent fusionner les informations et accélérer la chaîne entre capteurs, décideurs et armes. À plus long terme, GCAP intégrera dès sa conception radars, guerre électronique et communications au sein de l’architecture ISANKE & ICS développée conjointement avec l’Italie et le Japon. Londres investit désormais près de 7,3 milliards de livres dans son réseau numérique de ciblage. L’enjeu est clair : obtenir davantage d’efficacité militaire avec chaque avion et chaque missile.
Le Royaume-Uni redécouvre que le meilleur chasseur ne suffit pas
Le débat sur la puissance aérienne britannique s’est longtemps concentré sur les avions.
Combien de F-35 ? Combien de Typhoon ? Combien coûtera GCAP ? Quel appareil remplacera le Typhoon après 2035 ?
Ces questions restent importantes. Mais elles ne disent qu’une partie de la vérité.
Dans un combat aérien moderne, l’appareil qui tire le missile n’est plus nécessairement celui qui détecte la cible en premier. Le capteur qui découvre une menace peut se trouver sur un autre avion, sur un navire, au sol ou demain sur un drone autonome.
L’avantage appartient alors à celui qui transforme le plus rapidement une détection en piste exploitable, puis cette piste en décision et enfin cette décision en tir.
Le Royaume-Uni cherche précisément à reconstruire cette architecture.
Elle repose sur plusieurs couches : le Boeing E-7 Wedgetail pour la surveillance aéroportée, les radars terrestres et GUARDIAN pour la défense aérienne, NEXUS pour la fusion numérique, l’ECRS Mk2 pour transformer le Typhoon en capteur et brouilleur beaucoup plus puissant, le F-35 comme plateforme furtive de collecte et de fusion de données et, à partir des années 2030, GCAP et ses systèmes autonomes.
La valeur n’est plus dans chaque plateforme isolée. Elle est dans leur connexion.
C’est un changement doctrinal majeur.
Le E-7 Wedgetail doit redonner de la profondeur à la surveillance britannique
Le premier maillon est probablement aussi le plus urgent.
Le Royaume-Uni ne dispose plus de véritable avion national d’alerte avancée opérationnel depuis le retrait du Boeing E-3D Sentry en 2021.
Cette lacune dure depuis plusieurs années.
Le E-7 Wedgetail doit enfin la combler.
Le premier appareil britannique, WT001, est arrivé à RAF Lossiemouth le 21 mai 2026. Il poursuit ses essais avant remise formelle à la Royal Air Force. Le deuxième doit également entrer dans sa phase d’essais tandis que le troisième poursuit sa conversion à Birmingham.
Le Wedgetail utilise une cellule de Boeing 737 Next Generation associée au radar MESA, Multi-role Electronically Scanned Array, développé par Northrop Grumman.
Le principe d’un avion AEW&C est simple, mais son effet opérationnel est considérable.
Installé à haute altitude, son radar échappe en partie aux limitations imposées par la courbure terrestre aux radars terrestres. Il peut rechercher des aéronefs à grande distance, suivre simultanément de nombreuses pistes et fournir une vision élargie de l’espace aérien.
Mais le Wedgetail n’est pas uniquement un radar volant.
C’est aussi une plateforme de commandement et de gestion de bataille.
Ses opérateurs doivent fusionner des informations provenant de plusieurs sources puis aider à répartir les missions : quel chasseur doit intercepter, quel appareil doit rester en réserve, quelle menace devient prioritaire et quelle unité possède la meilleure position pour agir.
Pour un F-35 ou un Typhoon, cette information réduit l’incertitude.
Un chasseur n’a plus besoin de consacrer autant de temps et d’énergie à rechercher seul l’ensemble des menaces autour de lui.
Les trois Wedgetail britanniques restent toutefois une flotte trop réduite
Le problème est arithmétique.
Londres avait initialement prévu cinq E-7. La commande a été ramenée à trois en 2021.
Le gain financier fut faible par rapport à la réduction de capacité. Une commission parlementaire britannique avait relevé que la diminution de 40 % du nombre d’avions ne réduisait le coût d’acquisition que d’environ 12 %.
Les chiffres publiés par le gouvernement illustrent aujourd’hui le problème. Le coût sur la durée du programme E-7 est évalué à environ 1,94 milliard de livres.
Trois appareils ne signifient jamais trois avions disponibles simultanément.
Il faut compter les maintenances, les entraînements, les pannes, les modifications et les cycles d’équipages.
Maintenir en permanence un E-7 en vol lors d’une opération majeure devient donc extrêmement contraignant avec une flotte de trois appareils.
Le Strategic Defence Review de 2025 recommande logiquement d’en acheter davantage lorsque les finances le permettront, éventuellement avec une forme de mutualisation avec les alliés de l’OTAN.
Cette faiblesse ne doit pas être masquée : le Royaume-Uni possède une architecture ambitieuse mais manque encore de masse.
Le programme lui-même reste difficile. L’évaluation gouvernementale publiée en 2026 lui attribue un niveau de confiance « Red », en raison notamment des retards industriels, des difficultés de chaîne d’approvisionnement, de la certification et de problèmes de disponibilité de personnel qualifié.
Londres reconstruit donc sa capacité AEW&C. Mais elle la reconstruit tardivement.
Le radar ECRS Mk2 transforme le Typhoon en capteur offensif
La deuxième évolution concerne directement le Typhoon.
Le Royaume-Uni prépare l’installation du European Common Radar System Mk2 sur 40 appareils.
Il s’agit d’un radar AESA, c’est-à-dire à antenne active à balayage électronique. Contrairement à un radar dont l’antenne doit physiquement être orientée vers une zone, un AESA utilise de nombreux modules émetteurs-récepteurs et peut déplacer électroniquement son faisceau avec une extrême rapidité.
Mais définir ECRS Mk2 comme un simple radar serait réducteur.
Le système combine détection, poursuite, surveillance électronique et attaque électronique.
Il pourra détecter et suivre plusieurs cibles aériennes et terrestres, mais aussi rechercher des émissions électromagnétiques adverses, les localiser et participer à leur brouillage.
Le Typhoon devient ainsi simultanément chasseur, capteur et plateforme de guerre électronique.
C’est précisément ce type de polyvalence qui augmente l’efficacité d’une force relativement limitée en nombre.
Un Typhoon équipé d’ECRS Mk2 peut contribuer à la compréhension de l’environnement électromagnétique pour d’autres appareils. Il peut également utiliser son importante puissance électrique et la taille de son antenne sans imposer cette fonction à un F-35 opérant plus discrètement.
Le Royaume-Uni investit près de 3 milliards de livres dans cette évolution
Les investissements sont substantiels.
En 2023, Londres avait attribué un contrat de 870 millions de livres à BAE Systems et Leonardo UK pour poursuivre le développement et l’intégration d’ECRS Mk2.
En janvier 2026, un nouveau contrat de 453 millions de livres a lancé la fabrication de 40 radars, dont 38 nouveaux systèmes et la modification de deux équipements d’essais.
Le coût complet actuellement prévu du programme ECRS Mk2 et de la modernisation Phase 4 Enhancement associée atteint environ 2,93 milliards de livres.
Les premiers radars de production sont attendus en 2028.
Leonardo UK développe et fabrique l’essentiel du radar à Edinburgh et Luton. BAE Systems assure l’intégration sur le Typhoon à Warton. Parker Meggitt intervient également dans le programme.
Cette répartition industrielle n’est pas anodine.
Londres utilise le Typhoon comme un pont technologique vers GCAP.
Les ingénieurs qui développent aujourd’hui des radars AESA, la fusion de données et des capacités de guerre électronique ne disparaîtront pas avec le Typhoon. Ces compétences seront directement réutilisables pour la génération suivante.
Le F-35 apporte la discrétion et la fusion de données
Le F-35 joue un rôle différent.
Le Royaume-Uni a désormais réceptionné les 48 F-35B de sa première phase d’acquisition. De nouveaux F-35 doivent suivre, avec notamment 12 F-35A prévus afin de permettre au pays de réintégrer la mission nucléaire aéroportée de l’OTAN.
L’intérêt du F-35 dans cette architecture dépasse largement sa furtivité.
L’appareil combine radar AESA, capteurs électro-optiques, système infrarouge réparti et moyens de guerre électronique. Son système de mission fusionne ces données pour présenter au pilote une représentation cohérente de l’environnement.
Cette fonction est essentielle.
L’objectif n’est pas de fournir au pilote dix écrans montrant dix capteurs différents. Il faut transformer leurs informations en une réponse beaucoup plus simple : où est la menace, de quel type est-elle et quelle action est possible ?
Dans une force connectée, cette connaissance peut ensuite alimenter une représentation plus large du champ de bataille.
Le F-35 peut ainsi devenir un capteur avancé extrêmement difficile à détecter.
Un scénario théorique illustre l’intérêt du système.
Un F-35 opérant en avant détecte une émission ou une cible. Un E-7 possède une vision plus large de la situation aérienne. Un Typhoon dispose d’une position favorable et d’un missile Meteor. Le réseau de commandement combine ces informations et permet au contrôleur d’orienter les différents acteurs.
Cela ne signifie pas que n’importe quel missile peut automatiquement être tiré à partir de n’importe quelle piste transmise par le réseau. La précision des données et les conditions d’engagement restent déterminantes.
Mais chaque appareil cesse de travailler seul.
C’est là que se trouve le gain.

GUARDIAN transforme les radars britanniques en image aérienne commune
La couche aéroportée ne constitue qu’une partie du dispositif.
Au sol, le Royaume-Uni dispose d’un réseau de radars reliés au système Air Surveillance and Control System.
Son principal centre de commandement se trouve à RAF Boulmer.
Le programme GUARDIAN, livré par IBM, a modernisé ce dispositif. Son investissement initial pouvait atteindre 80 millions de livres.
GUARDIAN récupère les informations des radars, des radios, des liaisons tactiques et des réseaux de l’OTAN. Il construit ensuite une Recognised Air Picture, c’est-à-dire une représentation dynamique des aéronefs et menaces présents dans la zone surveillée.
Le système est pleinement intégré au réseau de commandement de la défense aérienne et antimissile de l’OTAN.
Le principe est fondamental.
Un radar isolé fournit une piste.
GUARDIAN cherche à fournir une situation opérationnelle exploitable.
Cette différence représente tout l’enjeu du commandement moderne.
NEXUS doit faire passer le commandement aérien à l’ère du cloud
GUARDIAN appartient essentiellement au monde de la défense aérienne.
NEXUS va plus loin.
La Royal Air Force le présente désormais comme son combat cloud, c’est-à-dire l’environnement numérique permettant de regrouper les informations nécessaires au commandement et de les distribuer aux utilisateurs.
Le chef d’état-major de la RAF a explicitement placé NEXUS au centre du futur « Digital Targeting Web » britannique.
Son objectif est de raccourcir ce que les militaires appellent la kill chain ou, dans une conception plus large, la kill web.
Le modèle classique était relativement linéaire : détecter, identifier, transmettre, décider, affecter une arme, engager.
Chaque transfert pouvait coûter plusieurs minutes.
Dans une architecture numérique, plusieurs capteurs alimentent simultanément un cloud de combat. Des algorithmes peuvent classer ou comparer les pistes. Le commandement obtient plus rapidement les informations pertinentes. L’arme la mieux placée peut alors être sélectionnée.
Le temps devient une capacité militaire.
Face à un missile de croisière volant à plusieurs centaines de kilomètres par heure ou à un chasseur moderne, gagner quelques dizaines de secondes peut avoir davantage de valeur que quelques kilomètres supplémentaires de portée radar.
Le Digital Targeting Web reçoit désormais des moyens considérables
Les budgets montrent que Londres a compris l’enjeu.
Le Defence Investment Plan publié en juin 2026 prévoit près de 7,3 milliards de livres pour le Digital Targeting Web et son infrastructure numérique au cours des quatre prochaines années.
Entre 2030 et 2035, environ 17 milliards supplémentaires devraient être consacrés au digital backbone et au targeting web dans l’ensemble des forces britanniques.
Il ne s’agit donc plus d’un petit programme informatique de la RAF.
Le projet doit connecter les capteurs, les centres de commandement et les effecteurs des différentes armées.
NEXUS représente la composante aérienne de ce réseau. L’Army dispose notamment d’ASGARD et RAPSTONE. La Royal Navy développe Strike Net.
L’objectif final est que la provenance de l’information importe moins que sa qualité.
Un navire peut détecter. Un F-35 peut confirmer. Un centre terrestre peut attribuer la cible. Un Typhoon peut fournir l’arme.
C’est ce que Londres appelle une force intégrée.
Le Royaume-Uni investit aussi 790 millions dans sa défense aérienne intégrée
Une deuxième enveloppe complète le Digital Targeting Web.
Le Defence Investment Plan prévoit 790 millions de livres sur quatre ans pour renforcer l’Integrated Air and Missile Defence britannique.
Les dépenses doivent financer de nouveaux radars, capteurs et systèmes de commandement, mais également la lutte antidrones et certaines armes à énergie dirigée.
Un nouveau Integrated Air, Space and Missile Defence Operations Centre doit également être créé.
Cette décision montre l’élargissement du problème.
Une attaque aérienne moderne peut combiner drones bon marché, missiles de croisière, missiles balistiques et avions.
Déployer séparément des radars antiaériens, des systèmes antimissiles et des chasseurs n’est pas suffisant.
Ils doivent partager une vision commune et éviter de consommer un missile très coûteux contre une cible qu’un autre système pourrait détruire beaucoup moins cher.
La qualité du C2 devient alors directement liée à l’efficacité économique du combat.
GCAP doit intégrer capteurs et guerre électronique dès sa conception
Avec GCAP, Londres veut éviter de reconstruire cette architecture après avoir conçu l’avion.
Le futur appareil doit entrer en service à partir de 2035.
Il sera développé autour d’un concept appelé ISANKE & ICS : Integrated Sensing and Non-Kinetic Effects et Integrated Communications Systems.
La philosophie rompt avec l’organisation traditionnelle.
Dans un avion ancien, le radar, le brouilleur, le détecteur de menaces et les communications étaient souvent des équipements distincts ajoutés progressivement.
GCAP doit au contraire considérer l’ensemble de ces fonctions comme un système électronique intégré.
Les antennes ne serviront donc plus forcément à une fonction unique.
Selon les besoins, une même architecture radiofréquence pourra contribuer à la détection, aux communications, à la guerre électronique ou à la protection de l’appareil.
Les informations issues du radar, de l’infrarouge et des systèmes passifs seront fusionnées avant d’être présentées à l’équipage ou échangées avec d’autres plateformes.
Le futur chasseur deviendra ainsi autant un nœud informatique et électromagnétique qu’un avion de combat.
Le partage technologique avec l’Italie et le Japon change de dimension
Cette architecture est développée collectivement.
Pour les capteurs et les communications, le consortium GCAP Electronics Evolution, ou G2E, réunit Leonardo UK, Mitsubishi Electric, Leonardo en Italie et ELT Group.
Leonardo UK apporte notamment son expérience des radars AESA, de la guerre électronique et de l’intégration des capteurs.
Mitsubishi Electric représente l’un des principaux pôles japonais de l’électronique de défense, avec une expertise importante en radar, guidage, communications et systèmes électroniques.
Leonardo et ELT Group apportent en Italie des compétences particulièrement fortes dans la guerre électronique, l’autoprotection et les capteurs.
La répartition précise des technologies les plus sensibles n’est naturellement pas publique.
Et parler de « transfert de technologie » dans un seul sens serait trompeur.
GCAP est conçu comme une mise en commun de compétences souveraines.
Chaque pays apporte des briques technologiques et doit en retour disposer d’un niveau suffisant d’accès au système pour pouvoir exploiter, maintenir et modifier sa propre flotte.
C’est précisément là que l’un des risques du programme apparaît.
Les documents britanniques de suivi identifient explicitement la protection de la propriété intellectuelle et la création d’un environnement numérique trilatéral sécurisé parmi les difficultés majeures de GCAP.
Partager suffisamment pour concevoir ensemble sans abandonner les technologies considérées comme souveraines sera l’un des exercices industriels les plus complexes du programme.
Le laboratoire volant Excalibur doit réduire le risque avant même le premier GCAP
Le Royaume-Uni tente aussi de gagner du temps dans les essais.
Le programme Excalibur transforme un Boeing 757 en laboratoire volant.
Le contrat correspondant représente 115 millions de livres.
L’avion doit accueillir les futurs capteurs et systèmes de communication de GCAP afin qu’ils puissent être testés en vol longtemps avant que le futur chasseur soit disponible.
Cette approche répond à un problème récurrent des programmes aéronautiques.
Lorsque l’avion et tous ses sous-systèmes arrivent simultanément en essais, chaque problème logiciel ou électronique peut retarder l’ensemble du programme.
Avec Excalibur, les ingénieurs peuvent tester les antennes, les logiciels, la fusion de données et les communications sur une plateforme existante pendant que la cellule GCAP poursuit son développement.
Le développement du capteur est ainsi partiellement découplé de celui de l’avion.
Le gain potentiel porte autant sur le calendrier que sur le coût.
En juillet 2026, Excalibur avait achevé une nouvelle étape de modification et d’essais en vol avant de poursuivre son développement à Boscombe Down.
Les investissements GCAP dépassent désormais le simple développement d’un chasseur
Londres a engagé des sommes considérables.
Le Defence Investment Plan prévoit 8,6 milliards de livres pour GCAP sur quatre ans.
Un contrat trilatéral de 4,6 milliards de livres a été signé en juillet 2026 entre la GCAP International Government Organisation et Edgewing, la coentreprise regroupant BAE Systems, Leonardo et Japan Aircraft Industrial Enhancement Co.
Le Royaume-Uni a également annoncé en juillet un contrat supplémentaire de 708 millions de livres pour poursuivre ses travaux nationaux Future Combat Air System avec BAE Systems, Leonardo UK, Rolls-Royce et MBDA.
Depuis 2018, plus de 5 milliards de livres ont déjà été engagés par Londres dans FCAS.
Ces montants ne financent donc pas seulement une cellule furtive.
Ils financent le logiciel, l’intelligence artificielle, l’ingénierie numérique, les communications, les capteurs, les armes, la propulsion et l’intégration avec de futures plateformes autonomes.
GCAP est moins un remplaçant direct du Typhoon qu’une architecture de combat dont un avion constitue le centre.
La synergie doit permettre au Royaume-Uni de tirer davantage de chaque plateforme
Le raisonnement britannique repose finalement sur une équation économique autant que militaire.
Un F-35 coûte cher.
Un Typhoon modernisé coûte cher.
Un E-7 coûte cher.
GCAP coûtera très cher.
La seule manière de maximiser la valeur de ces plateformes est de les empêcher de travailler comme des systèmes indépendants.
Un F-35 n’a pas besoin d’allumer tous ses capteurs si une autre plateforme fournit déjà une partie de l’information.
Un Typhoon n’a pas besoin d’être le premier appareil à détecter une cible pour contribuer au combat.
Un E-7 ne détruit rien directement, mais peut améliorer l’efficacité de dizaines d’autres plateformes.
Un réseau terrestre n’a aucune puissance de feu, mais peut permettre d’utiliser le bon effecteur plutôt que le premier disponible.
C’est cela, le véritable multiplicateur.
Un réseau efficace permet de séparer le capteur, le décideur et le tireur.
Cette séparation rend la force plus souple et complique considérablement le problème posé à l’adversaire.
La principale faiblesse britannique reste le passage du concept à la permanence opérationnelle
L’architecture est cohérente. Sa mise en œuvre reste beaucoup moins certaine.
Le Royaume-Uni a retiré ses E-3D plusieurs années avant que leurs remplaçants soient disponibles.
Il ne disposera initialement que de trois E-7.
Seuls 40 Typhoon doivent recevoir ECRS Mk2.
Le F-35 britannique reste confronté à des problèmes de disponibilité, de personnel et de soutien qui ont été sévèrement relevés par le National Audit Office.
GCAP est encore un programme de développement dont l’évaluation gouvernementale reste à haut risque.
Enfin, connecter davantage les plateformes crée une nouvelle vulnérabilité : le réseau devient lui-même une cible.
Un adversaire cherchera à brouiller les communications, attaquer les satellites, compromettre les réseaux informatiques et contraindre les appareils à fonctionner avec des échanges de données dégradés.
La future force britannique devra donc rester capable de combattre lorsqu’une partie de son architecture numérique disparaît.
C’est probablement le test le plus difficile.
Le Royaume-Uni a néanmoins identifié correctement le problème de fond. Acheter de nouveaux chasseurs sans reconstruire autour d’eux les capteurs, le commandement et les communications produirait une flotte coûteuse mais sous-exploitée.
Londres investit désormais dans ce qui est moins visible qu’un nouvel avion, mais souvent plus important : la capacité à voir avant l’adversaire, comprendre plus vite et attribuer la bonne arme en quelques secondes.
Le F-35, le Typhoon ECRS Mk2 et demain GCAP ne doivent donc plus être évalués uniquement par leur radar, leur furtivité ou le nombre de missiles qu’ils transportent.
Leur véritable efficacité dépendra du réseau auquel ils appartiennent.
Et dans la guerre aérienne qui se prépare, le pays capable de connecter le plus efficacement ses capteurs et ses armes pourra obtenir une puissance militaire très supérieure au nombre d’avions effectivement présents dans le ciel.
Sources
UK Ministry of Defence — Strategic Defence Review 2025, « Making Britain Safer: secure at home, strong abroad ». Le document définit GUARDIAN et NEXUS comme des éléments clés du commandement intégré britannique et recommande l’acquisition d’E-7 supplémentaires.
UK Ministry of Defence / Royal Air Force — arrivée du premier E-7 Wedgetail britannique à RAF Lossiemouth, 21 mai 2026, et état d’avancement de la flotte en juin 2026.
National Infrastructure and Service Transformation Authority — Major Projects Annual Report 2025-26. Coût sur la durée du programme E-7 évalué à environ 1,937 milliard de livres et niveau de confiance « Red » ; coût ECRS Mk2/P4E évalué à environ 2,93 milliards de livres.
UK House of Commons — travaux sur le programme E-7 Wedgetail. L’ordre initial de cinq appareils avait été réduit à trois, avec une économie d’acquisition limitée par rapport à la baisse de flotte.
UK Ministry of Defence — contrat de 453 millions de livres pour 40 ECRS Mk2, janvier 2026.
Royal Air Force / UK Ministry of Defence — contrat de 870 millions de livres pour le développement et l’intégration d’ECRS Mk2 ; rôle du programme dans le maintien des compétences nécessaires au Future Combat Air System.
Leonardo UK — caractéristiques techniques du radar ECRS Mk2 : AESA multifonction, surveillance électronique et attaque électronique.
Royal Air Force — GUARDIAN Air Command and Control System, RAF Boulmer et intégration avec les radars et réseaux de l’OTAN.
UK Ministry of Defence — investissement initial pouvant atteindre 80 millions de livres pour Project GUARDIAN.
Chief of the Air Staff — discours 2025 présentant NEXUS comme le combat cloud de la RAF et comme composante du Digital Targeting Web britannique.
UK House of Commons Library — Defence Investment Plan 2026 : près de 7,3 milliards de livres pour le Digital Targeting Web et son infrastructure au cours des quatre prochaines années, puis environ 17 milliards entre 2030 et 2035 ; 790 millions pour l’IAMD.
Dstl — Project SIREN, démonstration britannique de fusion distribuée de plusieurs radars et de capteurs aéroportés avec intégration cloud.
UK Ministry of Defence — Defence Investment Plan et contrats GCAP : 8,6 milliards de livres d’investissement britannique sur quatre ans et contrat international de 4,6 milliards de livres attribué à Edgewing en juillet 2026.
UK Ministry of Defence — contrat de 708 millions de livres pour accélérer les technologies Future Combat Air System, juillet 2026.
GCAP Electronics Evolution / Leonardo / Mitsubishi Electric / ELT Group — création du consortium G2E chargé d’ISANKE & ICS, septembre 2025.
Leonardo UK — technologies ISANKE & ICS : radar multifonction, capteurs électro-optiques et infrarouges, guerre électronique, fusion d’informations et communications à haut débit.
UK Ministry of Defence / Leonardo — programme Excalibur Flight Test Aircraft, contrat de 115 millions de livres et transformation d’un Boeing 757 en laboratoire volant pour tester les futurs capteurs et communications de GCAP.
BAE Systems — progression d’Excalibur et essais des systèmes intégrés de détection et de communication, juillet 2026.
UK Ministry of Defence — Future Combat Air System Digital Strategy, juillet 2026. Architecture numérique, environnement collaboratif, données, interopérabilité et insertion rapide de nouvelles technologies.
National Audit Office — The UK’s F-35 Capability. Analyse de la disponibilité, des infrastructures et du coût complet du programme britannique F-35.
UK Parliament / Ministry of Defence — 48 F-35B livrés au Royaume-Uni et estimation gouvernementale d’environ 57 milliards de livres pour l’acquisition et le soutien envisagés de 138 F-35 jusqu’en 2069.
Avion de chasse est le site d’infos aériennes militaires.