AVIC présente Yunying : simple inspiration ou copie du V-BAT Shield AI ?

AVIC vs Shield AI

AVIC présente Yunying, drone VTOL tail-sitter à turbine carénée, très proche du V-BAT de Shield AI. Innovation, imitation, et enjeu ISR.

En résumé

Le groupe chinois AVIC Chengdu Aircraft Industry Group a présenté un nouveau drone VTOL baptisé Yunying, “Cloud Shadow”. Sa silhouette frappe d’emblée : un tail-sitter à ducted fan, très proche du V-BAT américain de Shield AI. L’annonce n’est pas qu’un épisode de salon. Elle touche un segment en forte demande : des drones capables de décoller verticalement depuis un toit, un pont de navire ou un terrain sommaire, puis de voler comme un avion pour tenir la durée et porter des capteurs. Côté américain, le V-BAT revendique une endurance longue, une intégration pensée pour des environnements brouillés, et un usage maritime poussé. Côté chinois, Yunying apparaît comme une réponse “prête à l’emploi” à des besoins similaires, dans un contexte où la Chine accélère sur les drones tactiques et les opérations en réseau. La question qui fâche est simple : s’agit-il d’une convergence logique de design, ou d’une copie au sens industriel ? À ce stade, aucune preuve publique d’espionnage n’est documentée. Mais la ressemblance est suffisamment forte pour relancer un débat récurrent : la vitesse d’industrialisation chinoise, et son rapport à la propriété intellectuelle dans les technologies de défense.

Le fait marquant et ce que la Chine met en scène

Le signal est volontairement public. Yunying a été montré lors de festivités du Nouvel An lunaire et relayé dans des médias chinois et spécialisés, avec une mise en récit de modernité et de “teaming” (coopération entre drones et plateformes). Le message est double.

D’abord, AVIC veut démontrer qu’il sait produire des drones compacts, exportables, et compatibles avec des modes d’emploi modernes : décollage vertical, déploiement rapide, et mission ISR au-delà du simple quadricoptère. Ensuite, la Chine suggère un niveau de maturité : l’objet présenté ressemble moins à un prototype académique qu’à une plateforme industrialisable.

Sur les dimensions et l’architecture, certaines informations circulent déjà : une envergure autour de 2,6 m et une hauteur autour de 1,8 m ont été avancées dans des publications chinoises relayées en ligne, avec la mention d’une boule optronique combinant visible et infrarouge. Ces éléments restent à consolider par une fiche technique officielle détaillée, mais ils cadrent le positionnement : un drone tactique léger, pas un gros MALE.

Le concept tail-sitter et la logique de la turbine carénée

Un drone tail-sitter se pose “sur la queue” pour décoller et atterrir verticalement, puis bascule en vol horizontal. Ce compromis vise un objectif simple : obtenir la souplesse d’un hélicoptère sans sacrifier l’efficacité aérodynamique d’un avion.

Le choix d’une turbine carénée (un ventilateur dans un conduit) répond à trois contraintes opérationnelles.

La première est la sécurité et l’empreinte au sol. Un rotor caréné réduit le risque de contact et facilite les opérations en espace confiné, sur un pont encombré ou un toit.

La deuxième est la robustesse au vent et au souffle. Les systèmes carénés peuvent offrir un comportement plus stable à l’atterrissage, même si cela dépend fortement du pilotage automatique et des lois de commande.

La troisième est l’intégration. Le conduit peut servir de structure, protéger la propulsion, et offrir des points d’attache plus propres pour des antennes, des liaisons de données et des charges utiles.

Ce n’est pas une idée nouvelle. Des travaux sur les tail-sitters existent depuis des décennies, et la littérature technique décrit bien les défis du passage vertical-horizontal, qui est le vrai point dur : il faut gérer des flux d’air complexes, des moments aérodynamiques variables, et une fenêtre de stabilité plus étroite qu’un multirotor classique.

Le modèle V-BAT et ce qui a fait son succès

Le V-BAT a une généalogie claire. Le programme a été développé à l’origine par Martin UAV, puis intégré dans le portefeuille de Shield AI après acquisition. L’intérêt industriel de Shield AI est explicite : coupler une cellule VTOL efficace à une brique d’autonomie logicielle, et vendre un système complet, du drone au contrôle de mission.

Sur les performances annoncées, plusieurs chiffres reviennent, et ils expliquent pourquoi ce format séduit.

  • Endurance annoncée : jusqu’à 13+ heures selon les configurations, avec moteur “heavy fuel”, et une promesse de persistance ISR.
  • Charge utile maximale revendiquée : jusqu’à 40 lb (18,1 kg).
  • Empreinte de poser : une zone de l’ordre de 4,6 m × 4,6 m (15 ft × 15 ft) est souvent citée pour l’atterrissage, ce qui colle à un usage maritime.

Le V-BAT est aussi vendu comme une plateforme pensée pour des environnements dégradés : brouillage GNSS, communications contestées, et besoin de garder des boucles ISR malgré la guerre électronique. C’est un argument commercial, mais aussi un point de doctrine : quand la navigation satellite est perturbée, un drone doit tenir le vol, conserver ses liaisons, et continuer à produire du renseignement exploitable.

Enfin, Shield AI met en avant des charges utiles et logiciels d’observation, dont un capteur optique assisté par IA pour la détection large zone en mer et à terre. Cette orientation “ISR maritime” est centrale : un drone capable de décoller d’un petit pont et de surveiller de vastes zones intéresse les gardes-côtes comme les marines.

La comparaison Yunying vs V-BAT, ce qui est visible et ce qui manque

Sur les images disponibles, la ressemblance tient à des marqueurs très spécifiques : conduit arrière, silhouette d’aile et de fuselage, logique tail-sitter, et intégration d’une boule optronique sous le nez. C’est précisément ce qui alimente le procès en imitation.

En revanche, beaucoup d’éléments déterminants ne sont pas publics pour Yunying : moteur, endurance, plafond, liaisons de données, résistance au brouillage, et surtout l’écosystème logiciel. Deux drones peuvent se ressembler et diverger fortement sur ce qui compte réellement en opération.

Les points à vérifier pour évaluer la “performance chinoise” sont concrets :

  • L’endurance réelle avec charge utile et en conditions de vent.
  • La qualité de la transition verticale-horizontale, qui conditionne la sécurité d’emploi en mer.
  • La résistance aux brouillages et la capacité à opérer sans GNSS stable.
  • Les liaisons au-delà de la ligne de vue, ou au minimum une liaison robuste en ligne de vue à longue portée.
  • La maintenabilité : temps de remise en ligne, pièces, et tolérance aux petites avaries.

Sans ces données, on est face à une démonstration de forme plus que de substance.

La question de la copie, et ce que l’on peut affirmer sans spéculer

Dire “copie” est tentant, parce que la ressemblance est frappante. Mais être franc impose de distinguer trois scénarios.

Le premier est la convergence d’ingénierie. Quand un problème est bien défini (décoller verticalement, voler longtemps, se poser en espace réduit), certaines architectures s’imposent. Le tail-sitter à conduit est un bon compromis pour une classe donnée de masse et de charge utile. Dans ce cas, la ressemblance est en partie logique.

Le deuxième est la rétro-ingénierie. Ce n’est pas forcément de l’espionnage. Un système observé, analysé, puis répliqué avec des différences internes, peut produire un clone visuel. Dans la défense, c’est fréquent et difficile à prouver sans éléments juridiques ou techniques.

Le troisième est l’acquisition d’informations non publiques. Là, on parle d’espionnage industriel. Aujourd’hui, aucune preuve publique documentée ne permet d’affirmer que Yunying résulte d’un vol de données liées à Shield AI. Le débat public repose surtout sur des comparaisons d’images et sur la réputation d’un écosystème chinois capable de “réduire le cycle” en s’inspirant agressivement de designs existants.

La position la plus solide est donc la suivante : la ressemblance nourrit un soupçon rationnel d’imitation, mais la démonstration d’un vol ou d’un transfert illégal n’est pas établie.

Les usages possibles et le volet “espionnage” au sens opérationnel

Même sans espionnage industriel, un drone comme Yunying est par nature un outil d’espionnage au sens militaire : observation, désignation, écoute éventuelle, et production de renseignement.

Ce format est particulièrement utile pour :

  • Surveiller des approches maritimes et des détroits, car il peut décoller depuis de petits bâtiments.
  • Renforcer la reconnaissance tactique autour d’une base avancée sans piste.
  • Appuyer des forces terrestres dans des zones où l’hélicoptère est trop exposé.
  • Étendre une bulle ISR au profit d’un système de feux, en fournissant la “vidéo qui décide”.

Pour la Chine, le gain potentiel est évident : multiplier des capteurs aériens autour des zones de friction, notamment en mer, tout en réduisant la dépendance à de grandes plateformes plus visibles.

AVIC vs Shield AI

Le vrai différenciateur : le logiciel et la guerre électronique

Là où la discussion devient sérieuse, ce n’est pas l’aérodynamique. C’est la capacité à survivre dans un environnement contesté.

Un drone tactique moderne doit :

  • tenir son vol en dépit des brouillages GNSS
  • conserver un lien de commande ou basculer en modes autonomes sûrs
  • produire une observation exploitable malgré des interférences
  • s’intégrer à un réseau de commandement et à des effecteurs

C’est précisément sur ce terrain que Shield AI cherche à se distinguer : l’autonomie embarquée, la gestion de mission, l’intégration avec des systèmes de commandement mobiles, et une promesse de continuité ISR sous pression électronique.

Pour Yunying, le sujet est ouvert. La Chine a fortement progressé en capteurs, en liaisons de données et en IA. Mais l’efficacité réelle ne se juge pas sur un stand. Elle se juge sur la stabilité des algorithmes, la résistance aux environnements brouillés, et la qualité du “système complet” : drone, station sol, liaisons, maintenance, doctrine.

Les implications industrielles et stratégiques

Si Yunying devient un produit exportable, il vise un marché précis : les pays qui veulent du VTOL longue endurance sans dépendre d’un fournisseur occidental, ou qui veulent diversifier leurs chaînes d’approvisionnement.

Pour AVIC, l’intérêt est triple :

  • compléter un portefeuille de drones tactiques en ajoutant un segment maritime et “expéditionnaire”
  • accélérer l’industrialisation d’une architecture déjà validée ailleurs
  • proposer une alternative à bas coût relatif, à condition de tenir des performances crédibles

Pour les industriels occidentaux, l’enjeu est clair : si une silhouette et un concept deviennent “commoditisés”, la valeur se déplace vers le logiciel, la certification, et la preuve d’emploi opérationnel.

La lecture la plus utile à ce stade

Yunying est un signal, pas encore une révolution. Il signale que la Chine veut une capacité VTOL tactique de type tail-sitter, sur un créneau où le V-BAT a déjà pris une place visible. La ressemblance est assez forte pour alimenter un procès en imitation, et ce procès a un intérêt politique.

Mais le lecteur doit garder un filtre simple : sans chiffres publics robustes, la “performance chinoise” reste une hypothèse. La vraie question est de savoir si Yunying est un clone de vitrine ou un système complet capable d’opérer durablement en mer, sous brouillage, avec une chaîne logistique et des liaisons fiables.

Si la Chine publie des données solides (endurance, charge utile, portée, résistance à la guerre électronique), l’affaire cessera d’être un débat d’images. Elle deviendra un débat de capacités. Et c’est là que l’écart, ou la convergence, se verra vraiment.

Sources

Aviation Week Network, “AVIC Publicly Unveils ‘Cloud Shadow’ VTOL Uncrewed Aircraft”, 20 février 2026.
Defence Blog, “Chinese AVIC reveals U.S.-made V-BAT copy drone”, 18 février 2026.
DefenseMirror, “Did China Copy Shield AI’s VTOL Drone?”, février 2026.
Shield AI, page produit “V-BAT” (caractéristiques, endurance, charge utile, empreinte de poser).
Shield AI, communiqué “Shield AI Signs Definitive Agreement to Acquire Martin UAV”, 28 juillet 2021.
Canadian Defence Review, “Cover Story Team V-BAT…”, 27 décembre 2023.
People’s Daily (publication relayée sur réseaux sociaux), éléments de dimensions et capteurs mentionnés pour Yunying.

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