La nouvelle NDS place la défense du territoire américain en tête. Elle redéfinit les priorités, les budgets, et le partage du fardeau avec l’OTAN.
En résumé
Le Pentagone a publié sa National Defense Strategy 2026 en plaçant la protection du territoire américain au rang de priorité absolue. Le texte fixe quatre axes : défendre le “Homeland”, dissuader la Chine dans l’Indo-Pacifique, exiger davantage des alliés, et accélérer la base industrielle de défense. Le signal politique est clair : Washington veut réduire la dépendance de ses partenaires, tout en conservant la main sur les zones jugées vitales, en particulier dans l’hémisphère occidental. La stratégie met aussi en avant la défense antimissile “Golden Dome”, la lutte anti-drones, la cyberdéfense et la dissuasion nucléaire. Pour l’Europe et l’OTAN, le message est double : les États-Unis restent présents, mais attendent une prise en charge plus autonome de la sécurité régionale, y compris face à la Russie. Sur le plan budgétaire, la dynamique se confirme : les enveloppes de défense évoluent à la hausse, avec un débat constant entre dépenses “globales” et recentrage sur la protection du territoire américain.
La publication d’une NDS au ton nettement plus politique
La National Defense Strategy (NDS) est un document de pilotage. Elle dit aux armées, aux industriels et aux alliés ce que le Pentagone considère comme prioritaire. Dans la version 2026, le changement tient moins à un détail technique qu’à une hiérarchie stratégique nouvelle : la défense du territoire américain passe avant tout le reste.
Le Pentagone a publié une version non classifiée courte, avec peu de détails opérationnels. C’est fréquent. Mais le texte, lui, est explicite. Il place la défense du Homeland au-dessus de l’Indo-Pacifique et implique des arbitrages sur la présence américaine en Europe et en Asie, notamment en Corée du Sud. Cette inflexion a été largement relevée par la presse américaine, car elle rompt avec l’idée d’une présence américaine durablement “globale”, coûte que coûte. (Breaking Defense, 23 janvier 2026 ; Washington Post, 24 janvier 2026)
Les quatre priorités qui structurent la NDS 2026
La NDS 2026 repose sur quatre “lignes d’effort” qui fixent la logique des budgets, des forces et des alliances.
La défense du territoire et l’obsession de la sécurité intérieure
Le texte assume une vision large de la défense du territoire. Il ne s’agit pas seulement de missiles intercontinentaux. Il est question de contrôle des frontières, d’approches maritimes, de lutte anti-drogue, et de capacité à frapper des réseaux considérés comme “narco-terroristes”. La stratégie insiste sur l’hémisphère occidental, avec une approche très directive sur l’espace proche des États-Unis. Elle cite explicitement la protection d’intérêts et d’accès stratégiques dans le Western Hemisphere. (NDS 2026, Département de la Défense, 23 janvier 2026)
Ce point est central car il transforme la mission première des forces. Le texte parle aussi de défense des “cieux” américains, avec un effort antimissile et anti-drones. Il met en avant le programme Golden Dome et une “remise à niveau” des moyens contre les menaces aériennes modernes, dont les drones. (Breaking Defense, 23 janvier 2026 ; NDS 2026)
La dissuasion de la Chine par une posture de déni
Deuxième priorité : dissuader la Chine dans l’Indo-Pacifique, mais “par la force, pas par la confrontation”. La formule est politique. Elle suggère une volonté d’éviter l’escalade verbale, tout en renforçant concrètement les moyens de dissuasion.
La stratégie met l’accent sur une défense dite “par déni” le long de la First Island Chain. Cette ligne géographique couvre un arc stratégique allant du Japon vers l’Asie du Sud-Est. L’idée est simple : empêcher une puissance adverse d’obtenir un avantage opérationnel rapide. Dans une logique militaire, cela signifie des capteurs, des munitions, de la mobilité, des bases durcies, et une capacité à encaisser une première frappe tout en restant capable de répondre. (NDS 2026)
Un détail a beaucoup été commenté : Taiwan n’est pas cité par son nom dans la version publiée. Ce choix ne signifie pas que le sujet disparaît. Mais il indique une communication plus prudente, et un effort de “stabilité” affiché, sans renoncer au renforcement de posture. (Breaking Defense, 23 janvier 2026 ; Financial Times, 24 janvier 2026)
Le partage du fardeau comme règle, plus comme recommandation
Troisième axe : le burden-sharing. Ce n’est pas un concept nouveau dans l’OTAN, mais le ton change. Le document demande que les alliés prennent la “responsabilité principale” de leur sécurité régionale. Le message vise clairement l’Europe, mais aussi certains partenaires en Asie. (Breaking Defense, 23 janvier 2026)
Pour les Européens, cela signifie une attente plus nette sur :
- l’augmentation des budgets de défense,
- la disponibilité réelle des forces,
- la profondeur de stocks,
- la capacité à tenir dans la durée.
Le raisonnement est brutal mais cohérent : Washington veut dégager des marges de manœuvre pour ses priorités proches et indo-pacifiques. Et il refuse d’être “l’assurance tous risques” de partenaires jugés trop lents à investir.
La base industrielle de défense comme nerf de la guerre
Quatrième axe : “supercharger” la base industrielle. Le document insiste sur la montée en puissance de la production, l’élargissement à des fournisseurs non traditionnels, et le retour à une logique d’industrie de guerre. C’est un aveu implicite : la supériorité ne dépend plus seulement de l’innovation, mais de la capacité à produire vite, en volume, et à maintenir les systèmes en condition opérationnelle. (NDS 2026 ; Breaking Defense, 23 janvier 2026)
La Defense Industrial Base (DIB) n’est plus un sujet technique. Elle devient une arme stratégique. Cela recouvre les munitions, les drones, les capteurs, les pièces, mais aussi l’énergie, les métaux critiques et les chaînes d’approvisionnement.
Les conséquences géopolitiques d’un recentrage américain assumé
La NDS 2026 réorganise le “centre de gravité” américain.
La montée en puissance de l’hémisphère occidental comme théâtre prioritaire
Mettre la défense du territoire en priorité revient à redonner du poids stratégique aux approches nord-américaines, aux Caraïbes, à la façade Atlantique et au grand nord. Cela va bien au-delà de la communication. Le texte cite la protection d’accès stratégiques, dont le canal de Panama et le Groenland, dans une logique de maîtrise des routes, des bases et des capteurs. (Breaking Defense, 23 janvier 2026 ; NDS 2026)
Ce repositionnement peut inquiéter certains partenaires régionaux, car il suggère une politique plus interventionniste dans “l’arrière-cour” des États-Unis. C’est aussi une manière de limiter l’implantation d’adversaires dans des zones jugées sensibles.
Une Europe poussée vers une autonomie militaire de fait
Pour les Européens, la NDS 2026 ressemble à une mise sous pression. Le texte n’enterre pas l’alliance. Mais il change les termes du contrat implicite.
En clair, l’Europe est invitée à financer et organiser sa propre défense de façon plus robuste, en particulier sur le flanc Est. Ce point rejoint une réalité déjà visible : depuis 2022, de nombreux pays européens ont augmenté leurs budgets, mais l’effort reste inégal, et les stocks restent souvent tendus.
Le résultat est prévisible : plus de dépenses, plus de production, et plus d’intégration industrielle en Europe. Cela va aussi accentuer les débats sur la souveraineté capacitaire, la dépendance aux équipements américains, et la standardisation OTAN.
Une OTAN toujours centrale, mais plus “transactionnelle”
La stratégie suggère une OTAN qui reste utile, mais plus “contractuelle”. Les États-Unis attendent des alliés des résultats mesurables. Pas seulement des annonces. Cela veut dire : brigades prêtes, défense aérienne crédible, munitions disponibles, logistique, maintenance, entraînement.
Pour les partenaires qui n’atteignent pas ces standards, la conséquence pourrait être une réduction de la présence américaine permanente. Cette perspective a été évoquée dans plusieurs analyses, y compris sur la Corée du Sud où 28 500 militaires américains sont stationnés, avec la possibilité d’un rôle américain plus limité à terme. (Reuters, 24 janvier 2026)

Les choix budgétaires qui donnent du poids à la stratégie
Le nerf de la guerre, c’est le budget. Et la NDS n’est pas isolée : elle s’aligne sur une trajectoire financière en hausse.
Des montants massifs et une bataille entre enveloppe “defense” et réalité DoD
Selon des documents budgétaires publiés par la Maison-Blanche, la proposition de budget évoque une hausse de 13 % des dépenses de défense pour atteindre 1,01 trillion de dollars pour l’exercice 2026, en incluant des mécanismes complémentaires via des textes budgétaires dédiés. (White House, Fiscal Year 2026 Discretionary Budget Request)
Côté Congrès, les documents d’appropriations évoquent une enveloppe discrétionnaire défense autour de 838,7 à 839,2 milliards de dollars selon les présentations, ce qui reflète la structure habituelle entre autorisations, appropriations et dispositifs additionnels. (Breaking Defense, 2026 ; House Appropriations, Defense Appropriations Act 2026)
Ce point compte pour les alliés : il montre que les États-Unis augmentent leurs moyens, mais qu’ils veulent les concentrer sur leurs priorités.
Le Golden Dome comme marqueur financier et technologique
Le programme Golden Dome devient un symbole. Il vise une défense antimissile multicouche à l’échelle du territoire américain. Le Congrès a déjà alloué une “mise de départ” d’environ 23 milliards de dollars, tout en demandant davantage de clarté sur l’utilisation précise des fonds. (Federal News Network, 23 janvier 2026 ; Air & Space Forces Magazine, 21 janvier 2026)
Sur les coûts globaux, les estimations varient fortement selon l’architecture retenue. L’exécutif a évoqué 175 milliards de dollars, tandis que d’autres évaluations s’étendent sur plusieurs centaines de milliards sur la durée. L’écart est classique dans les systèmes d’architecture spatiale et antimissile, où la masse de capteurs, l’endurance et le renouvellement coûtent très cher. (Politico, 20 mai 2025 ; Reuters, 12 août 2025)
Pour les Européens, ce choix a deux impacts. D’abord, il absorbe des ressources industrielles américaines. Ensuite, il accélère la dépendance aux briques US sur l’interception, l’espace et la fusion de données.
Les implications concrètes pour les partenaires européens
La NDS 2026 impose des décisions, pas seulement des commentaires.
La montée en puissance des défenses aériennes et antimissiles européennes
Si Washington recentre ses priorités, l’Europe doit compenser. La défense sol-air, la lutte anti-drones, et la résilience des infrastructures deviennent incontournables. Les pays qui tardent s’exposent à un risque : avoir des forces “sur le papier”, mais incapables de tenir une campagne longue.
La relocalisation industrielle comme exigence OTAN
Le réarmement ne se résume pas à commander. Il faut produire, livrer, maintenir. L’Europe va être poussée à :
- industrialiser des munitions en volume,
- sécuriser les chaînes logistiques,
- stabiliser les cadences,
- réduire les délais d’approvisionnement.
Le message américain est simple : “faites votre part”. Les Européens vont devoir choisir entre dépendre davantage des achats américains, ou investir plus lourdement dans leurs filières.
La redéfinition des priorités OTAN face à la Russie
La NDS ne nie pas la menace russe. Mais elle laisse entendre que l’Europe doit être capable d’assurer le gros de l’effort conventionnel sur son continent. Cela peut accélérer un rééquilibrage : plus de forces terrestres prêtes, plus de logistique, et une aviation capable de soutenir un rythme élevé.
La dernière ligne droite d’un basculement stratégique américain
La NDS 2026 officialise un retour à une logique qui ne cherche plus à tout faire partout. Les États-Unis affirment une priorité : protéger leur territoire, leurs accès et leur environnement régional immédiat. Le reste devient conditionnel. Cela ne veut pas dire retrait complet. Cela veut dire sélection, pression sur les alliés, et industrialisation accélérée.
Pour l’Europe et l’OTAN, la conséquence est nette : l’époque du “filet de sécurité automatique” se rétrécit. La crédibilité militaire européenne va se mesurer à des faits simples : budgets, stocks, production, entraînement, défense aérienne, et endurance. La question n’est plus de savoir si l’Europe doit investir. La question est : à quelle vitesse elle peut redevenir un pilier militaire autonome, sans attendre qu’un calendrier politique américain lui laisse le temps.
Sources
Breaking Defense — “Pentagon releases National Defense Strategy, with homeland defense as top priority”, 23 janvier 2026
Department of Defense (media.defense.gov) — “2026 National Defense Strategy” (PDF), 23 janvier 2026
The Washington Post — “Pentagon’s new defense strategy pulls forces abroad to focus on homeland”, 24 janvier 2026
Reuters — “Pentagon foresees ‘more limited’ role in deterring North Korea”, 24 janvier 2026
Financial Times — “US unveils national defence strategy to counter China in Indo-Pacific”, 24 janvier 2026
White House — “Fiscal-Year-2026 Discretionary Budget Request” (PDF), 2 mai 2025
U.S. House Committee on Appropriations — “Defense Appropriations Act, 2026” summary (PDF)
Federal News Network — “Golden Dome got $23 billion, but lawmakers still don’t know how it will be spent”, 23 janvier 2026
Air & Space Forces Magazine — “Congress Wants More Insight into Golden Dome Budget”, 21 janvier 2026
Reuters — “Pentagon Golden Dome to have 4-layer defense system, slides show”, 12 août 2025
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