De l’escalade d’août 2025 au raid du 3 janvier 2026 : ISR, guerre électronique, SEAD, assaut urbain et exfiltration, minute par minute.
En résumé
Depuis août 2025, Washington a construit une option militaire contre Caracas par couches successives : déploiements et surveillance, frappes “antidrogue” en mer, puis pression économique avec saisies de cargaisons et blocus maritime. À la fin de 2025, la logique change : la campagne devient coercitive et prépare un basculement, avec un environnement informationnel saturé, des cyber-perturbations sur les systèmes administratifs pétroliers et une montée en puissance opérationnelle dans les Caraïbes. Dans la nuit du 3 janvier 2026, l’opération revendiquée comme “Operation Absolute Resolve” combine supériorité aérienne locale, neutralisation partielle des défenses et des communications, puis assaut de forces spéciales sur un objectif à Caracas, avant extraction rapide vers une plateforme navale et transfert hors du pays. Le point dur n’a pas été la frappe, mais la synchronisation : aveugler, isoler, capturer, exfiltrer, puis verrouiller le récit. Le choc stratégique est immédiat : débat juridique, risque d’escalade régionale, question de la gouvernance et de la sécurité des infrastructures énergétiques.
La montée aux extrêmes qui commence dès l’été
Depuis l’extérieur, janvier 2026 ressemble à un éclair. Dans les faits, la capture de Nicolás Maduro est l’aboutissement d’une séquence patiente, lancée dès août 2025, où l’objectif n’est pas d’“envahir” le Venezuela mais de créer les conditions d’un coup de filet. À Washington, la logique est simple et brutale : si la pression économique et juridique n’obtient pas un départ, il faut une option qui impose un fait accompli.
Cette option n’est crédible que si trois verrous sautent. Le premier, c’est l’accès : entrer dans un environnement urbain protégé sans s’enliser. Le second, c’est la vitesse : réduire l’intervalle entre la première alerte et la sortie de l’objectif. Le troisième, c’est la domination informationnelle : empêcher l’adversaire de coordonner sa riposte et, ensuite, contrôler l’histoire racontée au monde.
Dès août, l’idée n’est donc pas de “gagner une bataille”, mais de gagner une course de minutes. La capture d’un chef d’État n’est pas une manœuvre de front. C’est une opération de précision où l’effet de surprise vaut souvent plus que la masse.
L’architecture ISR qui rend la cible “saisissable”
Une capture de ce niveau ne commence pas avec un hélicoptère, mais avec des mois de collecte. L’ossature est un dispositif ISR multi-domaines : espace, air, mer, cyber, humain. Le but n’est pas de tout savoir. Le but est de savoir assez pour réduire l’inconnu au moment critique.
Dans ce type de dossier, la première obsession est le “pattern of life”. Où dort la cible, à quelle fréquence elle change de résidence, qui compose le premier cercle, quels véhicules sont réellement utilisés, quelles fenêtres sont “calmes” dans les rotations de garde. Une capitale comme Caracas est un millefeuille : garde présidentielle, forces régulières, milices, loyautés familiales, et interférences politiques. L’ISR doit cartographier non seulement des bâtiments, mais des comportements.
Deuxième obsession : les nœuds C2. Il ne suffit pas d’identifier la cible, il faut comprendre qui déclenche la réaction. Les forces qui protégeraient ou évacueraient Maduro dépendent d’ordres. Couper ces ordres, ou les retarder, c’est transformer une défense organisée en réactions dispersées.
Troisième obsession : les voies d’exfiltration de l’adversaire. Un régime qui se sent menacé prépare des routes et des points de repli. La mission ISR consiste à anticiper ces échappatoires, et à mettre en place une fermeture temporaire au bon moment, soit par frappes, soit par contrôle aérien local, soit par blocage physique.
C’est cette préparation qui rend la cible “saisissable” une seule nuit, plutôt que “intouchable” toute l’année.
La campagne de pression qui prépare le terrain opérationnel
Entre septembre et décembre 2025, la dynamique bascule vers une campagne de coercition graduelle. Les actions rapportées combinent une posture “antidrogue” en mer et une pression sur les flux énergétiques : frappes sur des embarcations soupçonnées de trafic, saisies de cargaisons et, en décembre, une logique de blocus sur certains mouvements de tankers. Cette séquence a un effet direct : elle raréfie les acteurs commerciaux prêts à s’approcher des eaux vénézuéliennes, crée de l’incertitude et fragilise la logistique.
Les chiffres rapportés sur l’impact pétrolier donnent une idée de la violence de l’outil économique : une chute importante des exportations par rapport à novembre, et des stocks qui s’accumulent faute de débouchés. Dans un pays où la rente structure l’État, toucher les flux, c’est toucher la capacité du régime à payer, fidéliser et contrôler.
Dans le même temps, l’apparition de perturbations informatiques au sein de structures administratives liées au pétrole, décrites comme un cyber-événement qui force certains processus à basculer en mode manuel, agit comme un multiplicateur de stress. Même si le cyber n’est pas “la cause” d’un raid, il affaiblit la normalité. Il surcharge les décideurs, il dégrade la coordination, il nourrit une atmosphère de siège.
C’est une mécanique connue : on ne “prépare” pas seulement le champ de bataille. On prépare la fatigue.
La guerre électronique comme arme de tempo
Le mythe populaire de la guerre électronique, c’est l’interrupteur magique qui plonge une ville dans le noir. La réalité est plus utilitariste. Dans une opération de capture, l’EW sert d’abord à gagner du temps. Elle crée un décalage entre ce que l’adversaire croit voir et ce qui se passe réellement.
La première couche est la dégradation des communications tactiques. Pas besoin d’effacer tout le spectre. Il suffit de rendre instables les canaux critiques : radios des unités d’intervention, liaisons entre points de contrôle, remontées vers le centre de décision. Si, pendant cinq à dix minutes, les messages n’arrivent plus, arrivent en double, ou arrivent avec du bruit, l’organisation se fissure.
La deuxième couche est l’attaque du “tableau de situation”. Dans une capitale, les forces de sécurité s’appuient sur un mélange de caméras, de radars locaux, d’alertes humaines, et parfois de drones. Une opération moderne cherchera à saturer les capteurs, à générer des faux signaux, ou à forcer des redéploiements inutiles. Le but est de fixer des unités au mauvais endroit.
La troisième couche est défensive : protéger les moyens amis. Brouiller peut aussi masquer une approche d’hélicoptères, perturber des déclenchements de missiles sol-air, ou réduire la précision de certaines menaces. Mais il faut être lucide : une EW trop large impacte le civil. Elle produit des pannes de réseau, de la panique, des accidents. Elle crée des images politiques.
C’est là que se lit la nature de l’opération : si l’on accepte des effets collatéraux de communications, c’est que la décision politique est déjà prise. On ne brouille pas une capitale par “démonstration”. On le fait quand on veut terminer une affaire.
La logique SEAD/DEAD face à un écosystème d’origine russe
Le Venezuela aligne depuis des années des systèmes de défense sol-air associés à des équipements russes. Leur disponibilité réelle, leurs stocks, et leur entraînement sont discutés. Mais, au moment de planifier, l’hypothèse prudente est qu’ils peuvent tuer. La question devient : comment réduire le risque pour les avions, les hélicoptères et l’exfiltration ?
Dans une approche SEAD/DEAD, le but n’est pas forcément de “détruire tout”. C’est de neutraliser l’essentiel pendant une fenêtre courte. Il suffit parfois de casser un radar, de dégrader une liaison, de saturer une batterie, ou de frapper un point de soutien logistique. Une défense aérienne n’est pas seulement un lanceur. C’est une chaîne : détection, identification, attribution, engagement. Si l’un des maillons est cassé au moment voulu, le système devient lent, hésitant, ou aveugle.
Les rapports évoquent des explosions autour de sites militaires et d’infrastructures près de Caracas et de La Guaira, ainsi que des événements proches de zones sensibles. Dans une lecture opérationnelle, cela ressemble à une ouverture de couloir : réduire les menaces qui pourraient engager des aéronefs en basse altitude, et créer une bulle de supériorité locale suffisamment stable pour faire entrer et sortir des moyens d’assaut.
C’est aussi une manière de brouiller l’attribution instantanée : une frappe sur plusieurs points force l’adversaire à se demander où est l’objectif principal. Pendant qu’il hésite, l’assaut se déroule.
L’assaut urbain comme opération d’arrestation sous contrainte
Une fois la bulle créée, l’essentiel se joue au sol. Un raid de forces spéciales en ville n’a rien d’un film. Il est contraint par les escaliers, les couloirs, les portes, les civils, les tirs courts, la confusion. L’objectif n’est pas de “tenir” le terrain, mais de saisir et partir.
Le récit le plus cohérent, au regard des informations publiques, décrit une action avant l’aube sur un site à Caracas, associée à la capture de Maduro et de Cilia Flores. Ce type d’action repose sur une structure simple : équipe de franchissement, équipe de contrôle, équipe d’identification, équipe médicale, et éléments de sécurité périphérique.
Le point fragile est l’identification positive. Arrêter un chef d’État implique d’être sûr de l’homme. Les opérations de ce type s’appuient sur la reconnaissance visuelle, biométrique, ou des confirmateurs humains. C’est là qu’intervient la préparation des mois précédents : savoir qui est dans la pièce, qui garde la porte, et à quelle minute le passage est “possible”.
Le deuxième point fragile est l’escalade. Plus le raid dure, plus les forces locales convergent. D’où une obsession : réduire le temps au contact. Dans un raid réussi, on ne “gagne” pas parce qu’on est plus fort. On gagne parce qu’on est déjà sorti quand l’adversaire commence à comprendre.

L’exfiltration comme phase la plus dangereuse
On croit souvent que le danger est l’entrée. En réalité, la phase la plus risquée est l’exfiltration. Une fois la capture annoncée par la dynamique du combat, toutes les forces de sécurité cherchent à converger. Elles peuvent improviser : barrages, tirs opportunistes, usage d’armes lourdes, tentatives de brouillage, ou activation de batteries sol-air restantes.
L’exfiltration décrite passe par une extraction rapide vers une plateforme navale et un transfert hors du pays. C’est cohérent avec une logique de contrôle : une fois sur mer, l’environnement est plus maîtrisé, et la capacité de riposte locale chute.
La réussite de cette phase suppose une continuité : supériorité aérienne locale, EW pour réduire les engagements sol-air, et capacité à traiter un incident médical ou mécanique. Même une panne d’hélicoptère peut transformer un raid en crise stratégique. C’est pourquoi ce type d’opération est planifié comme une chaîne, pas comme un acte héroïque.
Dans ce contexte, l’information sur un soutien aérien massif, avec une large panoplie d’appareils, n’est pas un détail. Elle indique un choix : surdimensionner le parapluie pour minimiser la chance d’un “événement noir”.
La bataille du récit et la pollution informationnelle immédiate
À peine l’action terminée, une deuxième opération commence : la bataille du récit. Les premiers jours sont saturés d’images, de vidéos, de rumeurs, et de faux contenus. Ce phénomène n’est pas un bruit. C’est un champ de bataille. Il influence la réaction internationale, la mobilisation interne, et la légitimité juridique.
Dans une logique américaine, publier des preuves de capture sert à verrouiller le fait accompli : si le monde voit, le monde doit réagir. Dans une logique vénézuélienne, contester, demander des preuves, dénoncer un enlèvement illégal, sert à conserver une base politique, à tenter d’activer des soutiens régionaux et à poser le débat sur le terrain du droit international.
C’est un moment clé : la technique militaire rencontre la politique. Un raid peut réussir et échouer politiquement, ou l’inverse. Ici, l’intensité des condamnations et des soutiens montre que l’opération a fracturé le paysage diplomatique.
Les effets stratégiques secondaires que Washington doit maintenant gérer
Le choc du 3 janvier 2026 ouvre une question plus dangereuse que l’assaut : que se passe-t-il après ? Trois risques se détachent.
Le premier est l’instabilité interne. Un régime n’est pas un homme. C’est une coalition de forces : armée, services, partis, milices, réseaux économiques. Retirer la tête peut déclencher des luttes de succession, des violences, ou une fragmentation. Si les institutions se déchirent, la crise humanitaire s’aggrave.
Le deuxième risque est régional. Certains États voient l’opération comme un précédent intolérable. D’autres y voient une opportunité. Dans les deux cas, la zone devient plus volatile. La riposte peut être indirecte : cyber, pressions sur des flux, agitation transfrontalière, soutien à des réseaux criminels.
Le troisième risque est énergétique. Même si les infrastructures pétrolières auraient été relativement préservées, la logistique portuaire et l’environnement commercial sont sensibles. La simple perception d’une zone de guerre suffit à éloigner des armateurs, à augmenter les coûts d’assurance, à désorganiser les flux. Gérer le “retour à la normalité” est souvent plus difficile que de casser la normalité.
C’est ici que l’analyse doit être franche : une opération de capture peut être militairement brillante et stratégiquement coûteuse. La vraie épreuve commence quand il faut produire de la sécurité quotidienne, une transition politique crédible et un cadre légal défendable.
La leçon militaire que l’opération laisse derrière elle
Cette séquence illustre une tendance lourde : la fusion entre renseignement, EW, SEAD et forces spéciales dans des opérations à très forte charge politique. Le raid n’est pas une fin. C’est une pointe. Le vrai “système” est l’intégration : voir avant d’agir, brouiller avant de frapper, frapper pour ouvrir, saisir pour sortir, puis communiquer pour verrouiller.
Si l’on cherche la formule, elle tient en une phrase : la capture de Maduro a été moins une bataille qu’une orchestration de fenêtres. Quelques minutes d’aveuglement. Une courte bulle de supériorité. Une entrée, une saisie, une sortie. Et, ensuite, une tempête diplomatique.
Le problème est que cette orchestration ne répond pas à la question la plus lourde : qui tient Caracas demain, et avec quel mandat ? Tant que cette réponse reste floue, le raid restera un événement militaire majeur et un pari stratégique ouvert.
Sources
- Reuters, “Venezuela’s oil facilities unscathed in US strike, sources say”, 3 janvier 2026.
- Reuters, “Exclusive: US to launch new phase of Venezuela operations, sources say”, 22–23 novembre 2025.
- Reuters, “Trump confirms he spoke with Venezuela’s Maduro”, 30 novembre–1 décembre 2025.
- Reuters, “Trump rejected Maduro requests on call, options narrow…”, 1 décembre 2025.
- The Guardian, “US has captured Venezuela’s President Maduro and wife, says Trump”, 3 janvier 2026.
- Axios, “World leaders denounce U.S. operation to capture Maduro”, 3 janvier 2026.
- Associated Press, “Maduro’s ouster sparks celebrations…”, 3–4 janvier 2026.
- Air & Space Forces Magazine, “US Airpower Paved Way for Delta Force to Capture…”, 3 janvier 2026.
- CBS News, live updates “U.S. strikes Venezuela and captures Maduro…”, 3 janvier 2026.
- Euronews, “Trump says Maduro and his wife were ‘captured’ amid US strike…”, 3 janvier 2026.
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